Plan de chasse au loup ? Ou défense du droit au travail et au respect de l’humain dans les Alpes ?

Hier, est paru un communiqué de 15 associations sous le titre : « Le nouveau « Plan Loup » : un plan de chasse d’une espèce protégée ? » Ce communiqué rappelle que, dans sa version presque définitive du Plan du 22 mars 2013 , le « nouveau plan prévoit le tir de 24 loups pour la période 2012-2013 et enfonce le dossier loup dans une dérive inacceptable ». Il précise également que : «L’Etat demande à l’ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) de former des chasseurs à la destruction du loup, une espèce protégée ! Cette mesure est scandaleuse. Rappelons que la mission officielle de l’ONCFS est de protéger la biodiversité ». Et insiste quant aux éleveurs en affirmant que : « Le loup est encore le bouc-émissaire facile d’une filière ovine confrontée à des difficultés économiques infiniment plus vastes. Ce nouveau « Plan loup » apparait comme une occasion manquée d’œuvrer à une réelle cohabitation entre le loup et le pastoralisme. C’est un gâchis aberrant, indigne d’une vraie politique de protection de la biodiversité ».

Et les éleveurs parlent aussi….

Jusqu’à preuve du contraire, les éleveurs sont les premiers concernés quant aux conséquences de la présence du loup mais aussi pour apprécier les possibilités de cohabitation et de protection des troupeaux. C’est leur métier, pas celui des écologistes. Les associations signataires de ce communiqué peuvent avoir des idées, les exprimer mais n’ont strictement aucune compétence techniques pour apprécier des possibilités d’existence de la profession d’éleveur et de berger pas plus que pour émettre des avis techniques sur les modes de garde et de surveillance.

Les éleveurs et bergers ne sont d’ailleurs pas satisfaits du Plan qui leur sera proposé en consultation publique. Avant même qu’il soit livré à cette consultation, ils se réunissent ce lundi après-midi à Forcalquier dans le cadre de l’Assemblée Générale de l’association « Eleveurs et Montagnes », en présence de techniciens pastoraux et du député-maire de la ville, Christophe Castaner, par ailleurs Président du Groupe National Loup. Nul doute qu’ils feront entendre leur voix de personnes au contact direct quotidien avec le loup et ses conséquences et non comme spectateur occasionnel du prédateur carnivore.

Les environnementalistes cachent la vérité et trompent le public

Il ne fait plus aucun doute aujourd’hui que toutes ces questions de prédateurs, ours et loups, ont été créées sur des bases mensongères avérées par un grand nombre d’archives dont un élément essentiel est couvert par le secret des auditions à l’assemblée nationale. Il est difficile d’envisager l’avenir autant que le présent si on ne connaît pas son histoire ou, pire encore, si cette histoire du passé est travestie et basée sur des affirmations mensongères.

Par ailleurs, le rôle de l’ONCFS, établissement public, n’est pas celui mentionné dans le communiqué. Pour s’en convaincre, il suffit de se rendre sur le site Web de l’établissement où il est mentionné :

« L’ONCFS est un opérateur de l’État. Il répond à trois critères cumulatifs :

  • Il a en charge une activité de service public de l’État ;
  • Son financement est en majorité assuré par l’État (subventions, ressources fiscales) : il peut avoir une activité marchande, mais elle doit rester minoritaire ;
  • Il est directement contrôlé par l’État, son autorité de tutelle. La nature du contrôle de l’État est non seulement économique et financier, mais aussi stratégique ».

Il faut également préciser qu’une part du financement de l’ONCFS est assurée par les chasseurs via leurs cotisations et permis de chasse. Il est également précisé que : « Les missions de l’établissement sont définies par les lois chasse de 2000 et 2003 et la loi développement des territoires ruraux (loi DTR) de 2005. Elles concernent :

  • la surveillance des territoires et la police de l’environnement et de la chasse,
  • des études et des recherches sur la faune sauvage et ses habitats,
  • l’appui technique et le conseil aux administrations, collectivités territoriales, gestionnaires et aménageurs de territoires,
  • l’évolution de la pratique de la chasse selon les principes du développement durable et la mise au point des pratiques de gestion des territoires ruraux respectueuses de l’environnement,
  • l’organisation et la délivrance de l’examen du permis de chasser.

