Élever son enfant sans punition, ça semblait être la promesse d’un monde meilleur. Moins de cris, plus de bienveillance, des licornes peut-être ? Pourtant, quatre ans et demi plus tard, il est temps pour moi de lever le voile sur la réalité – parfois un peu moins instagrammable que prévu. Voici comment la parentalité positive, pourtant pleine de bonnes intentions, m’a parfois laissé au bord de la crise de nerfs… et à l’heure des remises en question.
Le grand saut dans l’éducation positive
Avant que ma compagne ne tombe enceinte, j’avoue, je ne m’étais jamais vraiment questionné sur les différentes façons d’élever un enfant. Mais entre les conseils de proches, les montagnes de livres et la jungle d’internet, j’ai très vite plongé dans ce fameux monde de la parentalité positive. Un univers où on accompagne les besoins de l’enfant, sans violence évidemment – jusqu’ici, tout le monde adhère, et c’est bien normal.
Ce que j’ai lu, entendu, regardé, c’est qu’il fallait bannir le “non” (ou au moins l’utiliser avec parcimonie), installer un timer pour chaque activité, expliquer tout, tout le temps… Bref, des conseils précis ou parfois plus nébuleux, mais un point commun : ce qui ne rentrait pas dans cette logique était presque systématiquement taxé de violent ou d’obsolète face aux dernières recherches scientifiques.
Quand les licornes prennent l’eau…
Petit à petit, la parentalité positive est devenue notre façon d’éduquer, au fil des techniques glanées sur les réseaux sociaux. Il y a eu de beaux moments – et des galères dont on ne parle jamais assez. La grande leçon ? Tous les enfants ne réagissent pas pareil. Avec notre fils aîné, le quotidien ressemble à une chorégraphie complexe : négociations permanentes, volonté de ne jamais forcer ou brusquer, et une culpabilité parfois écrasante à l’idée que notre manque de patience pourrait le marquer à vie.
Sauf que (spoiler alert), il existe des situations que “demander et expliquer” n’arrive pas à débloquer. Prendre des exemples concrets ? Essayez donc de faire monter à vélo un enfant d’humeur mutine sous la pluie en simulant un galop de licorne – et attendez-vous à l’échec retentissant. D’un côté, la solution de facilité (crier, forcer) est jugée violente. De l’autre, les méthodes bienveillantes ne fonctionnent pas toujours. Résultat ? On se sent coincé, parfois désarmé, et souvent fautif.
- On évite d’imposer
- On multiplie les stratagèmes diplomatiques
- On culpabilise de craquer ou d’être à bout
Mais personne ne dit que “demander gentiment” ne fonctionne pas à tous les coups…
Les suradaptations et le choc du collectif
Sans s’en rendre compte, nous avons organisé toute notre vie familiale autour des besoins (et des exigences négociées) de notre fils. Ce qui donne aujourd’hui un mode d’emploi long comme le bras pour n’importe quel adulte qui s’en occupe. Là où je croyais que tous les enfants étaient aussi difficiles à canaliser, l’entrée à l’école et les activités extrascolaires m’ont ramené à la réalité…
Voir d’autres enfants obéir simplement, s’asseoir sur commande pendant un cours d’escalade – sauf le mien, plongé dans son monde – fut un électrochoc. À la maison, on savait capter son attention par des méthodes personnalisées, mais à l’école ou au sport, qui va passer cinq minutes à se mettre à son niveau pour un seul enfant ?
Tout cela finit par peser sur les adultes (enseignants, animateurs… et même mamie !), peu enclins à passer du temps avec lui. Pour moi, c’est rude : réaliser qu’on dépose parfois une “charge” plus qu’un enfant. Sans parler de la maîtresse qui espère qu’on va “resserrer la vis” à la maison, ou des moments (trop rares, mais bien présents) où je finis par crier, puis culpabiliser en imaginant mon fils ruiné par l’anxiété à cause de mes éclats.
Ce que j’aurais aimé savoir
Pire que l’épuisement, c’est la culpabilité omniprésente : pour ceux qui s’en occupent, pour mon fils lui-même, pour les autres enfants dont il mobilise une partie de l’attention des adultes. Je me dis que si je m’étais autorisé un peu plus de “fermeté”, peut-être que tout le monde y gagnerait, à commencer par lui.
En observant mon deuxième fils, beaucoup plus facile à vivre, j’ai compris qu’il y avait aussi une part de caractère sur laquelle on n’a aucune prise. Ce que j’aurais voulu ? Qu’on me prévienne ! Tous les enfants sont différents, toutes les familles ne réussiront pas à appliquer la même méthode, et tout ne marche pas toujours comme sur Instagram. Parfois, ce n’est pas si grave.
- L’éducation positive, c’est bien, mais pas magique
- Il est normal de peiner, de douter
- Il n’existe pas de solution universelle
Alors oui, j’ai élevé mon fils sans punition, et beaucoup de principes me paraissent toujours essentiels. Mais je sais aujourd’hui que la perfection éducative n’existe pas, et que parfois, il faut aussi s’autoriser à échouer, à s’adapter, et surtout à déculpabiliser. Vraiment.