Carmen de Jong victime des lobbys ?


Depuis Juillet 2010 l’Université de Savoie est victime des frasques d’une chercheuse se disant victime des lobbys des stations de sports d’hivers en raison de ses travaux sur les effets néfastes de la neige de culture. En effet Carmen de Jong a été mise à l’écart des deux projets dont elle était coordinatrice. Pour elle le Président de l’Université a subi des pressions qui l’ont poussé à évincer la chercheuse. Pour se défendre Carmen de Jong a contacté des médias de toutes sortes pour monter une diabolisation de l’Université de Savoie.
Mais en étudiant toute cette affaire beaucoup d’incohérences apparaissent, Carmen de Jong était-elle vraiment une victime des lobbys des canons à neige ?

Quelques rappels

L’institut de la montagne

Dans ce contexte où la montagne est conçue comme une interaction de cette multitude d’acteurs qui n’a de cesse de se transformer, l’Institut de la Montagne se positionne à l’interface de la recherche, des décideurs et des acteurs socioprofessionnels. Il met à disposition son Centre de Ressources Montagne afin de faciliter l’accès à l’information en proposant un Annuaire des acteurs et un Portail documentaire. Il a aussi pour mission de coordonner des projets de recherche « montagne » pluridisciplinaires et internationaux.

Carmen de Jong

Carmen de Jong est une allemande de 42 ans, docteur en sciences de l’Université Libre de Berlin, sa spécialité est la géomorphologie, discipline qui décrit les formes de la surface de la Terre (relief) et explique leur formation et leur évolution. 
En France elle possède un diplome de professeur des universités.


L’affaire Carmen de Jong

Février 2009, après 2 ans de fonctionnement chaotique l’UMS  (Unité Mixte de Services) n°3046 du CNRS dirigée par Carmen de Jong est fermée (lien CNRS, en page 9) à cause de l’improductivité de cette unité. Ces défaillances ont pour origine les nombreux désaccords entre la chercheuse et les partenaires de l’UMS, partenaires comprenant : l’Université de Savoie, le CNRS, les Université Joseph Fourier et Pierre Mendes-France.
Juillet 2010, la chercheuse est mise à l’écart des deux projets qu’elle menait en collaboration avec l’Université de Savoie. 
Il n’y a pas de lien entre les deux décisions, assure Gilbert Angénieux, Président de l’Université de Savoie. La dissolution de l’UMS a été décidée dans la douleur, après une dizaine de réunions, car il remplissait pas son rôle. La responsabilité administrative des programmes Alp Water Scarce et ClimAlpTour a été retirée à Mme Carmen de Jong suite à des inquiétudes sur le suivi des projets exprimées par nos partenaires européens. Ces programmes se poursuivent aujourd’hui sous la responsabilité d’une autre personne.’ (cf Montagne Magazine n°359)
Depuis Juillet Carmen de Jong se bat contre l’Université de Savoie car elle soutient avoir été licenciée à cause de ses propos anti canons à neige. Dans une interview pour ‘La voix des Allobroges elle répond à la question ‘Vous pensez que c’est ce que vous dites sur la neige de culture qui est la cause de vos problèmes à l’Université de Savoie ? par Oui, avec aussi mes prises de positions sur le changement climatique. Les exploitants de remontées mécaniques ne veulent rien entendre là-dessus.’ (lien)

La vérité sur une sombre affaire

Après l’étude de cette affaire pendant plus d’un mois, beaucoup d’incohérences dans le discours de Carmen de Jong sont apparues.


Toujours présente à l’Université de Savoie ?

Carmen de Jong en parlant de sa mise à l’écart dit : ‘le président de l’université m’a débarquée sans consulter les partenaires des programmes et sans réunir de conseil  scientifique(cf Montagne Magazine n°359).
En France on n’exclut pas un enseignant-chercheur comme ça. En effet les enseignants-chercheurs sont des fonctionnaires, donc autant dire que Carmen n’a pas été remerciée sans raisons.
Une info de dernière minute nous est parvenue durant la rédaction de l’article. Elle nous vient d’étudiants de Master EPGM (Equipement, Protection et Gestion des milieux de montagne)… Ils seraient arrivés un matin pour suivre un cours avec Carmen de Jong, mais cette dernière, accompagnée d’un syndicaliste, aurait refusé de donner son cours. On est en droit de se demander en quoi les étudiants sont concernés par les litiges de la scientifique avec son administration. Il semble que cette dernière ait tendance à mélanger tous les aspects : médiatiques, professionnels, scientifiques ou administratifs..
Pour l’instant Mme de Jong n’a pas repris son activité d’enseignante. Elle a refusé effectivement d’assurer les heures que le département de Géographie lui proposait de faire pour l’année 2010/2011. Mme de Jong n’est plus déchargée d’enseignement depuis la rentrée 2007 et depuis cette date n’a jamais rempli ses obligations qui sont d’assurer annuellement 128 h de cours ou 192h de TD ou toute combinaison équivalente. (source interne à l’université).
Et pourtant elle continue de toucher son salaire de professeur…
Son absentéisme est-il une façon de revendiquer son mécontentement contre son employeur ? Mais en faisant cela elle pénalise ses étudiants alors qu’ils n’ont rien à voir avec cette affaire.


