Roc Trip 2013, jour 2 : le show des fanatiques sous la collante ! (+ vidéo et interview)

Beau cadeau dominical pour ce Roc Trip avec une nouvelle belle journée de grimpe et des conditions au top : vent frais, soleil et nuages, en un mot : grosse collante, avec juste quelques petits degrés de ressenti !

Tout à commencé en milieu de matinée sur le causse, au village du Roc Trip de St-Rome de Dolan par une conférence-débat organisée par Olivier Obin, grimpeur et équipeur local dans le cadre des Rencontres Citoyennes de la Montagne et de la fondation Petzl, devant une cinquantaine de personnes. Etaient aussi notamment invités pour animer les débats Yann Ghesquiers, célèbre falaisiste du Briançonnais, un grimpeur naturaliste et des élus locaux. Les débats ont porté sur la gestion des sites naturels d’escalade avec ici le rééquipement des gorges ainsi que par les problématiques liées à la place du grimpeur dans les gorges du Tarn (fréquentation, responsabilités, activités touristiques, gestion des équipements,…).

Yann Ghesquiers : ‘On a discuté un peu de l’impact des grimpeurs et de l’équipement sur la nature, et de la place de l’escalade et du grimpeur dans la biodiversité. Les notions de responsabilité et de conventionnement de sites et de toutes les implications en terme de financement ont aussi été abordées. En bref, des problématiques dont les grimpeurs se soucient généralement assez peu malheureusement, eux qui viennent généralement clipper des cordes sur des dégaines.’

– Kairn : Et Justement, Yann, quel est ton point de vue personnel sur la gestion des sites naturels ?

– Yann : ‘Après 20 ans d’équipement sauvage sans rien demander, le fameux ‘grimpons cachés grimpons heureux’, j’essaie de mettre un peu de l’eau dans mon vin car je suis de plus en plus conscient qu’équiper un spot en 2013 engage à des notions de responsabilité, et puis surtout que le terrain de jeu n’est pas infini donc c’est bête se le faire interdire ou restreindre. Il faut donc essayer de partager et de trouver des médiations. Par contre, à chaque fois que j’ai essayé de faire les choses dans les règles on m’a posé des fins de non recevoir donc on se demande un petit peu si le dialogue n’est pas fermé. Il faut faire des efforts pour ne pas faire n’importe quoi mais il faut qu’il y ait aussi de l’autre côté du répondant derrière. Il y a aussi d’avantage de problèmes de responsabilité dans la société qui sont cherchés quand il y a des accidents, il y a de plus en plus de grimpeurs sur les falaises ce qui entraîne une usure plus rapide de l’équipement, et des problèmes de gestion. Qui va financer quoi ? Qui est responsable ? Qui est propriétaire ? On aimerait bien être libres, égoïstes, à faire son truc dans son coin, mais je pense qu’il faut évoluer, tenter de changer un peu les mentalités et aller vers le dialogue pour l’avenir.’

Nous reviendrons plus longuement sur ces aspects demain, avec quelques mots d’Olivier Obin qui a animé la conférence.

Après un court brunch, direction les gorges vers midi pour un peu d’action. Yann Ghesquiers, descendu en express après le débat s’échauffe rapidement point par point dans le très beau 8a+ du ‘Seigneur des monos’ (qui pourrait aussi s’appeler le saigneur des monos tellement les trous défoncent…une futur classique ?) puis expédie rapidement l’affaire dans la demi-heure qui suit, accompagné de Bastien Gerland. Ce n’est que le début de journée pour Yann, collectionneur de voies extrêmes qui, en toute discrétion doit compter plusieurs milliers de voies dans le 8 et une des plus gros ‘tableau de chasse’ sur caillou à l’instar de boulimiques comme Graou, Steph Tremont, Seb Hemery ou Chris Zehani. Le bougre fera aujourd’hui pas moins de 4 8a+ dont 2 à vue !

