Rien ne va plus sur les sites naturels d’escalade des Hautes-Pyrénées

 

Suite aux déclarations dans la presse régionale le 25 avril dernier de Michel Mousis, Président du Comité Départemental de la FFCAM (CAF), concernant l’avenir des conventions d’usage des sites d’escalade du département,  nous avons interrogé Frédéric Nardin, le nouveau Président du Comité Départemental FFME [Ndr : il a été élu le 18 janvier 2012] qui est à l’origine de la dénonciation unilatérale des conventions.  Il nous apporte quelques éclaircissements pour l’avenir de l’escalade dans le département.

 

Pourquoi en sommes-nous là ?

Frédéric Nardin : « Les conventions prévoient l’équipement des sites, leur entretien et le contrôle régulier des ancrages du site réalisé par un professionnel. Hors le comité départemental  de la fédération ne dispose ni de la trésorerie pour faire les avances de frais, ni l’autofinancement pour les investissements, ni les moyens financiers de l’entretien, ni la structure administrative pour assurer le suivi. Par ailleurs, demander à la fédération d’équiper en investissant, rechercher les financements et assurer la gestion de tous les sites du département est aussi incohérent que de demander à la fédération de foot d’assurer ces mêmes services pour les stades du département. A ma connaissance, ce sont les communes qui les assument ».

Qui est responsable en cas d’accident ?

« Si le site est conventionné, la responsabilité incombe au signataire de la convention, le Président du comité départemental de la FFME. Quel que soit l’usager du site, dont l’accès est libre à tous sans aucune surveillance. Est-ce la même chose sur un stade si une installation est défectueuse ? Je ne crois pas. »

Mais lorsque ce sont des professionnels qui exercent sur le site ?

« Nous sommes ici dans une situation que nous ne trouvons qu’en escalade et, dans certains cas, en canyon. Vous avez, d’une part, un site d’escalade, sous la seule responsabilité du Président du Comité départemental FFME, un bénévole non rémunéré, qui est équipé et entretenu à la charge de la fédération c’est-à-dire en grande partie sur fonds propres issus des cotisations des licenciés et d’autre part des professionnels qui se font rémunérer par leurs clients et qui utilisent gratuitement une structure entretenue par d’autres. Sans vouloir créer une polémique, admettez qu’il existe une certaine anomalie surtout lorsqu’on sait que les caisses du comité sont vides  et qui, de ce fait, ne peut plus assumer ses missions de développement sportifs dans les autres disciplines telles que descente de canyon, alpinisme, ski alpinisme, randonnée en montagne, raquette à neige, etc… »

Néanmoins il existe des pratiquants individuels licenciés ou non sur le département et d’autres qui viennent d’autres régions pour grimper. Quelle issue voyez-vous ?

 « Lors de la dénonciation de la convention, les villes de Lourdes et Beaudéan ont pris un arrêté d’interdiction d’escalade (1). Si les maires ne veulent pas assumer la responsabilité, pourquoi un Président de comité départemental bénévole et sans moyen les assumerait ?  Pour Lourdes, cette interdiction est partiellement levée puisque les personnes encadrées par un club ou un professionnel peuvent grimper. Pour l’ensemble du département, il faudra bien trouver une solution pour que des structures jouent leur rôle autant sur le plan sportif que de loisir et touristique. C’est peut-être aussi le rôle de la CDESI (Commission départementale des espaces, sites et itinéraires) présidée par le Président du Conseil Général. La FFME peut apporter une expertise  au Conseil Général et aux communes ou communauté de communes, afin de leur permettre d’assurer leur rôle d’équipeur de structures sportives exactement comme pour un stade ou un gymnase»

Une expertise gratuite ?

« Non. Une expertise ou un audit est payant. Il s’agirait d’une prestation facturée aux collectivités propriétaires d’un site naturel d’escalade. La prestation serait réalisée par un personnel habilité disposant de toutes les compétences en matière d’équipement. Ce serait une opportunité pour que cette personne rémunérée puisse également participer à l’animation et aux activités du Comité départemental et ainsi participer au développement sportif dans le département en s’appuyant sur les clubs ».

Ces sites sont classés « sites sportifs ». Pourquoi ne pas les classer en « terrain d’aventure » qui n’imposerait, comme en haute montagne, aucune obligation d’équipement, de surveillance et d’entretien et donc de responsabilité ?

« C’est une solution possible. Mais pour certaines communes, sur certains sites, il n’y a pas qu’un aspect sportif. Il y a un objectif touristique. Et pour le tourisme il faut des sites totalement sécurisés. Mais la FFME est une fédération sportive ayant une expertise pour ce type d’équipement mais pas dans une optique de développement touristique.  Il faut donc reconsidérer la nature des conventions et en imaginer d’autres éventuellement via le conseil général. Nous restons ouverts dans le cadre des compétences de chacun ».

Dans un quotidien régional, Michel Mousis, président du comité départemental du CAF, se dit prêt à prendre la place de la FFME en précisant : « L’escalade en milieu naturel, c’est l’apprentissage de l’alpinisme ».