« La mise en œuvre des missions de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage est cadrée par un contrat d’objectifs triennal validé par la double tutelle des Ministères chargés du Développement Durable et de l’Agriculture ».

A aucun moment il n’est mentionné que la « mission officielle de l’ONCFS est de protéger la biodiversité » comme le prétend, de manière inexact le communiqué d’associations écologistes. L’ONCFS est tout à fait légitime à former les éleveurs à la chasse.

La biodiversité c’est aussi l’affaire des éleveurs et berger

Hormis le fait que les associations environnementalistes ont, depuis toujours, une lecture et une interprétation très sélective de la Convention de Berne, de la directive habitats et de la Convention d’Aarhus traduite dans la Charte environnementale adossée à la constitution française, elles refusent, depuis 30 ans d’admettre l’existence d’un Code Rural et le fait que les bergers ont 6 millénaires d’existence dans nos montagnes.

Pour ne rester que sur un plan juridique, il faut rappeler l’article L 113-1 du Code Rural qui stipule que :

« Par leur contribution à la production, à l’emploi, à l’entretien des sols, à la protection des paysages, à la gestion et au développement de la biodiversité, l’agriculture, le pastoralisme et la forêt de montagne sont reconnus d’intérêt général comme activités de base de la vie montagnarde et comme gestionnaires centraux de l’espace montagnard.

« En conformité avec les dispositions des traités instituant la Communauté économique européenne, le Gouvernement, reconnaissant ces rôles fondamentaux de l’agriculture, du pastoralisme et de la forêt de montagne, s’attache à :

1° Encourager des types de développement adaptés à la montagne, notamment en consentant un effort particulier de recherche appropriée aux potentialités, aux contraintes et aux traditions de la montagne et en diffusant les connaissances acquises ;

2° Mettre en œuvre une politique agricole différenciée favorisant l’élevage et l’économie laitière dans les secteurs qui n’ont pas la possibilité de productions alternatives ;

3° Promouvoir les productions de qualité et faire prendre en compte leurs spécificités dans le cadre de l’organisation et de la gestion des marchés agricoles et forestiers, notamment dans le cadre des organisations interprofessionnelles reconnues ;

4° Assurer la préservation des terres agricoles, pastorales et forestières ;

5° Prendre en compte les handicaps naturels de l’agriculture par des mesures particulières visant notamment à compenser financièrement les surcoûts qu’ils génèrent, ainsi qu’à financer les investissements et le fonctionnement des services collectifs d’assistance technique aux exploitations et à leurs groupements ;

6° Faciliter, en tant que de besoin, la pluriactivité par la complémentarité des activités économiques ;

7° Conforter la fonction environnementale de l’activité agricole en montagne, notamment par la voie contractuelle ;

8° Assurer la pérennité des exploitations agricoles et le maintien du pastoralisme, en particulier en protégeant les troupeaux des attaques du loup et de l’ours dans les territoires exposés à ce risque ».

Et à ceci, nous pourrions ajouter les déclarations diverses de l’ONU, de la FAO et toutes les communications historiques et archéologiques. Mais de cela, jamais les associations écologistes n’en font état. Pour elles, la cohabitation passe obligatoirement par leurs exigences, leurs fantasmes et leurs visions erronées des activités humaines en montagne autant que des pratiques pastorales dont elles ne connaissent rien et refusent d’accepter les faits.