Direction maintenant les dévers de l’Oasif. Et pour cause, les fanatiques sont dans la place : Daila Ojeda et la kiwi Mayan Smith-Gobat, mais aussi Dani Andrada et Chris Sharma sont dans la place. Déjà des photographes et cameramen sont pendus sur des stats au-dessus de la mare et patientent de longs moments pendant l’échauffement des pros. Alors qu’hier les stars internationales s’étaient lancées dans des challenges de conti, laissant le public contemplatif mais lointain admirer leurs runs, souvent à la jumelle depuis la route, la foule a cette fois la possibilité de voir évoluer les athlètes du team Petzl au plus près.

L’Oasif se transforme de minute en minute en petit amphithéâtre, les travées finissent de se remplir de part et d’autre de la mare pendant que Daila et Mayan déroulent tranquillement dans les 7b/c de la partie de gauche de la falaise. La cible du jour our Chris et Dani : ‘Déssèchement planétaire’, une ligne majeure d’une vingtaine de mare dans un dévers à 60° qu’on vous avait présenté brièvement hier à travers les essais du jeune chambérien Hugo Meignan. Une création de Géraud Fanguin. Niveau : 8c sur le papier (hum…), toujours non-réalisée… Une première ascension à tenter ! Il s’agit de démarrer dans une traversée athlétique juste au dessus de la mare, avant des blogages puissants qui achèvent la rési des plus énervés, avant un réel problème : un jeté tournant très explosif et lointain dans un bac difficile à viser et un ballant à contrôler. Un pas de bloc final qui semble difficile à appréhender.

L’arène est pleine, il ne manque plus que les gladiateurs ! Dani sera le premier à s’élancer, et tente crânement sa chance. Les encouragements fusent, les photographes sont légion et on sent une excitation collective. Ca y est, nous sommes vraiment installés dans une réelle ambiance Roc Trip ! Le catalan calera cramoisi juste sous le jeté final, avant d’abdiquer après plusieurs tentatives infructueuses dans le fameux mouvement. Le catalan abdique, ce n’est pas pour lui. Après un long partage de méthodes avec Chris, on se laisse à penser que le californien va essayer flash. Il n’en est rien. Visiblement moins échauffé, ‘The King’ cale les mouvements mais prend un repos plus bas et ne cherche pas à avancer comme l’espagnol, toujours aussi accroc à l’escalade sans calcul, le fameux ‘A muerte’, sans considérations ni états d’âmes.

Scoop : l’escalade abime la peau des doigts !

Alors que Chris, après avoir calé à la 3ème reprise le fameux dyno, redescend et commence à se reposer, arrive un nouveau challenger. Jérémie Tonneau, un des grimpeurs locaux qui travaille la voie depuis un moment, et qui est à deux doigts de la faire. Déjà l’été dernier, il tombait dans le retour de ballant du jeté.

le nouveau challenger, Jérémie Tonneau, le regard plein de pression…

Chauffé par les potes, Jérémie se prête au jeu et tape un run, pour d’une part expliquer aux autres les petites astuces pour dompter l’intensité physique monstrueuse de la ligne, et d’autre part tenter sa chance et se jouer au jeu de la première. Fatigué par plusieurs journées de labeur à monter les paires en place aux 4 coins des gorges pour l’évènement, il explosera à l’entrée du jeté, impossible de lancer une main vers le fameux Graal…

Dommage, mais moment super sympathique de voir échanger autour de quelques méthodes des stars interplanétaires avec un pratiquant amateur de très bon niveau, visiblement aussi mordu de caillasse. C’est aussi celà l’esprit Roc Trip ! Jérémie nous confiera que pour lui, la clé de la voie se situe dans la prise main gauche, une petite cupule à serrer très fort et qu’il faut garder longtemps pour d’une part lancer la main droite dans le bac salvateur, et d’autre part contrer le retour de ballant qui est énorme dans ce dévers si marqué.

