Je voudrais raconter une histoire…

Je voudrais raconter une histoire, celle des hommes et des femmes qui arpentent les cimes sans savoir vraiment pourquoi. Je voudrais raconter Giorgio, je voudrais raconter ces deux femmes mortes là haut, laissant une famille derrière elles, des enfants des parents … des êtres aimants.

Je voudrais raconter tout cela sans que personne ne puisse dire quoi que ce soit, sans qu’on ne juge d’un quelconque égoïsme, d’une quelconque maladresse, d’une irresponsabilité coupable.

Je voudrais dire avec des mots simples que tout cela en vaut la peine, que ce qu’on trouve là haut ressemble à de l’amour, fragile, indescriptible … inavouable.

Intense.

Parce ce que c’est ce que je vis au quotidien, je voudrais que l’on comprenne.

Je voudrais tant comprendre.


Fanny et Bubu se régalent de la vue au bivouac d’Estelette.

J’ai beau essayé, je ne trouve pas. Aucune phrase ni aucun mot. Jamais rien ne correspond à ce que ces hommes et ces femmes vivent là haut. Juste peut-être ce petit vent qui parfois nous caresse la peau et qui nous rappelle, qui nous appelle, qui nous esquisse un sourire.

Je voudrais raconter qu’il faut aimer la vie jusqu’à en perdre haleine, qu’elle ne viendra pas à nous et qu’il faut la prendre, qu’il faut la malmener jusqu’à la rendre intense.

Bouleversante.

Comme ce sérac qui éclate au dessus de l’ombre, comme ces regards le matin au bivouac, comme ces couchers de soleil qui enflamment le monde.

Comme tous ces rêves inachevés …

Je voudrais raconter une histoire … pour qu’un jour peut-être mes enfants comprennent qu’on ne fait pas que mourir là haut …

*Paul Bonhomme, Hommage aux victimes de la chute de sérac, Mont Blanc du Tacul, 13 août 2013.


Le mode vu d’en haut…

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