Helias Millérioux, la p’tite bébête qui monte, qui monte…

Helias Millérioux, la p’tite bébête qui monte, qui monte…

A l’occasion d’une soirée consacrée aux ascensions de l’Annapurna organisée par l’alpiniste Yannick Graziani le 1er décembre 2014 à Paris, j’ai eu la chance de rencontrer Hélias Millérioux.

Voici le portrait d’un jeune alpiniste qui monte, qui monte, qui monte…

Beau bébé de 3,9kg né en juillet 1987 à Paris, Hélias grandit dans une famille aimante. Il fait ses premiers pas en escalade à Fontainebleau, comme beaucoup de parisiens.

A 11 ans, son père lui fait découvrir l’alpinisme en Vanoise, au Col du Borgne.

Depuis ces débuts somme toute modestes, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et l’oiseau a pris son envol.

A peine majeur, Il intègre l’équipe nationale FFME, coaché notamment par Dimitry Munoz, Philippe Batoux et Antoine Pecher. Quelques expéditions plus tard (UTAH, Alaska), il rentre à l’ENSA et boucle le diplôme de guide en 2013.

A 27 ans, sa liste de courses est impressionnante, autant dans les Alpes qu’à l’étranger. Impossible d’en énumérer l’intégralité sans faire exploser le serveur… Je n’ai pas eu d’autres choix qu’une présentation de morceaux choisis.

En 2008, Hélias a 21 ans. Il se définit alors comme un ‘apprenti de la montagne’, bien qu’il soit – à mon humble avis – déjà bourré de talent. Il part pour faire la directe américaine au Dru avec son pote Deluze. Deluze est alors un très fort grimpeur, mais sans aucune expérience de l’alpinisme. Après une semaine de préparation à l’envers des Aiguilles, les deux copains se lancent dans la face ouest. Ils avalent en 6 heures les difficultés, mais passeront plus de 9 heures pour sortir le mixte du haut (beaucoup moins dur, c’est vrai, mais beaucoup plus ‘montagne’).

Depuis, le pote Deluze est devenu guide…

En 2010, il frôle l’enchaînement de Manitua en face nord des Grandes Jorasses (il libère quasiment toutes les longueurs, sauf celle en artif côtée A3+ et un toit trempé en 6c). Puis il répète avec l’équipe FFME ‘Tale of the scorpion le streaked wall Zion’, une voie d’artif dans un grès très sableux qui fait 400 mètres de haut avec pas loin de 100 mètres ‘de dévers de ouf’ (dixit).

En juin 2014, il ouvre, avec deux copains, une voie en face nord de l’Ailefroide, le ‘Réactor’. Cette voie est un concentré de difficultés, qui en repoussé plus d’un. Le nom de cette ligne raconte la perte du réchaud (du même nom) le soir au bivouac et l’impossibilité de s’hydrater ou de manger pendant tout le reste de la voie…

Si Hélias s’est retrouvé à cette soirée sur l’Annapurna, ce n’est bien sûr pas un hasard. Monsieur Yannick Graziani lui avait demandé de venir raconter sa vision du style alpin. En effet, les deux alpinistes partagent la même conception de l’alpinisme, où chaque course se doit d’être réalisée de manière épurée. Et bien sûr, ils ne font pas qu’en parler, ils le mettent aussi en pratique !

En trois ans, le jeune parisien a réalisé quatre expéditions majeures.

Le tournant de sa carrière ? Il l’a vécu en Argentine, dans la face sud de l’Aconcagua. C’était en décembre 2012 avec son pote Robin Revest. Une face de 3000m de haut, avec une barrière de séracs qui raye le mur et demande un engagement total. En style alpin, naturellement, épuré de tout superflu. Pas d’appareil à raclette, rien pour l’apéro, juste le strict nécessaire, un baise-en-ville sur le dos et GAZ !

Ils en tireront des enseignements majeurs sur la gestion des risques objectifs, de l’effort et de l’altitude, l’acclimatation, la préparation physique et technique ainsi que la logistique. C’est sur les traces de leurs mentors (Graziani, Benoist, Sourzac, etc.) qu’ils font l’apprentissage de l’isolement et de l’éloignement.

Il part ensuite pour la face sud du Dénali, avec pour objectif la voie slovaque. Le projet est celui de son pote Damien Tomasi (jeune guide niçois de talent qui a réalisé cet automne 2014 la Démaison / Goussault à la journée). Accompagné de Rémi Sfilio, ils vivront un marathon des plus éprouvants. Les portages éreintants, l’acclimatation par la voie normale peut-être un peu trop rapide, une approche chaotique voire franchement glauque, ainsi qu’une tempête surprise qui les piègera sur une vire minuscule et mal abritée au milieu de la paroi. Enfin, un sursaut de volonté pour repartir vers le sommet et boucler ce projet avec pas grand-chose dans le ventre comme carburant !

