Accident d’escalade : Rannveig Aamodt explique ses erreurs – Analyse

On vous parlait il y a peu de temps de la grimpeuse Rannveig Aamodt. Elle a eu un accident d’escalade en 2012 et revenait dans une interview sur son process de récupération/rétablissement.

Elle fait notamment beaucoup appel au Yoga en plus d’une rééducation intensive et de la reprise de l’escalade. Et elle s’exprime plus longuement dans le film Transcend sur ce sujet.

Si on revient sur elle aujourd’hui, c’est parce que son témoignage sur son blog « La Sportiva » détaille un peu plus le contexte de son accident.

Il nous a semblé intéressant de revenir dessus afin de comprendre comment une grimpeuse professionnelle a pu faire une chute d’une quinzaine de mètres.

Retour sur l’accident

Rannveig Aamodt et son mari Nathan sont allés grimper au secteur Sarkit à Geyikbayiri (Turquie). Nathan a grimpé en tête une voie bien dévers dans une grotte.

Rannveig a décidé de la faire en moulinette pour s’épargner un peu à cause d’une vieille blessure à l’épaule. D’autres grimpeurs voulaient la faire aussi en moule après elle.

Elle est donc partie en second sur le bout de la corde qui passe dans les dégaines pour pouvoir rattraper le mur en cas de chute en moulinette ; et elle s’est attachée en milieu de corde pour que les autres grimpeurs puissent faire la voie également en moulinette.

La contrainte, c’est que ça nécessite, à chaque dégaine, de décliper la dégaine qui était au dessus de son noeud puis l’a recliper en dessous. Mais en faisant ainsi, la personne suivante peut grimper en moule sur le bout de la corde avec toutes les dégaines encore clipées.

Arrivée au relais elle s’est vachée directement. Elle a regardé en bas et elle s’est cru en tête quand elle a vu la corde en dessous d’elle passer dans toutes les dégaines (l’habitude de voir ça après avoir fait une voie en tête). Ça veut dire aussi que dans sa tête son assureur est au bout de cette corde avec les dégaines. Or il était sur l’autre corde ! Quand elle met sa corde dans le relais, elle place son nœud du même côté que son assureur. Personne ne la tient plus.

Quand elle pense que son assureur la tient « sec », son assureur tire en fait directement sur son baudrier et ce qui la porte toujours c’est sa vache. Alors elle se détache et tombe du côté de son assureur (qui aurait pu être pile dessous …) pendant que la corde du côté des dégaines file car personne n’est au bout pour la tenir.

L’élément perturbateur

Grimper au milieu de la corde en moulinette.

Si quelqu’un d’autre souhaite faire la voie en moulinette ensuite, il faut recliper les dégaines en redescendant.

Même si ce n’est pas toujours pratique et un peu fatiguant. Si ce n’est pas possible à cause d’un énorme dévers ou de points trop éloignés, tant pis, les suivants doivent grimper en tête cette voie ou une autre.

L’erreur fatale

Ne pas vérifier que son assureur l’avait bien prise sec : c’est à dire bien assise haut dans la corde et avec la vache complètement détendue. C’est indispensable et obligatoire  avant de se dévacher.

En tirer des leçons pour l’avenir

Il nous semble important de détailler les causes de tels accidents afin de les éviter à l’avenir et de sensibiliser au maximum les pratiquants.

On se rappellera de l’accident de Tito Traversa, où le montage des dégaines était en cause.

Plus récemment, c’est Mina Leslie-Wujastyk qui revenait sur son accident qui aurait pu être beaucoup moins grave avec un baudrier ajusté et le port d’un casque.

Comme en aviation, la prise en compte de l’accidentologie passée permet à toute la discipline d’apprendre de ses erreurs et d’améliorer le niveau de sécurité de sa pratique.

Merci donc à Mina et Rannveig de leurs témoignages.

1 COMMENTAIRE

  1. Le fait de se lancer dans une manip’ un peu hors de l’ordinaire n’est pas en soi accidentogène, du moment qu’on a bien réflèchi au coup, que d’autres l’ont fait et nous ont fait un retour d’expérience, qu’on reste un peu plus méfiants et concentrés que d’habitude…
    Cela est d’autant plus vrai que l’ordinaire, en thème de manip’, est un concept rélatif à l’éxpérience de chacun. Pourtant un des cotés géniaux de l’escalade c’est sa richesse en sous-disciplines, en façons de faire régionales/nationales, et donc les nombreuses occasions de continuer l’apprentissage…

    Le 99.9% de l’erreur me semble donc le fait d’avoir fait l’impasse d’une vérification pourtant banale (demander sec et vérifier d’être pris par l’assureur avant de se devacher).
    Ou du moins, c’est une leçon assez généralisable, et qui couvre des très nombreux cas de figure allant du gars qui rate sa manip’ de relais classique, au photographe qui tombe dans le vide en croyant passer d’une corde fixe à l’autre…

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