Vertical Jungle, Kenya 2011

 « Hey les copains, ça vous dirait de partir en expé au Kenya pour un trip Alpi/big wall ?? »

C’est de Jb Deraeck que vient l’idée. Avec l’enthousiasme qui le caractérise il réussit à nous convaincre de partir au plein milieu de l’hiver. Nous sommes 5 copains sur le projet : Dimitri Messina, Simon Duverney, Thomas Arfi, Jean-Baptiste Deraeck et Antoine Bletton. Tous issus du Caf excellence Alpinisme, on partage la même passion pour les parois raides, la découverte et les voyages. Alors c’est parti le 23 février dernier pour ce trip de grimpeur alpinistes ou alpinistes grimpeurs !
Expédition décalée, destination originale et pas un jour du voyage sans un bon fou rire.

Notre premier objectif est la face Est du Mont Poï (2050m). Un superbe big wall perdu en pleine savane, à 800 km au nord de Nairobie. Notre choix est de répéter la voie slovène « Story about dancing dogs ». Cet itinéraire de 600m avec 21 longueurs entre 6a et 7c+ est entièrement équipé sur spits de 8 et n’a connu avant nous que 3 ascensions dont celle de Kurt Albert (ce qui laisse présager de sa qualité).

L’approche du Mont Poï avec le tracé de la voie slovène et les bivouacs.

Les patates sont bien remplies avec 5 jours de nourriture, 80 l d’eau, le matos de bivouac et 3 portaledges.
Le hissage de ces sacs affectueusement appelés « les cochons » pendant les 4 premières longueurs en dalle est assez sportif !
Puis l’escalade devient bien verticale avec un gneiss excellent, rempli de petites réglettes d’une phalange.


Tonio dans L8 – 7a+

Notre stratégie est la suivante : Une cordée de tête (Dim et Tonio) essaye de libérer à vue un maximum de longueurs  et flash la cordée de 3 (Jb, Sim et Toto) dans les longueurs les plus délicates (2 *7c+, 1*7c et 3*7b+).

L’ambiance est superbe, l’entente dans le groupe au top et les bivouacs dans les grottes sont déments. La chaleur du matin au soleil est étouffante, les 40 ° nous obligent  à trainer au lit dans les ledges jusqu’à 10h et attendre l’ombre de l’après midi pour grimper. Mais comme  on est « autant fainéants que grimpeurs » dixit Dimitri on s’en accommode bien !

Notre stratégie fonctionne pas mal car toutes les longueurs sont enchainés à vue ou flash par au moins un membre de l’équipe.
Nous voyageons 4 jours à la verticale dans cette paroi, avec un dernier bivouac d’anthologie au sommet.

JB dans L14 – 7c

2eme bivouac à R10 dans la grotte quatre étoiles.

Dernier bivouac au sommet du Mont Poï

Jb se paye le luxe d’un vol en parapente et 15 minutes après avoir décollé du sommet il se pose au petit village au pied du Poï.
Il nous faudra 10 h de descente sans chemin et dans les buissons épineux pour rejoindre notre copain belge qui nous accueil avec son sourire habituel et un tonitruant « c’était dément ! »


Acte 2, nous quittons la chaleur oppressante pour la haute montagne et les 5200 m du Mont Kenya. A nous la fraicheur, la végétation et un panorama de dingue sur ce sommet qui est le seul à des kilomètres à la ronde.

Marche d’approche avec au fond le Mont Kenya (5199m).

Avec notre calme et notre patiente légendaire nous faisons l’approche depuis Ngurunit (1800m) jusqu’au camp de base (4300m)  en une journée.  Même en Afrique les phénomènes d’acclimatation restent les mêmes. Mal de tête généralisé pour toute l’équipe, qui nous oblige à rester un jour au camp de base pour se reposer et repérer notre objectif : Diamond Buttress.


Camp de base du mont Kenya.

Le mont Kenya n’est pas un sommet unique mais un ensemble de plusieurs pics. Notre voie sort sur le plus haut : le Batian (5199m) et la descente s’effectue par la voie normale du Nelion (5188m).

Nous partons donc le surlendemain de notre arrivé au camp de base, à 5h pour cette ligne qui longe à gauche le fameux Diamond couloir. Surement la voie glacière la plus dingue du monde car située en Afrique, elle n’est pas du tout en condition en cette fin de saison.
Diamond buttress est un itinéraire magnifique. Coté ED, le rocher est excellent sur 500m. Entièrement en terrain d’aventure, on trouve seulement quelques pitons dans la voie.

Notre équipe est habituée à ce genre de terrain, où le granite fissuré ressemble à celui de l’envers des aiguilles.


Toto se régale dans les beaux murs fissurés de Diamond Buttress

Toutes les longueurs de 6a/b sont enchainées vite fait. Le pas de 7a/A0 est libéré et nous nous prenons tous dans les bras au sommet du Batian à 15h.


L’équipe au sommet du Mont Kenya.

Il nous reste la magnifique traversé jusqu’à la pointe Nelion ou nous attend notre bivouac quatre étoiles : une petite cabane de tôles (montée en 13 aller-retours depuis le camp de base !).


Simon et le fameux bivouac au sommet de la pointe Nelion (5188m).

Sentiment excellent d’être 5 copains, seuls au monde sur le 2 eme plus haut sommet d’Afrique. Ambiance irréelle du soleil qui se couche à l’horizon et qui éclaire d’une lumière fantastique les nuages qui nous entourent, notre cabane et nos sourires !


Sommet de la pointe Nelion (5188m), avec la pointe Batian (5199m) en arrière plan.

Une « nuit » à 5200m sans acclimatation nous fait redescendre de notre petit nuage et nous sommes bien contents de rejoindre en une longue journée de descente d’abord le camp de base et ensuite la civilisation. La petite ville d’Ngurunit ou nous attendent un bon mix poulet/frites/bières pour fêter comme il se doit ce beau voyage.

C’est le problème des expés, quand on commence à y gouter, impossible de s’arrêter…les destinations qui nous font rêver sont déjà évoquées dans l’avion qui nous ramène en France.
Groenland, Chine, Pakistan, Patagonie… c’est sûr qu’avec une bonne équipe comme ça on va repartir au bout du monde pour grimper ces parois mythiques ! à suivre.

L’équipe avec de gauche à droite : Toto, Jb, Dim, Sim et Tonio.

Merci à Millet, Simond, Julbo, Petzl, Lowe Alpine.

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