Ce printemps 2014, il repart en expédition pour le Pérou, avec comme objectif d’ouvrir une ligne extrême en face ouest du Siula chico (6250m). Le projet se trouve en cordillère Huayhuash sur la ligne de crête du Siula Grande, théâtre de ‘la Mort suspendue’ de Joé Simpson.

Robin Revest (compagnon de toujours) ainsi que Fred Degoulet et Benjamin Guigonnet sont de la partie. Ils mènent à bien le projet en 5 jours, contraints de grimper de nuit et d’atteindre les emplacements de bivouac avant midi. La ligne prend le soleil rapidement et déverse tous les projectiles possibles jusqu’au regel. Les stalactites suspendues menacent les quatre acrobates en permanence et les longueurs sont toutes « mutantes ». 900m de difficultés allant jusqu’à M7 et grade 6 en glace. Le tout à plus de 6000m. La stratégie qu’ils adoptent sera cependant payante : un leader est envoyé pour deux longueurs en tête, durant lesquelles il donne tout ce qu’il a dans le ventre et, une fois vidé, va se mettre au fond du wagon en laissant les autres fixer les longueurs suivantes. Le terrassement des emplacements de bivouac auraient été dignes des plus grands chantiers d’Égypte…

Le sommet est atteint le 4ème jour à force de persévérance et de brassage dans les dernières longueurs d’une neige inconsistante. Ils attendent la nuit pour attaquer les rappels dans le mauvais temps sans rien laisser en place ! Du pur style alpin je vous dis !

Quand je l’ai croisé, il rentrait tout juste du Népal (novembre 2014) et venait d’ouvrir une nouvelle ligne bien technique et à plus de 6000m évidemment. Tout cela semble normal pour lui. Tout simple. Une évidence.

Le projet suivant, il l’a déjà dans la tête, mais ne veut pas en parler. Par pudeur ? Ou par peur du mauvais œil ?

A la fac il a hérité d’un surnom qui lui va comme un gant : le Kurde !

Une coupe de cheveux un peu trop courte, une faculté à ne rien lâcher, une capacité à grimper décontracté entre des protections parfois aléatoires et espacées, et un enthousiasme indestructible surtout dans l’adversité.

Sa culture alpine est riche. Elle est aussi une source intarissable d’informations qui nourrit ses propres projets. Il aime transmettre à ses clients et parler de montagne. Le Kurde est tout sauf un loup solitaire. Il aime avant tout la meute, les copains et le partage.

Il attache d’ailleurs beaucoup d’importance au choix de ses compagnons de cordée. Mais pour tout vous dire, c’est une bonne pâte. Il est rare qu’il ne s’entende pas avec quelqu’un.

Comme pour sa liste de courses, il est difficile d’énumérer tous les grimpeurs qu’il affectionne sans en oublier quelques-uns. Il cite la bande des parisiens de Grimp 13, Deluze, Robin Revest qui a fait partir la moitié de la montagne dans la Ginel-Pinard (face nord du Pelvoux) et qui est souvent à l’autre bout de la corde, Ferran Martinez qui l’accompagne de Manitua aux Grandes Jorasses, poussant le vice du style alpin jusqu’à préférer le piolet alu. Romain Luksenberg (piolet d’or 93), son tuteur pour le guide, plein de conseils épicés mais tellement pertinents et puis beaucoup d’autres, tous les copains avec qui il a grimpé…

Quant au solo, c’est pour lui ‘à refaire à l’occasion, mais à ne pas multiplier’.

Cette journée du jeudi 9 août 2012 par exemple, où le Kurde a rendez-vous avec ses sentiments. Il attend la fille qui ne viendra pas. Le corps et l’esprit bouillonnent. Pas question de rester là. Pas question non plus de s’enfiler un pot de Nutella en regardant ‘Desperate Housewives’. Hélias fait son sac, se fait prendre en stop sans difficulté, attrape la benne sans attendre et file à l’attaque de la face nord du Plan. Il perdra même un peu de temps dans l’éperon des Cornichons pour chercher des cristaux !

Une expérience pas mystique mais forte, et c’est encore lui qui en parle le mieux : ‘tu ne sais pas trop pourquoi tu t’engages dans cette ascension en solo mais le feeling est bon, tout file juste parfait, la concentration à son maximum, le corps, l’esprit, les sens, tout est en éveil. Tu ne peux pas gérer les aléas externes. Mais en ce qui te concerne tu sais qu’il ne peut rien t’arriver, tu ne tomberas pas à cause d’une défaillance technique de ta part. Tu es trop concentré et tu as choisi un itinéraire de difficulté bien inférieure à ton niveau. Si un grain de sable extérieur ne vient pas se mettre dans le rouage, tu es sûr de réussir. ‘

N’hésitez pas à passer le voir sur son site

http://www.helias-millerioux.fr/

ou celui de robin

http://www.robinrevest.com/

ou à adopter un guide

http://www.adopte-un-guide-de-haute-montagne.fr/

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