Ils refusent des millions : pourquoi cette famille tient tête aux promoteurs

En Australie, une famille fait de la résistance plutôt que fortune, et leur manoir devient le symbole inattendu d’un nouveau bras de fer face à l’uniformisation urbaine. Quand la tentation de millions ne fait pas le poids face à la mémoire et à la singularité…

Quand les billets pleuvent, mais que l’attachement résiste

Imaginez un peu la scène digne d’une pochette de disque : un vaste manoir impeccable, trônant fièrement au milieu de 2 hectares d’un gazon taillé au cordeau… et comme assiégé par des vagues infinies de toits gris, tous identiques, qui s’alignent à perte de vue. Ce n’est pas un nouveau mondes inventé pour une série dystopique, mais bien la réalité de la famille Zammit, au nord-ouest de Sydney, en Australie.

Depuis des mois, cette famille brave les assauts incessants des promoteurs immobiliers qui rêvent de mettre la main sur leur terrain. Et il y a de quoi hésiter : les experts évaluent la parcelle à 60 millions de dollars, soit près de 58 millions d’euros, d’après le Daily Mail. Un bond spectaculaire, quand on sait qu’elle ne valait « que » 850 000 dollars (environ 520 000 €) il y a moins de dix ans !

Mais la tentation ne suffit pas. Cette parcelle aux allures de bastion pourrait être « optimisée » pour accueillir 40 nouveaux logements, aussi uniformes que ceux déjà construits tout autour. Pourtant, pour les Zammit, rien ne remplace une belle demeure, avec vue imprenable sur les pittoresques Blue Mountains et à 40 minutes à peine du quartier d’affaires de Sydney. Les souvenirs accumulés et l’attachement à leur maison valent tous les lingots du monde.

Un refus devenu phénomène international

Les promoteurs, loin de s’avouer battus, ont tenté tout ce qui était en leur pouvoir pour convaincre la famille. La surenchère financière n’y aura rien fait.

Résultat : l’affaire est devenue virale, reprise dans le monde entier, symbole inattendu de la résistance face aux bulldozers des grands groupes immobiliers. D’ailleurs, la comparaison n’est pas anodine : la saga des Zammit rappelle celle de cet homme chinois cité dans Ouest-France, qui avait refusé de quitter sa maison malgré la construction d’une autoroute. Résultat : l’autoroute serpente tout autour de son logement, comme un hommage à l’obstination.

Sur les réseaux sociaux, le soutien ne faiblit pas pour les Zammit ; la famille reçoit une avalanche de commentaires venus des quatre coins du globe :

  • « Tant mieux pour eux. Ne vous inclinez pas devant les grandes entreprises cupides », salue Jim Robinson (Realestate.com).
  • « Bravo à eux, pourquoi les développeurs devraient-ils s’enrichir ? », renchérit Leo Dobjansky.

Cependant, des voix s’inquiètent de la pression que pourrait exercer le gouvernement. Ken Lewis, par exemple, anticipe déjà une parade fiscale : « S’ils ne vendent pas à temps, les tarifs municipaux ajustés les feront sortir à la fin ».

Une utopie dangereusement standardisée

Pour la famille Zammit, tout n’est pas rose malgré la valeur de leur bien. Le quartier a changé du tout au tout en seize ans. Madame Zammit se remémore : « C’était autrefois des terres agricoles parsemées de petites maisons et de cottages en briques rouges ». Aujourd’hui, impossible de reconnaître le paysage d’antan.

Ce qui fut un petit paradis champêtre est devenu la vitrine d’un phénomène qui touche de nombreux pays occidentaux : la prolifération sans âme des pavillons en série. L’utopie du petit pavillon individuel, avec un bout de jardin, s’est démocratisée, à tel point qu’elle n’est même plus un marqueur social.

La sociologue Anne Lambert, autrice de L’envers du décor pavillonnaire (éditions du Seuil, 2015), explique dans Ouest-France : « Aujourd’hui, le pavillon est devenu plus accessible. Ce n’est plus un signe aussi distinctif qu’avant entre les classes sociales. Le pavillon est presque devenu un bien de consommation avec la construction en série et l’essor des constructeurs de maisons individuelles ».

Mais l’image d’Épinal se craquèle. Selon Anne Lambert, ces nouveaux quartiers peuvent devenir de « nouveaux HLM à plat : la promiscuité verticale devient horizontale, la mauvaise facture des grands ensembles et la standardisation se retrouvent et la population est la même », alerte-t-elle dans la revue Urbanités.

Résister, c’est exister

La famille Zammit, elle, profite encore de ses privilèges : son manoir façon Windsor, garage triple et terrain de basket-ball compris. Leur situation fait rêver et force le respect pour leur capacité à dire non aux sirènes de l’argent facile.

Ce refus acharné, applaudi partout sur la toile, laisse une question à méditer : faut-il tout sacrifier à l’uniformité, même pour une valise pleine de billets ? Ou préserver la singularité (et la vue sur montagne) coûte que coûte ? Voilà une leçon de résistance qui, quelque part, donne un peu d’espoir à tous ceux qui songent qu’un pavillon, c’est bien, mais que chaque jardin mérite encore un air de liberté.

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