Ce matin-là, sur le chantier, personne ne s’attendait à ce que Raymond – 42 ans de labeur et de café bien serré derrière lui – fasse une annonce aussi renversante qu’une bétonnière dévalant la pente : il prend sa retraite… mais sans lâcher son casque ! Retour sur une décision qui en dit long sur les nouveaux horizons de la fin de carrière, à l’heure où la réforme du cumul emploi-retraite bat son plein.
Le cumul emploi-retraite : une réforme dans les tuyaux
Depuis la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, le paysage du cumul emploi-retraite a bien changé – ou plutôt, va changer à partir du 1er janvier 2027 pour tous ceux dont la première pension prendra effet à cette date. N’imaginez pas que ce soit une simple retouche décorative : la réforme met en place un nouveau dispositif de cumul pension-revenus professionnels ou de remplacement, en trois étages selon l’âge. Oui, comme un millefeuille législatif… sans la crème chantilly.
Mais avant de s’imaginer cumuler salaire et pension, il faut d’abord « liquider » sa pension de retraite. Pour les salariés, cela signifie obligatoirement rompre tout lien professionnel avec l’employeur (c’est le redouté article L. 161-22 du Code de la sécurité sociale). À moins que vous ne soyez travailleur indépendant ou professionnel libéral : là, les règles se détendent, et vous pouvez continuer sans rupture préalable d’activité.
Sortir par la porte, mais revenir par la fenêtre ?
Bien sûr, la question que tout ex-salarié se pose : puis-je retravailler pour mon ancienne boîte ? En théorie, oui, mais attention à la fameuse période de carence. Il faut attendre six mois après la rupture de contrat liée à la liquidation de vos droits à la retraite. Si vous cédez à la tentation d’y remettre les pieds trop vite (même sans contrat officiel, free-lance, vacation…), gare à l’effet boomerang : le versement de la pension de retraite est suspendu dès le mois suivant la reprise, jusqu’à ce que l’activité cesse ou que le délai des six mois soit révolu.
- Exception : Avec le dispositif de « tutorat » (article L. 129-1 du Code de commerce), le cumul intégral est possible pendant 12 mois.
- Et pour ceux qui préfèrent les activités « de faible importance », si les revenus tirés ne dépassent pas annuellement quatre mois de Smic brut, le cumul reste permis.
- Détail qui a son importance : les activités procurant un logement (gardien d’immeuble, entre autres) peuvent se poursuivre si les revenus restent sous le plafond moyen d’un Smic brut mensuel.
Enfin, il convient de noter que certains régimes spéciaux prévoient des règles propres (marins, Opéra national de Paris, mines…) – si vous envisagez une reconversion artistique sur le tard, renseignez-vous !
Cumuler ses revenus : un plafond à surveiller
Une fois la pension liquidée et la nouvelle activité entamée, il est possible de toucher sa pension de retraite et des revenus… dans la limite du raisonnable (comprendre : un plafond bien calculé). Si l’assuré ne remplit pas les conditions pour le taux plein ou n’exerce pas une activité dérogatoire, il peut travailler et percevoir sa pension dès lors que ses revenus ne dépassent pas ce plafond.
Par exemple, en 2026, le salaire brut moyen avant liquidation de la pension (sans taux plein) s’élevait à 3 200 euros/mois. Entre la référence de 160 % du Smic et ce salaire, le plafond le plus favorable doit être retenu. Après application de la CSG (98,25 % du référentiel), on aboutit à un plafond mensuel de 3 144 euros bruts pour cumuler pension et revenus.
Lorsque la somme pension + revenus dépasse ce plafond, l’assuré doit impérativement prévenir la ou les caisses : chaque régime réduit la pension servie à hauteur du dépassement. Administratif, mais incontournable.
- Déclaration obligatoire dans le mois suivant la reprise d’activité : à l’organisme de rattachement ou, s’il y en a plusieurs, à celui où la période d’affiliation est la plus longue (article D. 163-2-13).
Un nouveau droit à la retraite… sous conditions
Autre nouveauté intéressante de la réforme pour Raymond et ses collègues : le cumul emploi-retraite intégral peut générer de nouveaux droits à pension de retraite, selon la date d’effet de la première pension. Mais attention, il faudra remplir un formulaire spécifique pour en demander le calcul.
Une fois la deuxième pension liquidée, le jeu s’arrête : si l’assuré veut reprendre, il ne pourra plus acquérir de nouveaux droits à pension (article L. 161-22-1).
Enfin, notez que l’âge légal de départ à la retraite est temporairement ajusté entre septembre 2026 et 2028 selon l’année de naissance (par exemple, 62 ans et 9 mois pour un assuré né entre 1964 et le premier trimestre 1965).
En conclusion : avant de scier sa planche définitivement derrière soi ou de revenir jouer les experts, mieux vaut se plonger dans les règles du cumul emploi-retraite, un domaine où chaque détail compte. Et qui sait, peut-être que, comme Raymond, vous reprendrez le chemin des chantiers après quelques mois de pause… pour le plaisir ou l’équilibre financier. En tout cas, prévenez l’équipe : la surprise pourrait être de taille !