Le loup ou l’ours ne sont pas des bouc-émissaires

Il est facile de balayer toutes les observations des éleveurs en prétendant que le loup (ou l’ours dans les Pyrénées) ne sont pas des bouc-émissaires. Cela évite de chercher à comprendre les autres pour assoir une propagande mensongère. Les difficultés existent dans toutes les professions. Toutes les professions ne sont pas concernées par les grands prédateurs. Mais au moins, ici, pour les écologistes, faire état des difficultés de la profession évite de parler du fond des problèmes liés aux prédateurs. Partant de là, tout dialogue devient impossible. Et combien même il existerait, à quoi servirait-il, tant que cette mouvance idéologique reste campée sur ses prétentions basées sur des erreurs permanentes manifestement volontaires. Par exemple, pourquoi l’article 22 de la Directive habitats, pour ne citer que celui-ci, n’est jamais mentionné par les environnementalistes. En quoi, dans l’application de cet article, le loup serait un bouc-émissaire aux problèmes de l’élevage ?

Pourquoi ne faudrait-il pas tenir compte de l’alinéa 3 de l’article 2 de la même directive qui stipule que : « 3. Les mesures prises en vertu de la présente directive tiennent compte des exigences économiques, sociales et culturelles, ainsi que des particularités régionales et locales » ?

Pourquoi, de la même manière, il n’est jamais fait allusion, de façon précise, à tous les points de l’article 2 de la Convention de Berne qui stipule : «Les parties contractantes prennent les mesures nécessaires pour maintenir ou adapter la population de la flore et de la faune sauvages à un niveau qui correspond notamment aux exigences écologiques, scientifiques et culturelles, tout en tenant compte des exigences économiques et récréationnelles et des besoins des sous-espèces, variétés ou formes menacées sur le plan local » ? Pourquoi n’avoir qu’une vision restrictive à l’écologie pure et dure qui n’est autre qu’une forme sectaire (au sens de secte) de la « deep écology » qui considère l’humain comme un intrus sur la planète ? Pourquoi faudrait-il que tous les français adoptent cette idéologie, la plus exécrable, née durant les pires années que l’Europe ait connu dans la première moitié du 20ème siècle ?

L’ours et le loup, une lutte pour la défense de la démocratie

Le véritable problème n’est ni le loup, ni l’ours, ni les moutons, ni l’environnement et la biodiversité. Les vrais problèmes sont strictement idéologiques entre ceux qui veulent conserver leur liberté dans le respect d’un cadre législatif et ceux qui veulent imposer par tous les moyens, y compris le mensonge et la manipulation, une véritable dictature écologique à travers leur point de vue et uniquement leur point de vue. Cette lutte existe depuis 30 ans et s’éteindra le jour où l’état cessera de financer ces organisations qui lui permettent de diviser pour mieux régner. Comment imaginer un dialogue serein avec des ONG qui refusent de voir les problèmes en face, refuses de comprendre l’autre en voulant imposer un mode de vie allant, pour certaines vallées jusqu’à avoir suggérer un déplacement de population (Vallées du Béarn en 1990) ? Comment imaginer un dialogue et une compréhension avec des associations environnementalistes qui engagent des procédures judiciaires à tout va pour un oui pour un non contre tout le monde tout en tendant la main pour un dialogue ? Comment imaginer ces deux mondes sans haine alors que ces associations organisent des cyberactions contre tout ce qui les dérange y compris des produits de qualité sous label AOP ?

La haine de l’éleveur diffusée par ces ONG environnementalistes depuis 30 ans ne permettront jamais de créer le dialogue. Nier la réalité du terrain pour coller aux idées d’une idéologie dépassée n’est pas de nature à permettre à ces mêmes ONG écologistes de jouer un rôle reconnu et accepter. L’avenir passe par une autre forme de gouvernance que les éleveurs ne tarderont pas à définir de fait. Car ce sont bien eux qui, depuis plusieurs millénaires, font les paysages et la biodiversité des territoires de montagne et, en aucun cas, les associations écologistes dans les couloirs de tribunaux ou à travers des communiqués de presse si loin de la réalité…..

La démocratie, dans les montagnes, se vit au quotidien. Elle ne s’impose pas de l’extérieur.

Louis Dollo

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