Pourquoi ce poisson de 45 kg retrouvé sur la plage fait paniquer les experts

Pourquoi ce poisson de 45 kg retrouvé sur la plage fait paniquer les experts

Imaginez la scène : en pleine promenade sur la plage de Seaside, petite ville du nord-ouest des États-Unis, vous tombez nez à nez avec un poisson aux allures de disque géant, luisant de couleurs rouge, orange et grises, et pesant la bagatelle de 45 kilos. Ce n’est pas le remake de « Jurassic Park », mais bien la découverte étonnante qui fait frémir les scientifiques… et qui pourrait changer notre regard sur les océans !

Un poisson hors-norme surgi là où on ne l’attend pas

Ce fameux lampris royal, aussi appelé lampris-lune ou opah, a été découvert le mercredi 14 juillet 2021 sur la plage de Seaside. De quoi donner du fil à retordre aux spécialistes de l’aquarium local, qui n’ont pas caché leur étonnement : cet opah n’a rien d’un habitant typique des eaux fraîches de l’Oregon.

Comme le souligne le quotidien américain The Washington Post, l’espèce préfère d’habitude des eaux nettement plus tempérées que celles bordant Seaside. Le Lampris guttatus – c’est son nom savant, à placer au Scrabble pour impressionner la galerie – est, d’après l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), un « hôte habituel des mers tropicales et tempérées chaudes »… On est donc loin du climat de vacances norvégien qui règne sur la côte d’Oregon.

  • En France, il nage du côté de la métropole, mais aussi au large de Mayotte, de la Polynésie française, ou de la Réunion (dixit le Muséum national d’histoire naturelle).
  • Aux États-Unis, on peut croiser l’opah aux abords de la côte Est, ainsi que dans le Pacifique, autour de territoires comme Hawaii (merci la NOAA, l’Agence nationale d’observation océanique et atmosphérique, pour les précisions !).

Certes, un opah avait déjà été pêché en Oregon en 2009, relevait le quotidien The Oregonian. Mais Heidi Dewar, chercheuse en biologie à la NOAA, insiste : sa présence dans ces eaux reste rare.

Etat de choc (et de conservation), interrogations et… début de panique chez les experts

Autre fait marquant : d’après Tiffany Boothe, cadre à l’aquarium de Seaside, le poisson était dans un « bon état de conservation » lors de sa découverte. De quoi conclure qu’il s’est aventuré près des côtes peu de temps avant sa mort.

Pourquoi donc un poisson censé barboter dans les eaux chaudes se retrouve-t-il frigorifié au nord de l’Oregon ? Mystère. Les scientifiques n’ont pas de réponse définitive, mais beaucoup penchent pour une influence notable du réchauffement climatique, qui pourrait bien chambouler la carte postale des océans.

Un mystère épais comme un lampris

Ce qui intrigue tout autant les chercheurs, c’est le flou incroyable qui entoure la biologie de l’opah. À en croire les scientifiques, « très peu de recherches ont été menées sur l’écologie ou la biologie de base de l’opah ». Et pour ajouter à la frustration : la NOAA indique qu’aucune estimation fiable de la population mondiale de ces gros disques argentés n’existe à ce jour.

Pourtant, quelques avancées ont vu le jour. En 2015, des chercheurs américains publiaient dans la revue Science une étude (à partir de poissons pêchés au large de la Californie), révélant un fait incroyable : le lampris-lune serait le premier poisson à sang chaud (oui, vous avez bien lu). Alors que la température corporelle de la plupart des poissons épouse celle de l’eau, celle de l’opah dépasse en moyenne de cinq degrés Celsius celle de son environnement. Pas étonnant qu’il ait réussi à conquérir des eaux plus fraîches… ou alors, s’agissait-il d’un poisson frileux un peu trop curieux ?

Et après ? Un destin givré pour le lampris royal

Que va-t-on faire de ce géant pêchu ? L’aquarium local prévoit de le congeler pour le préserver dans les meilleures conditions. Mais l’aventure de ce lampris royal ne s’arrête pas là : à la rentrée scolaire, il pourrait passer sous le scalpel des élèves du coin dans un but scientifique (et non pas pour une farce de cantine, rassurons-nous), comme le précise l’aquarium sur Facebook.

Cette étrange découverte interpelle. Si vous vous promenez un jour sur une plage, le regard perdu vers l’horizon… ouvrez l’œil : la prochaine rencontre inattendue pourrait bien faire avancer la science, et qui sait, donner un coup de chaud à nos connaissances sur le monde marin.

Laisser un commentaire