Interview : Sophie Denis

Avec 5 sommets de plus de 8000m, et le projet d’en enchaîner 6 de plus en 2012, Sophie Denis a clairement décidé de se lancer dans la course aux 14x8000m.
Pourtant qui connaît Sophie Denis?
Kairn.com a décidé de porter un coup de projecteur sur cette alpiniste française atypique.

Qui est Sophie Denis?

Une jeune femme qui réalise ses rêves, même les
plus fous

Comment es-tu venue à l’alpinisme ?

Un peu par hasard.
Suite à une blessure au rugby en automne 2005, et vivant à New York City,
j’avais besoin de prendre l’air et ai décidé de faire un trek en Équateur en
début année 2006. Belle surprise, car on a fini le trek par l’ascension du
Cotopaxi. Le coup de foudre pour ce sport fut immédiat.
De retour à la Big
Apple, je me suis inscrite à un cour d’alpinisme près de Seattle pour apprendre
les fondamentaux (crevasse rescue, identification d’avalanches, anchors, knots,
sef-arrest …). 1 an après, j’avais déjà monté plus d’une dizaine de montagnes
en Amérique du Sud (Aconcagua, Condoriri, Huayana Potosi …), puis j’ai monté
l’Everest en 2008.
De retour à New York, je rêvais déjà de monter un autre
8000m un peu plus technique. Je me suis préparée intensivement pendant près de 2
ans à apprendre/perfectionner la traverse de glacier et les techniques de style
alpin et mix-climbing. J’ai passé mon temps libre en cordillère blanche où j’ai
fait 2 premières ascensions féminine et ai ouvert 5 nouvelles lignes en
mix-climbing en style alpin. C’était l’un des moments les plus romantiques, tu
regardes la montagne, tu analyses ses parois et trouves une ligne, et la monte.
J’adore. Puis, je suis retournée à mon rêve de monter un deuxième 8000m. Les
rêves étant faits pour être réalisés, j’ai fermé le chapitre de ma vie de
bancaire pour ouvrir un nouveau chapitre en tant qu’alpiniste. 

Pourquoi se lancer sur les 8000 ?

Au départ ce
n’était pas l’objectif. Suite à mon ascension du Mont Everest durant laquelle
j’étais émerveillée du début jusqu’à la fin, je voulais absolument y retourner.
J’ai dû quitter mon travail pour revivre le rêve. Pour la première fois de ma
vie, j’ai le luxe d’avoir le temps. J’ai donc décidé de dédier mon année 2011 à
monter des 8000m, expéditions qui demandent beaucoup de temps et d’engagement
personnel. J’ai monter 5 8000m en 2011: j’ai atteint le sommet de 4, et ai fait
demi-tour à l’épaule pour le K2 dû au mauvais temps.
C’était une année
formidable. Ayant hâte d’y retourner, j’ai défini un nouveau projet plus au
moins similaire, et je vais retenter la montée de plusieurs 8000m cette année.

Les conférences d’alpinistes célèbres sont parfois utilisés pour de
l’incentive en entreprise. Quels parallèles fais-tu entre ces deux mondes ?


Je pense que les joueurs sont différents, ainsi que les objectifs mais
ces 2 mondes qui apriori si opposés peuvent se recouper dans l’approche «
gestion de projet », car ils doivent répondre aux même questions : quels sont
mes besoins, mes moyens, mes problématiques et mes contraintes pour mener à bien
son projet ?

Une autre analogie peut-être dressée de par les qualités
individuelles requises pour réussir sa mission et sa carrière d’alpiniste et
professionnelle (par exemple : la capacité d’évaluer une situation, de
s’auto-évaluer, de prendre des décisions, d’avoir confiance en soi, de savoir
déléguer, de s’auto-motiver, de gérer le stress, de s’adapter a l’imprévu, de
pourvoir rebondir, travailler en équipe, être leader/respecter son leader, ….

Tu envisage 6×8000 en 2012, n’est-ce pas un peu ambitieux ?

Sur
le papier Ça parait ambitieux et arrogant, mais quand tu y es, c’est que du
bonheur et tu ne peux pas en avoir assez 😉

 
Qu’est ce qui te plaît
dans la haute altitude ?

Les vues. Les vues sont imprenables, et dépassent
l’imagination. On voit le monde d’en haut 😉
« On ne peut pas rester
toujours sur les sommets. Il faut redescendre… A quoi bon, alors ?
Voici :
le haut connaît le bas, le bas ne connaît pas le haut. » Le Mont Analogue de
René Daumal

J’aime aussi la sensation d’être en paix : en paix avec
soi-même, en paix avec la nature. On se sent tout petit, en symbiose avec la
montagne

Comment te voient les autres himalayistes ?

Ça dépend. Je
suis nouvelle dans ce milieu, et c’est un milieu plutôt fermé où tout le monde
se connait depuis des années. Peut-être qu’un jour j’y aurai ma place, mais je
ne m’angoisse pas trop à ce sujet. La pression des autres alpinistes peut être
très forte. Je sais que certains attendent avec impatience ma chute, mais je ne
veux pas rentrer dans ce jeu. Je ne juge pas, je monte mes montagnes, ça me rend
heureuse.

Des envies de faire cordée avec d’autres himalayiste pour des
sommets à venir ?

Je vais faire mes expéditions au Pakistan avec Beto, mon
partenaire de montagne. Pour Annapurna et Dhaulagiri, je ne sais pas encore.

Qu’emmènes-tu en expé ? Livres, musique ?

J’apprends le mandarin –
écrire et lire – donc je prends avec moi mes livres et dico au camp de base, et
emporte avec moi dans la montagne des pages de cours, j’emporte aussi des pages
de puzzle logique ou de Soduko, ca me relaxe.
En expédition, j’apporte mon
ordinateur et travaille sur les photos et videos que je prends.

Si
tu boucles les 14×8000, tu feras quoi après ?

Je continuerai à explorer la
cordillère des Andes. J’aimerai aussi monter The Snow Leopards, traverser le
nord pole, explorer le Groenland, …. la liste est longue. J’aime explorer,
c’est mon truc
J’aimerai aussi m’investir dans des projets humanitaires
utilisant ma connaissance des sports et proposer des solutions à des
problématiques : comme l’intégration, les droits de la femme, et promouvoir des
valeurs comme le respect, le fairplay, l’estime de soi….

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