Vous pensiez que votre chat était votre animal de compagnie, voire votre meilleur ami à poils (quand il ne les laisse pas sur le canapé), que vous l’aviez choisi parmi mille autres ? Détrompez-vous : la science vient bousculer notre ego d’humain maître à bord. Alors, prêt à découvrir la révélation qui dérange sur l’autonomie féline ?
Le chat, ce colocataire opportuniste (et non domestique)
L’éthologue Bertrand Deputte, grand connaisseur des comportements animaux, l’avoue : le chat n’est pas tout à fait un animal domestique, contrairement au chien. Sa reproduction nous échappe largement et, sauf exception d’élevage, il reste avant tout un félin sauvage, fondamentalement prédateur et farouche solitaire. Mais voilà ! Il s’est révélé être un fabuleux opportuniste : là où la nourriture abonde, le chat prolifère et se montre… familier, tant que cela sert ses intérêts en chaleur, en confort et en croquettes.
En réalité, la majorité des chats que nous hébergeons pourraient plus justement être qualifiés d’animaux “apprivoisés”. Ils tolèrent notre présence, parfois même l’apprécient, surtout parce qu’elle est synonyme de confort douillet. Pour preuve, selon Paul Leyhausen, plus il y a de ressources (ou de sachets fraîcheur), plus il y a de chats autour. CQFD : sans nourriture, point de chat dans les parages, sauf peut-être chez Tata Josiane, qui en recense douze… Mais, hormis ça, le chat attend peu de nous. Nous sommes simplement un élément plaisant de son environnement — pas le centre de son univers.
Dans la tête de votre chat : relation ou… cohabitation ?
La différence entre le chat et le chien est nette. Chez le chien, la relation avec l’humain est au cœur de tout : présence, interaction, attentes, éducation. Il veut plaire, recevoir des ordres et rend service, parfois jusqu’à porter l’uniforme (policier, guide, chasseur…). Oubliez ça avec le chat : jamais vous n’obtiendrez qu’il rapporte la balle ou s’assoie sur ordre. C’est plutôt lui qui nous éduque. Le chat nous observe, impose discrètement ses règles et, au fond… c’est nous qui lui appartenons (douloureuse révélation, non ?).
- Il vit sa vie, dort, mange, déambule à sa guise.
- Il choisit d’être avec nous ou non.
- Il n’a pas besoin d’apprentissage, car il ne fait rien d’ennuyeux — ou si peu…
Essayez de faire du chat un objet d’étude scientifique, bonne chance : capter son attention relève du miracle, alors qu’une vache serait presque plus coopérative !
Cohabitation ancienne et communication subtile
L’histoire du chat familier remonte à plus de 9 000 ans, à l’époque où Homo sapiens commence à s’installer et stocker des céréales. Le chat, flairant l’aubaine d’un garde-manger facile, se rapproche. Depuis, la sélection exercée par l’homme est insignifiante, à l’exception de critères esthétiques, comme la tête plate du persan ou la nudité ébouriffante du sphynx. Résultat : 72 races félines, alors que le chien fait exploser les compteurs à 343… Le chat demeure fondamentalement le même depuis les pharaons !
Malgré tout, la cohabitation a laissé des traces. Les chats passent secrètement des messages, avec leur corps notamment. Un exemple frappant : le passage sur nos pieds (ah, cette habitude de tisser entre les jambes !) ou la queue dressée vers le ciel à moins de 3 mètres, signe d’interaction spécifique à l’humain — entre chats, ce sont les oreilles qui parlent. Cerise sur le coussinet, leur miaulement aurait été remodelé pour chatouiller nos tympans : une dizaine de sons, utilisés quasi uniquement pour communiquer avec nous… entre eux, les chats demeurent étonnamment silencieux !
Nous sommes utiles, mais pas indispensables (aïe !)
Il faut se faire une raison : pour le chat, nous sommes un colocataire pratique, source de chaleur et odeur familière — parfait pour ses besoins de confort et de prédation adaptée (le redoutable prédateur de boulettes). Il sollicite notre attention quand il y voit son intérêt. Sa tolérance pour nos caresses dépend de son humeur, même s’il lui arrive de les rechercher en se frottant contre nous. Le chat aime jouer, bondir et observer, preuve que son instinct de chasseur n’a pas disparu, et il exige un environnement stimulant : parcours, jouets, surfaces à grimper, à défaut, gare aux troubles du comportement (mal-être, agressivité, prostration). Oublier ses besoins, c’est manquer de respect à notre distingué colocataire.
- Le chat apprécie le calme, son ronron « anesthésie » le stress chez l’humain en générant des endorphines.
- Sa toilette méticuleuse pourrait servir à internaliser nos odeurs et rendre son environnement familier, plus qu’à enlever le parfum faux jasmin laissé par notre main.
En résumé : entre l’humain et le chat règne un pacte de coexistence pacifique, fait de respect mutuel, d’accidents de vase et de doux mystères. Gardons l’humilité de reconnaître qu’au fond, notre chat s’en fiche parfois éperdument de notre petite personne… tant que le bol est plein.
La prochaine fois que vous croiserez le regard énigmatique de votre chat, rappelez-vous : ce n’est pas vous qui l’avez choisi, c’est lui qui a accepté de faire de votre salon son territoire privilégié. Profitez de cet honneur, soignez l’environnement, et savourez chaque ronron : c’est la plus belle récompense que Sa Majesté consent à offrir.