L’UTMB, Merci et à l’année prochaine.

Drôle d’UTMB cette année. On m’avait parlé des coureurs sur fond de clair de lune éclairant les glaciers bleutés, de paysages extraordinaires, de performances ahurissantes, d’esprit d’équipe et d’entraide… on m’avait dit de transposer l’esprit de la montagne et de l’alpinisme à des corps de marathoniens pour percevoir le trailer de l’UTMB.


Le ciel n’en a pas voulu ainsi… pourtant, la course était belle et bien partie… on se demandait même si c’était vraiment judicieux, aux vues de la météo exécrables annoncée.  Mais je ne suis pas guide, ni responsable météo, ni rien du tout d’ailleurs, juste une journaliste, parmi les 220 accrédités sur l’évènement.


Cela dit, ils ont bien fait. Bien fait de faire partir cette course. Beaucoup de coureurs admettent que le départ de l’UTMB est un des moments les plus émouvants de la course.  Et en dépit des lourds nuages noirs qui menaçaient Chamonix, cette année encore le départ  à « saisi aux tripes ».


 « Des coureurs qui pleurent, des spectateurs qui pleurent et une ambiance d’une incroyable intensité. Rarement, voire même jamais, je n’avais perçu une telle émotion lors d’un départ (même pas sur l’EmbrunMan). Les regards échangés dégageaient une puissance inouïe. L’impression de voir des soldats partir en mission pour libérer le pays.. Nous étions des héros avant même nos premières foulées.  Alors pour tout le monde, ce départ est déjà une arrivée », explique Pascal, un coureur journaliste sur son blog (http://pgb51.typepad.com/lesprit_du_sport)


Puis, trois heures plus tard, alors que nous, petits journalistes privilégiés, quittons le bus pour prendre (sous une pluie battante) quelques clichés de la tête de course au niveau des contamines Monjoie… Nous apprenons que la « Course est arrêtée »… Comment ça arrêtée ? déjà ?


Notre promenade nocturne  jusqu’au refuge Bonatti  s’envole, certainement en même temps que les rêves de tous les coureurs, qui pour la plupart arrivaient au niveau de la commune de Saint Gervais. Arrété, l’UTMB… Iil a fallu avoir du courage pour prendre cette décision !  Mais pour quelle raisons ? La météo ? a-telle tant changé en trois heures ? La horde affamée de journalistes en quête de réponses…  a assailli d’un coup nos pauvres responsables de presse.


Rapidement, plusieurs versions circulent, on parle de météo, de coulées de boue, d’éboulis, et de dé-balisage sauvage… des rumeurs qui nous seront confirmées quelques heures plus tard par la directrice de course… puis infirmées, le lendemain matin par un communiqué de presse… Non, finalement pas de dé-balisage, mais une incompréhension douteuse entre les baliseurs et la direction de course. Douteuse car floue…  presque énigmatique… comme si un lourd secret pesait sur le sujet.  Nous n’auront pas plus de détails, le sujet est visiblement sensible, et personne n’a envie de remuer le couteau dans une plaie déjà béante.   


Car c’est bien vrai que ce soir là, tout blesse…. les jambes des coureurs  désoeuvrés qui errent dans Saint Gervais en attendant de trouver un bus qui puissent les ramener au chaud, les questions des journalistes « vous n’êtes pas trop déçus ? », les cœurs des accompagnants, amis, familles qui voient tout le chemin parcourus pour en arriver là, les mots de certains favoris trop déçus pour réfléchir, l’affolement d’une organisation débordée, incapable de sortir un discours cohérent et de gérer près de 3000 personnes en même temps… et nos vêtements à tous, détrempés et alourdis par cette satanée pluie, qui vient de tout gâcher.


Pourtant en ce lendemain d’événement, tandis que certains cherchent encore la petite bête, je crois que le message que beaucoup tentent de faire passer, c’est merci !


Merci de nous avoir permis à tous de rêver, merci de nous avoir fait vivre ce grand départ, merci d’avoir arrêté la course, évitant ainsi de reproduire les erreurs du Mercantour 2009 (trois morts), merci d’avoir trouvé une solution de consolation, et permis à plus d’un millier de coureurs de reprendre un nouveau départ le lendemain matin.  A 20h, le soir de l’arrivée de l’ « UTMB restart 2010 », les sourires étaient bien là, la performance de haut niveau aussi, sans oublier l’amour, l’entraide, la fraternité… N’est-ce pas cela, l’UTMB ?


Auriana Beauté

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