Les ouvreurs, ces hommes de l’ombre !

Pour le 20e Open d’Escalade du CAF Salève Annemasse, ils sont au nombre de trois. Ils s’appellent Thierry Gentet, Éric Débiolle et Stéphane Roguet. Et, mesdames, messieurs les compétiteurs, vous allez les haïr ce week-end ! Normal. Ce sont eux qui imaginent les difficultés, dessinent les voies, calculent les pas. De véritables artistes qui créent, de toutes pièces, les voies sur lesquelles vous allez grimper, vous escrimer et, pour les plus forts d’entre vous, réussir à venir à bout…

Un échange permanent
C’est devant une feuille blanche que Thierry, Éric et Stéphane ‘Groug’ se sont retrouvés lundi au gymnase Robert Sallaz d’Annemasse. Devant eux un mur d’escalade, un bloc et des milliers de prises et de vis. Pendant cinq jours, ils ont croisé leurs idées, posé les prises, testé les pas. Suspendus dans le vide, ils ont répété, dans le plus grand secret, les gestes que devront reproduire, dans un temps limité, les centaines de compétiteurs du 20e Open d’Escalade du CAF Salève Annemasse.

Stéphane, Fred et Éric ne se retrouvent pas ici par hasard. Tous trois ont débuté l’escalade au CAF du Salève Annemasse il y a maintenant 20 ans.
« J’ai commencé l’escalade ici à Annemasse, » avoue Éric. « Mon cœur est ici ! »
Depuis ils ont tracé leur chemin en compétition, comme grimpeurs puis comme entraîneurs. Des passionnés donc, mais surtout des amis, qui prennent rendez-vous chaque année maintenant pour créer un mur de toutes pièces en une petite semaine seulement…

Interviews croisés
« Nous avons cinq jours pour mettre en places les dix voies de qualification et sept voies de finale que comporte le mur, » explique Thierry. « Ici, la difficulté est que nous devons monter quinze autres voies de qualif’ et sept voies de finale supplémentaires sur le bloc. L’enjeu est double, car les compétiteurs devront, pour remporter l’Open, être performants sur les deux supports (mur et bloc) alors que la manière de grimper n’est pas identique. C’est une véritable Combiné, épreuve assez unique dans le milieu de l’escalade. »

« Il faut savoir se représenter le niveau des grimpeurs, » renchérit Éric. « Heureusement, notre fort passé de compétition nous aide dans notre tâche. Même si aujourd’hui nous sommes moins forts que le futur vainqueur de ce 20e Open Escalade, nous savons ouvrir des voies pour lui. Notre avantage : nous avons la semaine pour la réaliser. Lui n’aura que huit minutes, le stress et la fatigue en plus ! »

« Notre satisfaction sera de voir les meilleurs réussir, » souligne Stéphane. « Notre difficulté sera de faire qu’un seul réussisse à aller jusqu’au bout. La victoire s’acquiert par élimination. Si trop de compétiteurs terminent l’ultime voie, nous devrons recréer une nouvelle voie plus difficile dans un temps limite. Notre objectif est donc de trouver l’alchimie parfaite qui permettra d’éliminer les compétiteurs au fur et à mesure que les difficultés seront grandissantes. Il y aura des déçus, mais quelle sera notre récompense de voir notre travail récompensé. »

« À chaque voie sa couleur, » conclut Thierry. « Une couleur c’est un niveau de difficulté qui va falloir passer. Le mur est maintenant rempli de prises multicolores. Au compétiteur, maintenant, de trouver son chemin !
Nous apprécions ce défi. D’habitude nous créons des voies en pleine nature dans les falaises. Nous y posons les spits et le grimpeur choisira ses prises naturelles pour s’élever. Ici les dégaines sont déjà en place. Nous posons les prises et créons les difficultés autour d’elles. »

Le mot de la faim !
Être ouvreur est donc un travail de longue haleine. Des passionnés qui n’hésitent pas à prendre sur leurs jours de congé pour se consacrer au 20e Open d’Escalade. Ici les heures ne sont pas comptées puisque tout doit être prêt pour samedi matin. Mais le travail n’est jamais fini puisque samedi soir il va falloir démonter toutes les prises pour mettre en place, pour dimanche, les voies de finale testées la semaine. Pourquoi ? Pour que les compétiteurs ne les découvrent qu’au dernier moment. Ce serait trop facile sinon !

Quant aux voies, aux pas… Rien n’a filtré. La seule indication est que les qualifications se feront entre le 5a et le 7c, alors que les finales se disputeront entre le 6b/c et le 8a+. Compétiteurs vous êtes prévenus…

Photo: Marc Blandin

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