À 74 ans, Gérard Jugnot, figure incontournable du cinéma français, lève le voile sur un sujet brûlant : sa retraite, qu’il juge “ridicule” comparée à tout ce qu’il estime avoir contribué. À l’heure où la question des retraites agite toute la France, l’acteur se confie, avec sa franchise habituelle et une pointe d’humour, sur les désillusions et paradoxes de la pension d’un artiste passionné.
Gérard Jugnot face à la retraite : un goût amer
Invité par l’animateur Éric Dussart, Gérard Jugnot n’a pas manqué de prendre la parole sur un thème qui secoue l’actualité française : la pension de retraite. Le comédien, marié à Patricia Campi, ne fait pas dans la langue de bois : “Je ne suis pas concerné, mais je peux comprendre que quelqu’un qui fasse un métier difficile ait envie de s’arrêter”, dit-il. Malgré ses 74 ans, celui qui a touché des générations entières n’envisage d’ailleurs pas de tirer sa révérence de sitôt : “Oui, il faudra qu’on m’arrête”, plaisante-t-il, avant d’ajouter que pour lui, “dans les métiers de passion, la retraite correspond à la retraite de Russie, à la débâcle”. Ambiance.
Jugnot confie humblement ne pas très bien comprendre “l’histoire des 64 ans”. Devant le micro de RTL, il reconnaît que selon lui, la clé, “ce sont les trimestres cotisés… C’est ça que je ne comprends pas bien”. Lui-même perçoit sa pension, mais il avoue en toute honnêteté : “Une petite retraite par rapport à ce que j’ai donné… ”. L’amertume affleure.
Les “persistants” : travailler après la retraite
Gérard Jugnot fait partie de ce qu’il appelle, non sans ironie, “les persistants”. Comprenez : ceux qui continuent de travailler après avoir atteint l’âge – et la légitimité – de profiter d’un repos bien mérité. “Ce sont les gens qui continuent à travailler après la retraite”, précise-t-il. Mais selon l’acteur, beaucoup ne le font pas par choix : “Souvent, c’est parce que les gens sont obligés… Mais tout ce qu’on cotise, ce n’est plus pour nous, c’est pour les autres”.
Éric Dussart ne manque pas de le souligner : cela fait de Jugnot “un super contributeur”. L’intéressé ne le contredit pas, conscient de cette réalité tenace pour nombre d’actifs ayant déjà bien donné au pot commun. Décidément, difficile d’arrêter quand on aime son métier et qu’on se sent, mine de rien, toujours utile à la fois à son art et à la collectivité.
La perception du métier et les frustrations du quotidien
Gérard Jugnot reconnaît volontiers qu’on “gagne bien sa vie, souvent” dans le métier du spectacle. Mais le revers de la médaille n’est jamais bien loin : “Quand vous êtes au resto, les gens ont toujours tendance à dire : ‘Bah tiens, paye, toi, puisque tu as du pognon !’ Donc ça peut être un peu énervant…”. On sent le vécu et la lassitude face à une réputation, parfois, un peu encombrante.
Mais Jugnot n’en reste pas là. Il en profite pour pousser ce qu’on appelle familièrement un “petit coup de gueule”, mais qui a le mérite d’être clair. Il s’agace contre certains artistes parmi ses connaissances : “Je trouve ça triste. Il y a des gens vraiment très, très radins […] J’en connais, c’est terrible ! Des pinces, il y en a quand même pas mal.” Si certains voyageurs sont plus légers que d’autres, côté addition, l’esprit d’entraide n’est visiblement pas universel dans le monde du spectacle.
Conclusion : entre passion et déception
Au fond, Gérard Jugnot incarne le paradoxe du travailleur passionné et perpétuel contributeur. S’il continue de jouer et d’apporter sa pierre à l’édifice culturel, il ne cache pas son incompréhension – et son agacement – face à une retraite qu’il considère trop modeste à la lumière de son engagement. Une situation qui résonne sans doute chez bien d’autres travailleurs “persistants”, qu’ils soient artistes ou non.
Mais que ses fans se rassurent : à moins d’un rappel du destin, “il faudra qu’on l’arrête”. Quant à la retraite, qu’on se le dise, elle n’a rien d’un happy end garanti… Alors, si jamais vous croisez Monsieur Jugnot au restaurant, pas la peine de regarder l’addition en espérant qu’il régale tout le monde : ce serait ajouter de l’huile sur le feu !