Interview : Nalle Hukkataival à Bleau

Rencontre impromptue avec Nalle Hukkataival au pied d’un bloc bellifontain il y a une semaine. Avec des températures qui frôlaient les 30° chaque après-midi, le finlandais n’a pas eu de chances avec les conditions et n’a rien pu vraiment essayer de dur. Nous faisons également le point avec lui sur son récent trip en Australie et sur ses projets futurs.

– Kairn : Quel est l’objectif de ton séjour ici à Bleau ?
– Nalle : Il y a plein de blocs que j’ai envie de faire ici, mais il fait un peu chaud en ce moment. Je vais voir juste ce qui est possible de faire dans ces conditions. Il ne me reste que 10 jours, j’espère que les températures vont baisser pour essayer des choses plus dures. Pour l’instant, j’essaie de faire des classiques comme l’Etrave à la JA Martin, un super bloc que je n’avais jamais fait avant. Pour moi, c’est un des meilleurs problèmes à Bleau.

– Kairn : Et si il faisait plus froid, quel serait ton projet ici ?
– Nalle : Un truc à Isatis, un départ assis en 8B vers ‘Vita beata’ (ndlr : sûrement ‘L’insoutenable légèreté’) et aussi le départ bas de « The Island » mais c’est vraiment très dur…Pour moi c’est un 8B jusque dans le bloc existant de « The Island » (8B+). 

– Kairn : Tu étais aux Grampians en Australie il y a quelques jours, comment c’était ?
– Nalle : C’était génial. Le même rocher qu’à Rocklands, un grès très joli, un rocher de bonne qualité, avec plus de potentiel. A Rocklands, ce qui est développé se trouve à côté des routes et si tu veux développer de nouveaux secteurs et tu dois pas mal marcher. Alors qu’en Australie tu as des routes qui vont partout dans les montagnes et en moins de 30 minutes de marche tu as plein de nouveaux endroits à défricher. On a développé avec Dave Graham un nouvel endroit à 30 minutes de marche et on pense que c’est un des meilleurs spots pour faire des trucs durs en bloc. L’Australie c’était excellent, même pour la falaise avec le Taipan Wall. On est resté 6 semaines, c’est passé vraiment vite ! J’aimerai bien y retourner, même pour faire plus de falaise.

– Kairn : Tu as essayé la traversée extrême de Koyamada  « Wheel of life » là bas ? Comment c’était et qu’est-ce qu’il t’a manqué pour réussir ?
– Nalle :
C’est un des blocs les plus uniques que j’ai jamais vu. 70 mouvements, j’ai fait toutes les sections, j’ai décomposé le bloc en 5 parties. Essayer de les lier me prendrait trop de temps… Et il y avait tellement d’autres projets partout que l’on a préféré se concentrer sur des ouvertures. C’était dur de concentrer notre temps là-bas juste sur un seul problème.  Mais c’est sûr, j’aimerai bien y arriver quand j’y retourne. Faudrait que j’obtienne un peu d’endurance. Aucun des mouvements n’est pas vraiment difficile, par contre le dernier mouvement de l’enchaînement est quasiment le crux. On a matté James Kassay le réaliser il y a quelques semaines, c’était fun à voir car il l’a vraiment bossé beaucoup et il peut faire tous les mouvements sans effort et ça lui arrivait de tomber dans le dernier mouvement alors qu’il était rando dans tout le reste ! Maintenant il bosse la sortie de gauche qui rajoute 8 mouvements de plus et ce sera peut-être un peu plus dur…

Nalle aux Grampians dans la première de Parrallel Lines 8A / Photo : Keith Ladzinski

– Kairn : Quel est le potentiel en bloc chez toi dans les pays nordiques ?
– Nalle : Y a pas mal de trucs en Norvège pour le bloc et la falaise. Les autres pays comme la Suède n’ont pas autant de caillou que la Norvège. L’escalade en Norvège est principalement développée dans le Nord mais dans le Sud il y a aussi beaucoup de rochers. La qualité du caillou n’est pas toujours au rendez-vous mais il y a tellement de potentiel. Dans le Nord du pays l’escalade est géniale, un gneiss parfait. J’aimerai bien retourner là-bas pour développer des choses dans le Sud, peut-être un été car il y fait pas trop chaud.

– Kairn : Quels sont tes plans pour cet hiver ?
– Nalle :
Après Bleau, je vais vite fait en Norvège pour une semaine, après je vais aux US pour retourner dans le Sud à Joe’s Valley. J’aimerai aussi aller en Arkansas, j’ai vu des vidéos dans Dosage qui m’ont motivé.

– Kairn : Oui effectivement, je viens de voir « The Scene » de Chuck Fryberger et on te voit grimper à Joe’s Valley, tu aimes particulièrement le bloc aux US ?

– Nalle : Oui, j’ai grimpé pas mal au Colorado. La qualité du rocher n’est pas si top que ça. C’est en altitude, un granite avec un grain assez grossier. Le paysage est vraiment superbe par contre. Joe’s valley c’est vraiment super avec un grès noir superbe. C’est un peu comme Bleau mais avec d’avantage de réglettes rentrantes, c’est plus à doigts. Ce n’est pas super grand en revanche. Mais j’ai un projet très dur que j’ai envie de faire là-bas. Et puis il y a des projets durs que je veux essayer, je veux faire « Black lung et « The masterpiece » en 8B. La dernière fois que j’y étais il faisait trop chaud pour essayer.

– Kairn : Tu es grimpeur pro, toujours aux 4 coins du Monde pour grimper. Comment fais-tu pour garder une motivation intacte pour grimper ?

– Nalle : Non, pour moi ce n’est pas dur d’être motivé. Pur moi c’est sympa de pouvoir voyager même si des fois c’est un peu à la dure à toujours bougé ? Cet été j’ai passé pas mal de temps à la maison et j’ai vu mes amis et je ne suis pas vraiment à plaindre, j’ai énormément de chance de pouvoir faire cela.

– Kairn : Ici il y a les championnats du Monde à Bercy dans un an, motivé ?

– Nalle : Je n’ai pas fait beaucoup de compétitions dernièrement. Je grimpe énormément sur rocher. C’est vraiment différent le monde des compétitions car il faut s’entraîner beaucoup sur la résine si tu veux y réussir, en tout cas c’est ce que je pense. Mais j’espère faire les championnats du Monde l’an prochain ici, et pouvoir grimper à Fontainebleau après.

– Kairn : Mais tu vas t’entrainer quand même ?

– Nalle : Oui je vais m’entraîner un peu avant. Mais il y a quelques années je m’entrainais beaucoup sur résine et je me débrouillais pas mal. Mais maintenant je grimpe tellement dehors que j’ai du mal à le transférer sur la résine. Quelque fois, je fais des bons résultats en compétition et des fois je suis misérable. Cela dépend aussi de la connaissance des prises.

– Kairn : Le mot de la fin ?

– Nalle : J’adore Bleau, je suis venu pas mal de fois. A chaque fois j’apprends quel que chose de nouveau. Même quand tu refais les blocs, tu peux les refaire différemment à chaque fois. En plus quand il fait chaud comme en ce moment, quand tu grimpes sur les classiques il faut que tu trouves vraiment la bonne séquence si tu veux aller en haut !

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