Vous les prononcez chaque jour sans même sourciller, mais connaissez-vous vraiment leur histoire ? Entre la tasse de caoua du matin et la nuit passée à refaire le monde sur le matelas, ces mots courants ont des origines plus exotiques qu’il n’y paraît. Prêts à plonger dans les coulisses de votre vocabulaire ? Surprise garantie : l’arabe y joue un rôle clé, bien plus qu’on ne l’imagine !
Quand l’arabe enrichit notre quotidien
Le français n’a pas seulement piqué des mots à l’anglais ! Au fil des siècles, il a puisé sans complexe dans de nombreux lexiques, et l’arabe compte parmi ses sources les plus précieuses. Ces emprunts ne datent pas d’hier. Ils se sont glissés dans notre langue à différentes périodes :
- Moyen Âge et Renaissance (avec une prédilection pour les sciences !)
- Conquêtes coloniales du XIXe siècle en Afrique du Nord
- Langage contemporain, notamment celui des jeunes de banlieues
Parfois, ces mots sont arrivés directement de l’arabe, parfois via l’italien, l’espagnol… ou toute une ribambelle d’autres langues, comme dans un jeu de relais linguistique.
Dix mots, dix voyages linguistiques
- Nénufar / Nenuphar. Pourquoi hésiter entre le « f » et le « ph » ? L’emprunt, via le persan et l’arabe ninufar, correspond à l’étymologie authentique avec « f ». Mais le « ph » vient de l’influence grecque (nymphea). L’arbre à lotus, vous ne le regarderez plus de la même façon !
- Mousson. On l’associe à l’Asie, pourtant son nom vient de l’arabe mausim, signifiant « saison », qui a fini par nommer le vent tropical saisonnier. Avant d’être stabilisé sous la forme actuelle en 1622, il passa par une danse des consonnes et des langues (néerlandais, portugais, espagnol…).
- Chiffre et zéro. Le système de numérotation indien nous est parvenu via les mathématiciens arabes. Sifr (« vide, néant ») devint « chiffre » pour désigner le zéro, puis, par un détour par le latin et l’italien (zephirum, zefiro), « zéro » ! Ajoutez à la liste : algèbre, alchimie, algorithme…
- Seum. Les ados l’ont remis au goût du jour pour parler de dépit, mais dans sa racine arabe, il signifie « venin » ou « poison », et même par extension « jalousie » ou « rage ». Merci à l’argot des banlieues et aux rappeurs pour l’avoir remis dans la boucle moderne.
- Matelas. Le confort venu d’Orient ! Ce mot vient de matrah (« tapis, coussin »), sur lesquels on se jetait (sens du verbe taraha) pour se reposer. Initialement, un tapis oriental, devenu désormais notre meilleur allié du dimanche matin.
- Jupe. Vous pensiez que c’était une exclusivité féminine ? Détrompez-vous ! Issu du mot arabe djubbah (vêtement masculin), passé ensuite à l’italien, puis au français du XIIe siècle, où il désigna d’abord un pourpoint d’homme. Ce n’est qu’au XVIIe siècle que la jupe se féminise définitivement !
- Hasard. Mallarmé en aurait souri : ce mot passé par l’espagnol azar et venu de l’arabe az-zahr (« jeu de dés »), a d’abord désigné… un jeu de dés au Moyen Âge ! Aujourd’hui, on y pense moins quand on tente sa chance à la loterie.
- Zénith. Un sommet… dû à une erreur de lecture ! Né d’une mauvaise transcription du mot arabe samt (« chemin »), le terme fut déformé avant de se fixer en français au XIVe siècle. Son frère de racine, azimut, ferait aussi la fierté de vos parties de Scrabble.
- Nouba. Ce mot désuet pour « fête » a démarré sa carrière dans l’armée, désignant au XIXe siècle la musique militaire (du mot algérien nuba). De noce en noce, il s’est répandu dans l’argot durant la Première Guerre mondiale !
- Caoua. Avant qu’on prenne « un café » au bistrot, les soldats français d’Algérie disaient « caoua », du mot arabe qahwa, ayant commencé par désigner une liqueur apéritive. Que vous l’appeliez aussi « kawa » ou « cahoua », rien n’a vraiment changé, sinon la saveur d’un bon réveil.
Un kaléidoscope d’histoires et d’époques
Ce grand brassage linguistique montre que la langue française ne cesse d’évoluer. Certains emprunts sont venus enrichir le domaine scientifique (merci aux mathématiques et à la chimie!), d’autres expriment l’oralité populaire (bonjour le seum ou la caoua), et quelques-uns rappellent la vie militaire ou la mode… Parfois, le sens premier s’est perdu : qui pense « tapis oriental » en disant matelas, ou imagine un dé égaré derrière le mot hasard ?
À retenir quand vous ouvrirez la bouche
Au prochain Scrabble ou débat de café, vous pourrez étrenner ces anecdotes, modestement ou fièrement, mais toujours en connaissance de cause ! Certain(e)s tenteront peut-être de vous glisser un « ph » dans nénufar, ou de corriger votre « caoua » ; vous saurez désormais tirer votre épingle du jeu. Car la beauté de la langue française, c’est d’avoir autant d’étages que la tour de Babel — et tout autant d’accents parfumés d’ailleurs.