Des activités pour la randonnée parfois méconnues ou insoupçonnées par les randonneurs : le rôle du paysan de montagne

Bien souvent le randonneur en montagne se concentre sur son itinéraire, les balisages, le topo pour de rendre d’un point à un autre ou il trouve, parking, gîte et couvert. Son plaisir : ce qu’il appelle la nature, parfois qualifiée de « sauvage », le beau temps, accessoirement la faune et la flore et, plus sérieusement, les paysages souvent mis en avant dans divers ouvrages et par les offices de tourisme.

Rôle du pastoralisme sur le milieu naturel

Une conception ‘écologique’ de la nature et des hommes contradictoire avec la défense et le respect des deux


Lac de Tristaina en Andorre (Cirque des Pessons)

L’origine des chemins de montagne

Beaucoup de randonneurs oublient ou ignorent qu’il n’y a pas, en France, de nature sauvage mais des espaces protégés. Si les loisirs et activités ludiques diverses y sont possibles c’est, en dehors des zones récemment aménagées dans un cadre de massification touristique, grâce au travail de beaucoup de monde qui participe à l’entretien des territoires et qui ne sont pas forcément, voir même assez rarement, des acteurs principaux du tourisme, excepté les balisages. Les itinéraires de randonnée en montagne sont pratiquement toujours des chemins pastoraux créés au cours du temps, parfois vieux de plusieurs siècles, pour les besoins du pastoralisme et de l’agriculture de montagne, pour l’accès à des villages ou des hameaux et quartiers à une époque où il n’existait pas de routes. Ce sont les paysans qui sont à l’origine de tout ce patrimoine ouvert à la randonnée, telles que les anciennes « carraires », passages des troupeaux transhumants balisés depuis plusieurs siècles pour éviter des zones d’activités dédiées à d’autres objectifs que le passage.

Les paysans d’aujourd’hui garants d’un passé qui assure l’avenir

Aujourd’hui des chemins ont disparu avec l’apparition des routes et des pistes. D’autres ont été recouverts par la sauvagine avec la déprise agricole et pastorale. Dans d’autres secteurs, ce sont des pistes qui ont été créées pour faciliter l’accès avec un moyen moderne, la voiture, qui a remplacé l’âne ou le mulet. Mais les chemins qui restent servent, le plus souvent encore, à l’agriculture. S’ils ne sont pas envahis par les ronces et autres végétations c’est tout simplement parce que régulièrement des bêtes d’élevage, vaches, moutons, chèvres, chevaux, les utilisent et broutent les pousses. Discrètement, hors des périodes de vacances, des communes rurales et des groupements pastoraux et forestiers, parfois des chasseurs, entretiennent les chemins et les pistes. Beaucoup plus rarement les randonneurs qui les empreintent. Sans paysans pas de pays, pas de chemins. Même chose pour les paysages. Ceux-ci restent ouverts grâce aux bêtes qui broutent et contiennent l’avancée de la forêt. Randonner en montagne uniquement en forêt, sans jamais voir de paysages ouverts, serait vite rébarbatif et sans intérêt.

Ces paysans ne sont pas là que pour la carte postale. Ils ont un rôle économique, social et environnemental. En clair, ce sont LES acteurs du développement durable en montagne. Ils sont, de fait, des acteurs complémentaires au tourisme tout comme, inversement, le tourisme peut servir l’agriculture.


Départ entretenu du chemin de Gèdre à Coumély (Hautes-Pyrénées)

Des activités pour la randonnée parfois méconnues ou insoupçonnées par les randonneurs

Au-delà de l’entretien du milieu et de son maintien ouvert qui font la beauté des paysages, l’activité de paysan, éleveur et berger en montagne, ne se limite pas à garder les moutons ou les vaches. Facile pour le randonneur de dire au berger un jour de beau temps ‘vous faites un beau métier’. Cet entretien du milieu, c’est, après réflexion car l’idée ne vient pas toujours naturellement, la partie la plus visible de l’activité ou du moins les conséquences de son activité au profit de l’environnement et du tourisme. Mais il y a bien d’autres choses plus invisibles ….

