Imaginez-vous descendre tranquillement sous la surface azurée, équipés de votre bouteille d’oxygène, simplement pour retrouver… votre meilleur ami. Mais attention, pas n’importe lequel : un requin dormeur d’1,80 mètre, résidant paisiblement au large de Nobbys Beach, en Nouvelle-Galles du Sud, en Australie. Oui, Rick Anderson a clairement une conception bien personnelle de l’expression « ami pour la vie ». Plongée au cœur d’une amitié aussi profonde que l’océan.
Quand l’amitié défie les profondeurs (et les préjugés)
Une poignée de promesses sont faites sur la terre ferme : se retrouver autour d’un café, partager un secret… Rick Anderson, lui, s’attache une bouteille d’air et glisse son détendeur pour saluer, année après année, son amie squale. Cette relation peu commune n’est pas née d’hier – elle a mis des années à se construire, patiemment, entre prudence et confiance mutuelle.
Point amusant : le requin n’a même pas reçu de nom (pour éviter « Requinou » ou « Dorsatus », sans doute). Anderson la reconnaît grâce à ses marques sombres particulières, tandis qu’elle le reconnaît, lui, sans faute – et lui offre régulièrement une belle dose de confiance.
D’un minuscule squale à une star de la tendresse
Rick Anderson a partagé à The Dodo ses débuts timides avec cette femelle requin dormeur :
- Leur première rencontre remonte à environ sept ans, alors que la jeune squale ne mesurait que 15 cm.
- Avec une grande délicatesse, Rick s’approchait d’elle sans la brusquer, puis la caressait doucement.
- Peu à peu, la confiance s’installe : il la berce dans sa main et lui parle calmement à travers son détendeur.
- À force, à chaque visite, elle reconnaît Rick et vient réclamer câlins et caresses, le genre de scène qui ferait pâlir d’envie plus d’un golden retriever.
À tel point que désormais, la femelle requin s’est habituée à Rick : elle nage vers lui, le tape gentiment sur les jambes et attend qu’il lui ouvre les bras pour s’y lover. Les plongeurs qui assistent à ce spectacle en restent souvent bouche bée.
Anderson tient à préciser : il ne nourrit pas ses amis — y compris les autres requins qu’il fréquente sous l’eau — et les traite à la façon d’un chien affectueux : présence, attention et respect, sans friandise.
Les requins : stars mal-aimées ou super-vilains d’Hollywood ?
Les requins dormeurs de Port Jackson, aussi adorables soient-ils dans leur genre, sont souvent victimes d’une réputation injuste. Moins impressionnants que les requins-tigres, baleines ou le terrible requin blanc, ils n’en soulèvent pas moins appréhension et frissons. Il faut dire que les médias n’ont rien arrangé, surtout depuis l’immense succès du film « Les Dents de la mer », qui a transformé chaque aileron en potentiel croc-mort assoiffé de sang.
Anderson, pourtant, a vu défiler plus de trente ans sous l’eau et dirige une école de plongée. S’il partage son histoire, c’est aussi dans l’espoir de changer notre regard collectif. Selon lui, la plus grande idée reçue réside dans cette image des requins : « des tueurs sans cervelle qui attendent que les gens entrent dans l’eau pour les dévorer ». Rien n’est plus éloigné de ce qu’il observe chaque jour auprès de ses amis à nageoires.
Une passion contagieuse pour tous les requins
Et l’histoire ne s’arrête pas là. En plus du désormais célèbre requin dormeur, Rick Anderson nage régulièrement avec une ribambelle d’autres espèces :
- requins banjo
- requins gris nourrice
- requins-tigres
- requins taureaux
- requins marteaux
- et même, pour l’amour du frisson, de grands requins blancs
D’ailleurs, il l’avoue volontiers : il s’est toujours senti à l’aise face à ces animaux, loin des clichés de terreur véhiculés par la culture populaire.
En conclusion, n’est-il pas temps de troquer nos scénarios hollywoodiens contre la réalité ? L’histoire de Rick Anderson et son amie à ailerons prouve qu’avec respect, patience et un peu d’audace, l’océan regorge d’amitiés inattendues. À méditer, la prochaine fois que vous croiserez un aileron… ou un voisin un peu différent.