Vingt-sept ans de vie cachée, des concombres maison, un chat et… une expulsion brutale : l’histoire de David Lidstone, alias « River Dave », touche en plein cœur une petite ville du New Hampshire, mobilisée pour défendre cet homme des bois à qui la vie vient de faire un feu de camp version cauchemar.
Le Robinson des forêts du New Hampshire
Tout a commencé pour David Lidstone bien avant qu’il ne devienne un symbole local. Cet Américain de 81 ans a passé près de trente ans en ermite, perdu dans la solitude verte d’une propriété forestière de 73 acres à Canterbury, dans le New Hampshire. Sa demeure ? Une cabane en bois de deux étages, accessible seulement par bateau depuis le fleuve Merrimack, et construite du sol au plafond par ses soins. « J’ai fait toute la plomberie. J’ai tout fait. Il n’y a pas un clou dans cette maison que je n’aie pas planté moi-même », déclarait-il avec fierté en 2018, lors d’un portrait réalisé par Wmur-TV.
Pas de fainéantise chez River Dave, qui rit de ces « nouvelles générations qui ne lèvent plus le petit doigt » et s’étonne même que des journalistes fassent le déplacement. Son mode de vie, c’est tout un programme : recyclage, bricolage, jardinage, panneaux solaires, source naturelle détournée pour l’eau courante et même la capture – jadis – de chaînes de télévision satellite (jusqu’à ce que la connexion lui soit coupée, malheur !).
- Cultiver ses propres légumes, dont ces fameux concombres plantés de ses mains ;
- Coupe du bois pour se chauffer ;
- Élevage de quelques poules et la compagnie d’un chat ;
- Recyclage de tout, jusqu’au magnétoscope d’un autre âge ;
- Et assez d’anecdotes pour garnir des soirées entières sur la terrasse, bière à la main, face à la forêt.
Le choc : cabane réduite en cendres, River Dave en prison
Mais l’aventure a tourné court. Depuis 2015, le propriétaire du terrain, Leonard Giles (86 ans), essaie d’expulser David afin de détruire la maison, signalée par un administrateur local qui s’inquiétait des « déchets solides et septiques » et des potentielles infractions de zonage. Malgré une première ordonnance en 2017, River Dave n’a pas obtempéré. Résultat : le voilà en prison depuis le 15 juillet, accusé d’avoir squatté illégalement le terrain… pendant vingt-sept ans, excusez du peu !
Et la tuile ne vient jamais seule. Le 4 août, sa cabane part en fumée – la police cherche encore la cause du sinistre. Pour Jodie Gedeon, amie fidèle et habitante de la ville voisine de Boscawen, c’est le drame : « Il va être dévasté. C’était sa maison, la seule qu’il ait connue. » Persuadée d’un acte criminel, elle réclame sur Facebook que les « responsables soient punis pour leur inhumanité et leur cruauté », déplorant que l’incendie aurait pu devenir un feu de forêt.
Un combat légal et humain
Au tribunal, David Lidstone s’est défendu seul, tentant de faire passer sa maison pour une simple cabane de chasse ou de pêche. Peine perdue : le juge Schulman, bienveillant mais ferme, reconnaît que « Lidstone ne faisait de mal à personne », mais rappelle que la loi est « clairement du côté du propriétaire foncier ». Il encourage tout de même la recherche d’un arrangement pour permettre à Dave de rester sur place : « Ce n’est pas comme si la société ne savait pas construire une fosse septique », souligne-t-il avec une touche d’ironie constructive.
Pour sortir de prison, Dave n’a qu’un choix : promettre de ne pas revenir dans sa cabane – ou du moins, dans ce qu’il en reste. Tout ce que possède un homme, on lui reprend…
Mobilisation, entraide et espoir
Depuis l’emprisonnement de River Dave, la communauté locale ne lâche rien. Le soutien est tangible : trois campagnes GoFundMe, lancées dès les 4 et 5 août, cherchent à récolter des fonds pour reloger leur marginal préféré. Elles totalisent déjà plus de 2 000 dollars.
À Boscawen, c’est l’effervescence. Jodie Gedeon, amie de vingt ans de Dave, multiplie les initiatives : mobilisation sur les réseaux, actions auprès des voisins, plan pour convaincre le propriétaire de vendre ou louer le terrain ou au moins, de discuter. Mais la municipalité pose ses conditions :
- Créer une route d’accès au site ;
- Installer une fosse septique ou des toilettes extérieures pour répondre aux normes locales.
Dans ce combat, même la famille se mobilise. Vincent, frère cadet de 77 ans, a un souhait simple : « Il a 81 ans. Laissez-le tranquille. »
River Dave, lui, a toujours été un marginal connecté : sécurité sociale, smartphone, courrier. Surtout, un homme organisé sous son bric-à-brac, et devenu figure locale, saluant kayakistes et plaisanciers depuis sa rive, échangeant parfois victuailles contre sourire.
La vraie question plane sur les hauteurs du Merrimack : après avoir tout perdu, River Dave voudra-t-il seulement retrouver son coin de forêt, une bière à la main, face à l’horizon ? Ou ce monde, désormais plus solidaire, saura-t-il lui reconstruire un nouveau nid ?