Il y a également les fêtes et les foires, lieux de rencontres et d’échanges dont le déroulement autant que les effets induits ne sont pas toujours lisible du touriste randonneur. Derrière l’activité d’élevage il y a également un gros travail de sélection des bêtes reproductrices avec des concours sélectifs par races, âges, etc…. selon les territoires dans chaque canton, départements, régions… Ce sont les plus belles bêtes sélectionnées dans ces élevages que nous retrouvons au salon international agricole de Paris pour des concours nationaux. Ce sont ces sélections qui feront les meilleurs troupeaux et les meilleures productions que nous retrouvons, avec plaisir, dans nos assiettes, avec ou sans label de qualité. Ce sont ces productions qui font la différence de qualité avec de la viande étrangère venant de l’autre bout du monde sans jamais connaitre les conditions de production. Ce sont ces productions qui sont souvent décimées par les grands carnivores, ours, loups et lynx en remettant en cause le travail de longues années voir même de plusieurs générations.

A côté de ces bêtes d’élevage il y a aussi les chiens, notamment les chiens de travail (Chiens de troupeaux ou chien de conduite) qui font l’objet de concours quant à leur qualité d’aide berger plus que leur qualité esthétique. Pour ce qui concerne les chiens de protection, il est à regretter que le marché, notamment pour le Patou des Pyrénées, ait été cassé par des associations écologistes très fortement subventionnées. Elles avaient, et ont toujours, la prétention d’apporter des solutions toute faite aux professionnels de l’élevage. Solutions qui, depuis 20 ans, s’avèrent totalement inefficaces. En matière de chiens de protection, il n’existe aujourd’hui pratiquement que des salons et concours de beauté comme à Argelès-Gazost avec les Patou, bergers des Pyrénées, qui ne présente que des chiens de salon sans intérêt pour l’élevage.

Une économie complémentaire au tourisme

Certains gourous de l’écologie voudraient substituer l’élevage de montagne par du tourisme en laissant les territoires s’ensauvager au profit des grands prédateurs (Rwilding imaginé en 1997 par le WWF et d’importantes agences de voyage dont une vient de faire faillite). En fait, élevage et tourisme de montagne, notamment de randonnée, sont des activités complémentaires. Certains éleveurs / bergers ont une double activité soit saisonnière soit permanente. C’est le cas de propriétaires de gîtes ruraux ou de bergers qui, l’hiver, travaillent en stations de ski alors que les troupeaux sont rentrés en grange et bergerie pour la période hivernale souvent enneigée. Il n’existe pas d’opposition entre ces deux activités qui se partagent un même territoire même si, parfois, il existe un fossé d’incompréhension et une absence de dialogue.

Lorsque le randonneur se balade sur un chemin, il serait intéressant qu’il se pose ces questions : qui a fait, qui entretien ce chemin, cette fontaine, cette source que j’utilise gratuitement ? Qui me permet d’admirer ces paysages que j’affectionne ? Comment vivent ces personnes qui me permettent ces moments de bonheur et de plaisir ?


Le vieil Hospice de France (Luchon – Haute-Garonne)
entre cultue, pastoralisme, échanges économiques
et aujourd’hui tourisme

Les paysans de montagne ne cherchent pas la compassion ou la rémunération. Ils souhaitent simplement que le travail qu’ils réalisent soit reconnu et qu’ils soient respectés en évitant, par exemple, de détruire des clôtures, utiliser le bois pour un barbecue dans un abreuvoir ou de prendre la cabane comme salle des fêtes ou de vespasiennes. Ils souhaitent aussi que leurs bêtes et leur liberté soient respectés. Des plaisirs simples et insoupçonnés.

Louis Dollo

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Le pastoralisme dans les Pyrénées

Les études du CERPAM – Alpes-Méditerranée

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