Vous sentez ce parfum d’interdits qui flotte sur l’air du temps ? Rassurez-vous (ou pas), il ne s’agit pas d’une mode passagère. « On veut vous faire taire » : l’incroyable montée des nouveaux intolérants s’impose plus que jamais dans le débat public, où hier on échangeait des idées, aujourd’hui on distribue des anathèmes à tour de bras. Enquête sur une société qui ne débat plus : elle élimine.
La traque des « mal-pensants » : chronique d’un lynchage annoncé
- Ils rêvent d’édicter des lois morales et d’étendre leur pouvoir
- Arbitres autoproclamés de l’élégance idéologique
- Excommunient sans états d’âme qui pense différemment
De l’argument, on est passé à l’insulte. Du débat, à la mise à l’écart pure et simple. Aujourd’hui, tout contradicteur est soupçonné au mieux d’arriérisme, au pire de complicité avec « l’extrême-drouate ». Pas de jaloux : même des figures intouchables comme Alain Finkielkraut, Marcel Gauchet, Élisabeth Badinter, Sylviane Agacinski, Michel Onfray, Régis Debray, ou Jacques Julliard, finissent sur la liste des « ostracisés ». Leur crime ? Avoir osé penser autrement.
Cancel culture à la française : la gauche dans le viseur
- Les principales victimes françaises de la cancel culture sont des personnalités issues ou revendiquées de gauche
- Céline Pina en est l’archétype : élue socialiste, elle dénonce en 2015 le Salon de la femme musulmane à Pontoise, initiative d’islamistes soutenue par des élus de tous bords
Le paradoxe saute aux yeux : ce sont les anciens gardiens de la liberté d’expression qui paient le plus cher. Les médias dits « de gauche » deviennent les plus féroces broyeurs de la démocratie, n’épargnant même pas ceux qui incarnent le socle républicain dont ils sont issus. Les quelques irréductibles à l’ancienne se voient tour à tour éliminés, écrasés, ou réduits au silence.
Wokisme, insultes et diabolisation : la démocratie dynamitée
Le principe de base du wokisme ? Rabattre quiconque ose objecter dans la case « extrême-drouate ». « On ne discute pas, puisqu’on détient la Vérité », résume la doxa du moment. L’autre est immédiatement privé de légitimité, assimilé au « mal » et voué à la néantisation publique. En un mot : le débat, c’est fini, place au tribunal permanent du jugement moral. Pour achever cette ambiance, certains n’hésitent pas à multiplier les outrances – tel Apathie évoquant des « centaines d’Oradour-sur-Glane en Algérie », comparaison historique qui défie toute imagination, mais pas le zèle idéologique.
Si vous aimez les débats polémiques, vous êtes « cancel », si vous tentez la nuance, vous êtes suspect, et si vous vous objectez… Eh bien, bon courage.
Le règne de l’intolérance : de la société au sommet de l’État
Si nos élites politiques peuvent paraître en retrait, elles participent elles aussi à cette orchestration. Emmanuel Macron, interrogé par le média Brut (un choix pas si neutre au vu des proximités idéologiques relevées par Barbara Lefebvre), reconnaît que « c’est le gouvernement qui va avoir à agir ». Mais entre propos contradictoires et inaction, la cacophonie l’emporte. De son côté, dans le monde musulman, Mezri Haddad dénonce l’étouffement de tout esprit critique par l’islamisme, facilitée par l’absence de courage réformateur chez les partisans d’un « islam des lumières ».
Et pendant ce temps, des controverses éclatent : Chawki Benzehra, lanceur d’alerte à l’origine de l’arrestation d’influenceurs algériens, se fait traiter « d’obscur blogueur ». Les débats sur la nation s’enflamment, comme l’illustre l’échange entre Céline Pina et Edwy Plenel autour de la question comorienne à Mayotte. Pendant ce temps, les appels à la vigilance antifasciste pleuvent (Edwy Plenel criant au retour du fascisme), mais semblent ignorer les monstres contemporains.
Les dérives vont jusqu’à l’intolérance religieuse : selon un sondage Ifop pour le magazine Elle, ce sont dans les catégories populaires, les catholiques pratiquants (76 %) et surtout les musulmans (92 %) que le refus de toute critique des religions est le plus fort. Bref, la liberté d’expression flirte désormais avec la clause de confidentialité.
Conclusion : Osez encore penser – mais discrètement !
La France vit une ère de grandes purges idéologiques où la contradiction devient suspecte, la nuance dangereuse. Plus besoin de mise en scène : à défaut d’arguments, place à l’orchestration du silence. Si le pluralisme dérange, c’est probablement qu’il fait encore respirer la démocratie. Le seul conseil : cultivez votre esprit critique… sans trop faire de vagues, au risque de rejoindre la liste des prochains bannis. À méditer, bien évidemment – et à vos risques et périls.