Mise à l’écart par des pressions des lobbys, est-ce possible?

Carmen de Jong assure que ‘Le Président subit des pressions très forte de la part du Conseil Général et des milieux du tourisme d’hiver qui souhaiteraient des résultats allant dans le sens de leurs intérêts. Son predécesseur, Claude Jameux, m’avait déjà demandé de ne pas persévérer sur ces thématiques au nom de l’institut de la montagne pour lequel je travaillais alors.’ (cf Montagne Magazine n°359) Mais la scientifique n’est pas en mesure de justifier ses affirmations par des preuves matérielles… 
En France il est très difficile de faire pression sur des chercheurs. Ces derniers jouissent d’un statut très particulier, ils sont tous fonctionnaires, il est donc impossible de les licencier de quelques façons que ce soient.
Claude Allègre est le parfait exemple pour réfuter la thèse de Carmen de Jong. M. Allègre a émis en 2009 de sérieux doutes sur la responsabilité humaine dans le processus de réchauffement climatique mondiale. En prenant une telle position Claude Allègre a dû recevoir plus de menaces que ce que Carmen ne recevra jamais. Et pourtant il continue ses recherches et n’a perdu aucuns crédits ! 
Quelle est la réalité de l’influence d’un petit groupe de 10 scientifiques vis-à-vis des gestionnaires des stations de ski ?
Penser que des gestionnaires de domaines skiables puissent être gênés par l’avis d’un petit groupe de scientifiques n’est-il pas une façon de donner une importance exagérée au travail de Carmen de Jong ?


Conflit de scientifiques ou débat politique ?
 
Il est habituel dans le domaine scientifique de laisser les pairs juger entre eux de l’activité de recherche de leurs semblables. Cependant, dans la mesure où l’activité de publication est appréciée de manière quantitative par la plupart des comités, il est assez facile de se faire une idée de la ‘productivité publication’ d’un chercheur.’
Il faut pour cela connaître la section du CNRS auquel il est rattaché, récupérer auprès de cette section la liste des revues scientifiques classées ‘A’ et décompter le nombre d’articles publiés dans des revues de rang ‘A’.
Un chercheur à plein temps est considéré comme ‘productif’ lorsqu’il publie en moyenne une article ‘A’ par an.’ (source : enseignant chercheur en fonction)

Dans le cas De Jong si l’on se ballade un peu sur son site Web on peut aisément se rendre compte qu’elle a très peu publié ces dernières années pour une « chercheuse reconnue internationalement » comme certains le soutiennent (lien vers le blog de Renée-Alice Poussard, conseillère régionale verte). D’après son site internet il semblerait que ses trois derniers articles datent de 2008. (Article 1, Article 2 et Article 3) On ne peut pas non plus dire que Carmen de Jong ne travaille plus, mais pour une ‘universitaire spécialiste mondiale de l’eau en montagne’ (source, lepost.fr) ça ne fait pas beaucoup de publications ces deux dernières années.

Comme elle publie peu, Carmen de Jong ne peut pas se battre sur le front scientifique. Pour se défendre la chercheuse utilise un autre chemin, celui de la politique. D’ailleurs en  cherchant « Carmen de Jong » sur un célèbre moteur de recherche,  les résultats nous amènent souvent sur des blogs ou des sites d’associations écologistes (à vous de juger)… Le sujet est en faveur de Carmen car tout le monde a son avis sur la neige de culture sans pour autant appuyer ses réflexions sur des résultats scientifiques. C’est une position assez dangereuse car la porte est grande ouverte autant aux bons penseurs qu’aux intégristes…
L’Université de Savoie ne veut pas prendre part dans cette joute par médias politiques interposés et essaye tant bien que mal de continuer sa mission de formation et de recherche.
Car de toute façon un scientifique ne devrait-il pas avant tout se battre sur le plan scientifique et non pas alerter les médias à grand renfort de sensationnalisme ?

Pour finaliser cet article nous avons contacté par téléphone Carmen de Jong. La chercheuse est restée sur ses positions, puis à l’évocation du cours annulé avec la présence du syndicaliste, Mme de Jong a préféré écourter notre entretien téléphonique et a évoqué son avocat…

Crédits photos : Marc Mongenet et Roland Zumbühl


 


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