L’électricité se fait encore plus présente dans l’air. Chris se prépare pour un essai. Va t’il réaliser la première ? L’américain grimpe beaucoup plus fluide et détendu que lors de son run précédent, bloque bas à la sortie de la traversée, arrive à temporiser quelques mouvements avant le crux. Il finit par s’élancer dans la section finale, et..Jump ! Et malheureusement dans la corde, les doigts à quelques centimètres de la prise. Dommage, il était assez proche pour son premier essai. Il n’y en aura pas d’autres pour le désarroi des fans, qui quittent l’arène un peu abattus tels des supporters de foot qui en ont pris 4. PAS DE CROIX.

Mais vous êtes exigeants quand même, on a tout de même passé un super bon moment cet après-midi, et il faut garder à l’esprit que même si une bonne partie du gratin mondial est présent et que les conditions sont super, le processus de réalisation de voies extrêmes en escalade sportive n’est pas une science exacte et une banalité. Toute voie au-dessus du 8c se mérite et ne se fait pas en claquant des doigts même quand cela tombe à vue ! Cela reste de l’extra-ordinaire même si chaque jour des mutants perfent et annoncent des trucs de fou aux 4 coins du globe… De plus, il semblerait que la période discount du Tarn soit révolue. Souvent cité dans les discours comme une des mecques aux autoroutes de conti prenant en compte l’engagement (jamais déraisonnable) dans la cotation des voies, la lecture des cotations du nouveau topo risque d’alimenter encore les débats…

Chris en tout cas, garde son sourire et malgré sa fatigue encore apparente et son échec, répond à mes questions avant de se retirer.

– Kairn : Qu’est-ce que tu penses du projet de l’Oasif que tu viens d’essayer ?

– Chris : Ah, c’est une très belle voie, vraiment parfaite. j’étais venu il y a 5 ou 6 ans et j’avais déjà reluqué cette ligne. C’est cool de pouvoir y aller aujourd’hui et de jouer dedans.

– Kairn : Le crux est un jeté coquin et tu es un bon spécialiste des mouvements dynamiques en escalade. C’est rigolo de te voir caler !

– Chris : Je pense que c’est une voie que tu peux vraiment très vite ou alors y passer des lustres, y mettre 50 essais et ne pas avoir la réussite. Je vais réessayer peut-être demain et on verra !

– Kairn : Ce printemps, tu as expédié ton projet ‘Dura dura’ 9b+, un accomplissement pour toi. Qu’en retiens-tu quelques mois après ?

– Chris : Oui, ça été un énorme accomplissement dans ma carrière de grimpeur. Cela fait plus de 5 ans que j’avais décidé de tenter de repousser mes limites vers le 9b et au-delà, de réussir du 9b+ et c’est une belle récompense. Cette voie a été vraiment spéciale pour moi car je pensais pas que je possédais les capacités de la réaliser, ça a été dur de croire que c’était possible. La difficulté de la ligne, les prises me paraissaient si petites au début…Bon bien sûr, essayer la voie avec Adam Ondra m’a énormément aidé. J’ai repoussé mes barrières mentales et compris que c’était faisable. On a eu de très belles interactions ensemble pendant les essais cet hiver. C’était vraiment très enrichissant comme expérience de bosser à deux grimpeurs de niveau 9b dans une voie extrême et de créer un nouveau challenge, impossible à la base.

– Kairn : Tu rentres tout juste de Californie où tu as inauguré ta salle d’escalade. Comment c’était ?

– Chris : C’est vraiment excitant cette inauguration. Beaucoup de monde est venu. c’est un nouveau projet dans ma vie qui démarre. J’ai commencé à grimper en salle il y a 20 ans. L’indoor est une grosse opportunité pour faire découvrir la grimpe au plus grand nombre. J’ai eu la chance d’avoir cette opportunité et c’était important pour moi de renvoyer la balle et à nouveau de créer cette opportunité, pour faire découvrir l’escalade à un maximum de monde en montant ma salle. Comme ça on peut dire que la boucle est bouclée !

– Kairn : Quels sont tes projets, voyages ou voies, pour la fin de l’année ?

– Chris : J’ai encore quelques trucs à Oliana et Margalef, et j’ai aussi des projets en grande-voie, comme à Montrebei.

