Lundi, 4 août 2008
Une entaille de plus de deux cents mètres de profond. Des méandres dessinés d’un doigt capricieux sur trente kilomètres. Tout au fond, coule une rivière : l’Ardèche. Dès potron-jacquet – la nuit, une fois encore avait été sérieusement écornée – les trente et une équipes du Raid Cané0 Nature ont entamé la descente en kayak des gorges comptant parmi les plus célèbres du Vieux continent.
Hormis quelques virements de bord plus ou moins bien programmés entraînant presque autant de chavirages, l’épreuve kayak ne fut pas trop cruelle pour les concurrents qui enchaînaient aussitôt avec quarante kilomètres de VVT s’achevant à Tharaux et plus précisément à l’entrée de la grotte des Fées. Trois heures passées en spéléo éprouvante ramenaient les premiers en surface. Il s’agissait cette fois d’une marche orientation de vingt-trois kilomètres en terre gardoise. La journée s’achevait à la moitié de cette cinquième étape dans la localité de Collias sur les rives du Gardon.
La quatrième étape de ce Raid CanéO Nature, étape que Gérard FUSIL a voulu dédier à Jean GILLY, grand raider qui avait réalisé le tracé Lozère-Ardèche et s’est tué lors d’une escalade en juin dernier, cette étape donc avait fait l’objet d’un classement général que la journée d’aujourd’hui ne devrait pas modifier pour l’essentiel.
À la grotte aux Fées, les équipes du parcours « extrême » passaient dans l’ordre suivant : 29 WILSA SPORT HELLY HANSEN, 5, VAUCLUSE AVENTURE, 9 COLUMBIA LOZÈRE SPORT NATURE, 37 HELLY HANSEN UK. Toutes ces équipes se tenaient dans la demi-heure, seule la 2 WILSA CUP CHTI RAID accusant une heure de retard sur le leader.
En « raider », la 24, SOFERMI RAID NATURE 46, toujours en tête, émargeait à la grotte devant la 32 PIC SAINT LOUP et la 23 LES FOUS DE BASSIN. Cinq autres équipes suivaient dans ce même classement.
En « aventure » enfin, sept équipes restent menées par la 27 BAYER VET ADVENTURE TEAM qui, toutefois, dans cette partie spéléologie, est arrivée deuxième derrière la 22 SPORT OUTDOOR.COM. Aucun abandon n’a été enregistré lors de cette journée.
Zoom sur…
Dans les grottes, il est parfois possible de reconnaître une équipe sans la voir… Juste à l’entendre ! Entre les équipes Ch’tis, celles de Midi-Pyrénées ou d’autres de la région PACA, les accents varient, chantent, roulent les R, transforment les A en O ou se terminent par une note aiguë qui résonne comme le « ding » de la cloche, accentuée par l’écho de la grotte.
Venus du Vaucluse et du Var, les quatre copains de l’équipe 05-VAUCLUSE AVENTURES ÉVASIONS, reconnaissables à leur accent du sud, occupent la troisième place au classement général provisoire dans la catégorie « extrême ». Lundi à l’aube, leur journée a commencé par la descente de l’Ardèche en kayak. « C’était superbe, un vrai régal » assure Frédéric Fabre. Quelques heures plus tard, dégoulinant de sueur sous la canicule, la motivation pour pénétrer dans la grotte des Fées était toute relative. « La spéléologie n’est pas notre discipline préférée » précise Jean-Michel Cateau. De leur point de vue, le seul intérêt de cette descente sous terre est d’éviter les heures les plus chaudes de la journée – 35°C dehors contre 14°C dans la grotte ! Deux kilomètres et trois heures plus tard, ils étaient presque heureux de retrouver la chaleur et de se jeter à l’eau dans la Cèze, même si « c’était une super grotte, très jolie et plus facile que la première ». Avec plus de 12 heures de retard sur le premier et près de 8 heures sur le deuxième au classement général, leur objectif sur les deux dernières étapes est de conserver leur troisième place – le 4e accuse 3h30 de retard. « On assure, il faut éviter de se faire mal » poursuit Frédéric. Mais ils restent des compétiteurs dans l’âme et sont entrés et sortis en deuxième position de la grotte. Tout reste possible…
Quatrième du classement « aventure » après 4 étapes, l’équipe Ch’ti 26-VALMO RAID PINK TEAM-DÉCATHLON SEQUEDIN n’est pas venue pour la compétition mais pour découvrir un raid longue durée et des disciplines qu’ils pratiquent peu dans le Nord, comme la spéléologie ou le canyoning. Ils sont architectes, éducateur ou prof de sport. Leur budget est riquiqui comparé aux grosses équipes. Dans Lille, ils ont organisé des rallyes touristiques pour faire vivre aux gens leurs aventures et financer un peu leur projet – ça a payé les cartes IGN ! Seul Heidy Leroy, la femme de Maxime, n’avait jamais fait le moindre raid. « Cela me plaît bien, mais je ne suis pas sûre d’en refaire un autre » avoue-t-elle avec son joli sourire. Bien qu’ayant déjà gagné des raids dans leur région, ils sont conscients de leur niveau et se sont tout de suite positionnés en catégorie « aventure ». « On a étudié le road book avant le départ et on s’est assez vite rendu compte où était notre niveau et qu’en “aventure“, on s’amuserait plus » précise Axel Ricquebourg. Une sage décision qui leur a permis de dormir toutes les nuits et de conserver une certaine fraîcheur physique comparée à d’autres équipes, notamment grâce « au formidable travail » de leurs deux assistants, Hélène et Patrick. « Certains rigolaient au départ lorsqu’on disait qu’on voulait courir en “aventure“, se souvient Thomas Bartos. Aujourd’hui, ils se sont cramés et ont abandonné ou sont avec nous en “aventure“… » Comme pour beaucoup, ils espèrent surtout terminer ce Raid CanéO Nature, peu importe le classement – ils sont actuellement 4e en « aventure ». Du coup, des affinités se créent avec d’autres équipes, notamment la 27-BAYER-VET AVENTURE TEAM. « Nous sommes les deux plus jeunes équipes et avons les mêmes kayaks bien lourds, ça crée des liens. » Et de sacrés souvenirs… L.L.B.
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