Les loups face à l’élevage de montagne : le difficile compromis


 

Face à l’Académie d’Agriculture de France,  Laurent Garde, du Centre d’Etudes et de Réalisations Pastorales Alpes Méditerranées (CERPAM), a présenté une communication  où il met en évidence un certain nombre de données et d’affirmations qui ne sont pas sans intérêt pour comprendre la perception des conséquences, par les uns et les autres, de la présence du loup en France et notamment dans les divers massifs de montagne dont les Alpes. Il précise : «L’irruption des loups représente un traumatisme pour l’élevage ovin pastoral dans les Alpes. Un traumatisme vécu par des éleveurs de plus en plus nombreux sur les terrains technique, économique, social et familial, et qui se traduit aussi par une remise en cause en profondeur de leur métier de la part des défenseurs des loups dans le cadre d’un conflit aigu qui perdure depuis près de 20 ans ».

Le problème posé, il analyse la problématique des prédations qui «a été longtemps déniée dans de nombreux textes à caractère militant, mais aussi scientifique ». Il analyse l’évolution du nombre d’attaques de loups en les comparant à celle des contrats de protection tout en rappelant que : « L’administration française reconnaît d’ailleurs l’impossibilité de reconnaître tous les animaux tués par les loups en rajoutant un forfait supplémentaire de 15 % aux remboursements ». Il explique pourquoi : « De nos jours, les loups ont perduré en Europe dans des régions d’élevage ovin uniquement lorsqu’il s’agit d’élevage laitier ».

Il nous rappelle :  « Le danger de mêler la mythologie à un problème technique : le prétendu amour des Romains pour la louve mythique ne leur interdisait pas de mettre à mort les loups réels dans des conditions que réprouverait notre conscience moderne ». Et de citer Pline l’Ancien : «Les loups n’entrent pas dans un terrain si, après en avoir pris un, lui avoir brisé les pattes et l’avoir égorgé, on répand peu à peu son sang autour des limites du terrain et qu’ensuite on l’enterre à l’endroit même où on a commencé à le traîner.»[1]

Il termine son exposé en analysant le nombre de brebis viande dans les 7 principales régions de production française en rappelant cette constatation que : « Dans les Alpes, le loup est venu impacter le seul bassin ovin allaitant de France où la dynamique ovine était positive ».

Enfin il conclu : «Mais désormais, nombreux sont les éleveurs qui ont le sentiment que leur sort devient secondaire face à un projet d’ensauvagement du massif alpin qui nie l’action des hommes qui l’ont façonné au fil des siècles ».

Ce texte de Laurent Garde mérite une lecture attentionnée. Il permet de mieux comprendre le conflit qui existe entre ce grand prédateur carnivore qu’est le loup et les acteurs des territoires de montagne qui, depuis des millénaires, ont façonné les paysages, et continuent de le faire, pour en assurer la diversité et la beauté grâce à l’action conjuguée de l’homme et de l’animal.


[1]Cité par Jean Trinquier, Vivre avec le loup dans les campagnes de l’Occident romain. Le loup en Europe du Moyen Âge à nos jours. Presses Universitaires de Valenciennes, 2009, p. 11-40.


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