Affiche d’escalade sexiste : Antoine Le Menestrel donne son point de vue

J’aime bien ce dessin, il m’a fait sourire car il caricature une facette sexiste de notre pratique. J’ai entendu dans ce chœur hommes au pied du bloc tous les conseils que certains peuvent donner à leur compagne ou non : poses-t-on pied là, vas y pousses, non la prise plus à gauche…
Pourtant nous savons bien que seul notre corps en action sait intuitivement comment grimper, que la pensée nous parasite d’autant plus quand elle vient d’un autre.
A vous lire, je me suis aussi souvenu d’une étape de coupe du monde à Lyon en 1989, pour laquelle j’étais chef ouvreur. Je m’apprêtais à descendre dans la voie de finale femme que Lynn Hill venait de remporter afin de la transformer en finale homme. La foule s’est mise à hurler à la première prise que je dévissais. Je feignais de ne pas comprendre mais les cris s’amplifiaient et sous la pression du public je me suis retiré la peur au ventre sans faire les modifications. Cela faisait plusieurs fois que nous échangions avec Lynn sur la possibilité de faire concourir les hommes et les femmes dans une même voie.
C’était l’occasion et les spectateurs avaient imposé cette rencontre, ils voulaient savoir. Finalement elle se positionna derrière Simon Nadine, Jerry Moffat , Ben Moon et devant Stéphane Glowacz, Didier Raboutou. Les compétiteurs pensaient grimper dans un 8a, ils étaient tombés d’appréhension dans cette voie de 7b/c.

Je comprends que les chiennes de garde puissent réagir sans avoir reconnu la personne qui arrive, sans connaitre notre pratique, c’est leur rôle. Elles nous alertent et leurs combats est sur tous les fronts et que celui-ci est certe bien facile en rapport aux multiples discriminations que subissent les femmes. Mais il y a un tel poids culturel conscient et inconscient sur nos relations que l’on peut leur accorder le bienfait de déclencher des réactions.
L’expression et l’échange étant peut être le moyen le moins violent pour faire évoluer nos mentalités. C’est à nous de développer les valeurs intimes de l’escalade auxquelles nous tenons pour ne pas laisser la place aux rapports de force, de discrimination, de compétition présents dans notre société. Nous savons partager des moments de grimpe autour d’un morceau de rocher entre femmes et hommes entre jeune et vieux entre débutants et confirmés.

Le partage est notre sommet. Tous ces pareurs qui encouragent en donnant de la voix, ces assureurs qui portent le grimpeur par leur concentration sont des atouts pour dépasser nos limites, pour oser. La cordée est fraternelle : l’assureur deviendra assuré et le grimpeur assureur. La compétition n’est pas une valeur fondatrice de notre pratique : L’esprit compétitif donne de l’énergie pour devenir meilleur que l’autre. Assumons notre esprit d’émulation où l’autre m’aide à être meilleur.

Antoine Le Menestrel

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