– Kairn : Justement à ce sujet, j’ai entendu que certains locaux étaient pas contents car tu as posé des spits et cet endroit est davantage dédié au trad. Qu’en penses-tu ?

– Chris : Pour moi, la chose la plus importante, c’est que chacun respecte l’autre. La plupart de la voie a été équipé du bas et j’ai mis 30 jours de travail pour atteindre le sommet. Donc je pense que de par mon éthique d’équipement, j’ai été honnête et respectueux. Pas beaucoup de voies avec des points ont été équipées là-bas. C’est juste une voie dans un beau mur, pas des secteurs entiers. On en fait un peu un plat comme cela, mais quand tu parles face à face avec les gens et que tout le monde se respecte, on se comprend mieux entre partiquants et c’est mieux pour tout le monde. C’est ce que j’ai expliqué aux gens, après c’est toujours dur de faire en sorte que tout le monde soit content.

– Kairn : Et sinon cette voie elle ressemble à quoi ?

– Chris : La voie est très dure, elle fait 25 longueurs avec 1 9a, 2 8c, 1 8c+,…Beaucoup de longueurs extrêmes, beaucoup de sections dures,…

– Kairn : Combien de temps encore tu restes dans les gorges du Tarn ?

– Chris : Je suis là encore quelques jours, pour finir le Roc Trip, voir les potes et ensuite je rentre en Espagne.

Retour à Tennessee, où les jeunes plantent runs sur runs et tentent tous leur chance dans la King Line des gorges. Juste au-dessus, à l’Amphithéâtre, Mike Fuselier plie bagages. Il a été terrassé lui aussi dans son projet ultra physique avec un départ en toît des plus teigneux. Melissa Le Nevé et Florence Pinet ont elle mis leurs doigts dans un projet d’Antoine Eydoux sur la droite du secteur, un magnifique pilier à crispettes très technique avec un bon crux sommital. Ca fleure bon le 8b+ et cette escalade de fille a plu à ses demoiselles qui espèrent bien poursuivre l’affaire dans le courant de la semaine…

Antoine Eydoux met un run dans son projet (ci-dessus et dessous)

Petitou Ribière profite des voies abus de De Que Fas Aqui

Au secteur des voies abus de De Que Fas Aqui, ce sont Dani et surtout Klemen Becan qui vont sauver l’honneur de fin de journée, le premier enchaînant les deux longueurs d »Astro tarn’ 8b+ après un essai de repérage la veille pour nettoyer et mettre de la magnésie, le second profitant des marques pour aller dérouler à vue. Le slovène, dont c’est le premier jour de présence dans le Tarn frappe un grand coup avec un run parfait dans cet océan de conti.

Klemen Becan dans une voie abus de De Que Fas Aqui

Klemen se permettra de monter sur le plateau au dessus du relai sommital de cette voie de 70 mètres, manière d’aprécier la vue et de déclarer plus tard narquois qu’une voie abus de De Que Fas Qui est la même chose qu’un bloc, il faut arriver debout au sommet ! Le slovène nous rappelle que c’est un habitué des Roc trip, lui qui en 2006 au Boffi avait été le premier à dérouiller la voie ultime.

Un des derniers à quitter la falaise fut l’américain Dave Graham, arrivé tardivement sur les lieux. Emerveillé par la perf’ de Klemen et tout juste arrivé de Suisse où il faisait que flotter, Dave courre déjà partout avec son éternel enthousiasme et se met en jambe dans quelques voies de De Que Fas Aqui, avant d’animer le soundsystem sous la pluie jusque tard dans la nuit devant quelques irréductibles.

Il est 21 h, je profite de la fraicheur pour faire une dernière voie et de profiter de la quiétude retrouvée des lieux qui se sont complètement vidés avant de remonter. Il fait tellement frais que je prends une douce onglée sur les réglettes finales. Un 23 juin ! En tout cas voilà une journée dominicale de Roc Trip bien remplie !

Voici pour finir en beauté la vidéo du deuxième jour, toujours signé Guillaume Broust de Petzl.

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