Des français au Lunag II

Je viens juste de rentrer d’une expédition dans le Haut Khumbu. Avec Seb RATEL, Maxime BELLEVILLE et Mathieu DETRIE, nous avons grimpé le face Sud-Est  du JOBO RINJANG OUEST. L’expée s’est super bien passée sous une météo plus que clémente. Voilà un petit récit de notre aventure…

Nous sommes partis de France le 23 septembre direction Katmandu.
Après quelques jours dans la bruyante capitale du Népal, nous avons pris l’avion pour Lukla point de départ de tous les treks et expéditions en direction du khumbu.
Les deux jours de trek en direction de Namché Bazar ne sont pas aussi sympas que  l’on pourrait imaginer. Bien que les paysages soit magnifiques ; le monde et le « ballet » incessant des avions et des hélicoptères qui montent à Namché, enlèvent un peu de charme à l’endroit.
Namché est une vraie petite ville. Perchée à 3850m, on y trouve des cyber café et les lodges ressemblent presque au refuge du gouter ……mais au dessus de la ville les vues sur la face Sud du Nuptse, l’Ama Dablam, et les kwande sont vraiment impressionnantes et mettent vite dans l’ambiance : ici les montagnes sont grosses.

Une fois passé Namche, nous avons pris la direction de Thamé plus à l’écart des circuits touristiques classiques.

Nous y avons passé deux jours afin de nous acclimater en douceur, bien que les matchs de foot avec les enfants du village nous aient bien mis « chiffon ».
A Thamé, nous  retrouvons les yacks avec tout notre équipement, direction le nord vers le glacier du Nangpa La. Le Nangpa La est un point de passage important entre  le Tibet et le Népal car il est facilement accessible côté chinois. Historiquement, ce col servait aux Tibétains qui venait dans le Khumbu vendre leur sel. C’est aussi le camp de base de la, très fréquentée, voie normale du Cho OYU.

Depuis Thamé, la montée vers le camp de base nous a pris  trois jours pour finalement arriver au même camp que celui utilisé par l’expédition suisse de l’an passé.

Le camp base étant situé à 5200m, nous avons pris quelques jours de repos en arrivant. Ensuite, nous avons commencé à faire quelques repérages pour finalement nous rendre compte que la ligne que nous envisagions au départ était beaucoup trop sèche.

Du coup, nous avons opté pour une ligne un peu plus à droite mais qui se termine sur le même sommet. Mais avant de nous lancer nous avons du parfaire notre acclimatation. Nous avons d’abord grimpé un petit sommet au dessus du camp de base culminant à 5800m.

Puis nous avons fait une tentative sur le Jobo Locutre (6600m) gravie pour la première fois par l’expédition suisse de 2009. Nous avons atteint une antécime à 6200m que nous baptiserons le little Jobo Locoultre
Ensuite, nous avions prévu de faire un tour dans notre voie afin de repérer  un peu le bas et de laisser un dépôt de matériel.
Nous sommes donc allés bivouaquer au pied mais la météo moyenne et une petite chute de neige nous ont dissuadé de faire une tentative. Nous laissons du matériel et de la nourriture sous un bloc puis rentrons au camp de base.

Le lendemain Yann, notre routeur, nous annonce un créneau de beau temps avec peu de vent pour au moins une semaine. C’est donc le moment de faire une vraie tentative. Nous ne sommes pas complètement acclimatés mais nous décidons de faire quand même un essai. Nous prenons deux jours pour nous reposer et faire les sacs.

On décolle le matin du CB, encore une fois ce large glacier couvert de pierres à traverser, mais cette fois avec des sacs légers. Après un petit casse croûte au pied de la face, nous passons la rimaye en milieu d’après-midi et gagnons un endroit à peu près protégé pour poser les tentes 200 mètres plus haut, à 5800 mètres. Le lendemain, après avoir grimpé quelques centaines de mètres, la chaleur nous arrête. Nous passons une heure à l’abri sous un surplomb en attendant que la température baisse un peu. Une longueur en rocher de difficulté 5 nous permet d’éviter une zone exposée. Un peu avant la nuit, nous arrivons à l’endroit qui nous semblait propice pour notre second bivouac, il le deviendra après une bonne heure de terrassement. Une fois installés, nous sommes super bien, protégés par un toit à 6200 mètres d’altitude. Après une bonne nuit, nous commençons la journée par de belles longueurs de glace et de goulotte qui nous permettent de passer le verrou au milieu de la face. La partie haute nous offre encore de bonnes conditions de glace avant de venir buter sur un ressaut plus raide qui marque le pied des ice-flutes. Fini la glace, place à la neige inconsistante… L’escalade, qui techniquement n’est pas dure, est exposée et difficile à protéger. La nuit nous cueille et nous n’avons aucun emplacement de bivouac dans les parages, notre salut est au sommet. Une longueur dans les ices-flutes et deux sur l’arête sommitale nous propulsent au sommet du Lunag II, à 22 heures. Il fait nuit depuis 4 heures, la température faible, accompagnée de ce fort vent de Sud-Ouest nous gèle le visage. On se félicite d’être ici où personne n’avait encore mis le pied. Nous descendons quelques mètres au nord pour terrasser un emplacement pour les tentes. Avec une neige sans consistance cela nous demandera encore une heure. Enfin, une nuit bien méritée.

Le lendemain, nous abandonnons l’idée de rejoindre le sommet principal de l’autre côté du plateau sommital et décidons de descendre.
Finalement la descente qui nous stressait un peu se déroule plutôt bien et c’est vers 18h00 que nous arrivons au pied de la face.
Nous décidons de rentrer au camp de base. La traversée du glacier s’avère bien pénible de nuit et fatiguante mais au bout d’une heure et demi de marche nous retrouvons Shandra (notre sirdar) et Aynden (notre aide cook) venus à notre rencontre avec du thé et des biscuits.
Ils nous prennent une partie de nos sacs et c’est vers 21h00 que nous arrivons au camp de base bien fatigués mais contents.

Le topo de la voie

Un petit teaser du film de l’expé : ici

Crédits photos : Matthieu Maynadier

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