« Vieille querelle des anciens et des modernes qui avaient conduit en 1984 à une scission au sein de la FFM pour un remariage imposé par le Ministère des sports en 1986. C’est de ce remariage qu’est née la FFME (FFME + Escalade). De là à imaginer une nouvelle rupture, il ne faut pas rêver même si certains y croient encore. L’escalade sportive sur site naturel comme sur structure artificielle (SAE) sont des moyens d’entrainement et d’apprentissage possible pour l’alpinisme comme le sont d’autres disciplines y compris hors montagne et escalade. Mais c’est aussi et surtout une discipline à part entière même si, aujourd’hui, toutes les compétitions se font sur SAE. Il n’existe pas de différence entre les deux types de supports et je ne crois pas que l’on revienne sur des polémique d’il y a 30 ans. Ce sont des faits acquis. »

Michel Mousis précise également : « La FFME est plus orientée vers une pratique en sites artificiels d’escalade. Elle doit admettre qu’elle ne peut pas tout faire » et il suggère une demande de délégation ministérielle pour l’alpinisme.

« Vieille revendication du CAF ayant fait l’objet, par le passé, d’un grave conflit. La hache de guerre a été enterrée, il ne me parait pas opportun de la déterrer. La délégation ministérielle est accordée pour une discipline sportive compétitive et non de loisir, afin d’élaborer  les calendriers de compétitions, de créer et entraîner une équipe nationale et établir des règlements de compétition. L’alpinisme n’est jamais rentré dans ce cadre et l’escalade de compétition de cascades de glace relève de l’escalade et non de l’alpinisme. Le problème se pose pour le canyon et la raquette à neige. Je ne vois donc aucun intérêt à aborder ce sujet sans avenir ».

Comment sortir de cette situation si nous voulons conserver dans le département des sites d’escalade entretenus  et à accès libre ?

« Il faut revenir aux fondamentaux, ce qui, curieusement, n’a jamais été fait depuis la signature des premières conventions en 2000 malgré un avertissement grave au début des années 2000 ayant conduit le Comité Départemental à la liquidation judiciaire. Les administrations de tutelle auraient dû s’en inspirer. L’article L 311-3 du Code du Sport issu de la loi sur le sport de 2000 confie au département, le développement maitrisé des sports de nature. Dans ce cadre, le Conseil Général élabore un plan départemental des itinéraires, des espaces, etc… Pour la randonnée, cela débouche sur un PDIPR. Il élabore également une politique de développement maitrisé qui doit satisfaire l’aspiration légitime des citoyens à pratiquer une activité en milieu naturel en les conciliant avec les autres usages de l’espace, le respect de l’environnement et le droit de propriété. Hormis le fait que les conventions qui avaient été signées ne garantissent aucune de ces obligations, il appartient à la CDESI, issue d’une loi sur le sport et non du tourisme, d’assurer le dialogue et la concertation entre tous les acteurs concernés afin de répondre aux aspirations légitimes des grimpeurs et offrir des sites d’escalade à accès libre pour tous et pour toutes les formes de pratiques. Une première réunion est prévue. J’ai bon espoir de trouver des solutions».

Et pour le topo guide des sites d’escalade du département dont nous parlons depuis plus de 10 ans ?

« Je viens d’apprendre que ce projet de topo guide date d’il y a 12 ans. A l’évidence, la bonne solution pour le réaliser n’a jamais été trouvée ou du moins mise en œuvre. Il ne prévoit pas d’être réalisé pour tous les sites du département mais uniquement pour les 16 sites dont certains étaient conventionnés jusqu’à maintenant. Mais la réalisation n’impose pas le conventionnement. Donc, là aussi, tout est ouvert, et le Conseil Général nous a déjà assurer d’apporter des solutions viables pour régler les difficultés. Son élaboration est déjà bien avancée. Le financement existe. Le Conseil Général recherche un éditeur. A priori, il devrait sortir pour le printemps 2013 ». (3)

 

 

 

Notes de la rédaction

En voyant les dates de signature des conventions,  nous avons été amenés à prolonger notre enquête. A partir des documents que nous avons retrouvé, il semble que, juridiquement, ces conventions n’existent probablement plus depuis environ 7 ans sans que l’administration de tutelle et le siège national de la fédération ne se pose de questions.

Nous reviendrons très prochainement sur cette situation afin d’informer clairement les grimpeurs.

(1) – Cette interdiction concerne les trois sites de Lourdes : Pic du Jer, Grotte du loup et stand de tir. Le samedi 21 avril, aucune information mentionnant une restriction d’usage n’était affichée comme en témoigne notre photo. Il est par ailleurs assez difficile d’imaginer un garde assurant la surveillance d’interdiction. Le même problème sur tous les sites d’escalade.

(2) – Une réunion de tous les acteurs est prévue le jeudi 10 mai

(3) – Un topo franco-espagnol devrait sortir avant celui de la FFME-Conseil Général. Mais à notre connaissance il devrait être en grande partie complémentaire.

 

 

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