Championnats de France de Niort : Durif et Desgranges conservent leur titre et McColl frappe un grand coup !

Après les qualifications et la vitesse, aujourd’hui se sont déroulées les phases finales des championnats de France de difficulté dans la salle de l’Acclameur àNiort. Résumé complet illustré de la journée ci-dessous, avec aussi un large et superbe portfolio des finales sur notre page Facebook signé Joseph Collin.

Tout a débuté ce matin par les demi-finales, encombre passé sans trop de soucis par les principaux favoris, à part peut-être pour Charlotte Durif, crispée, qui nous a étonné en calant en rési à une poignée de mouvements du relais de la voie en 8a+. Hélène Janicot et Julia Serrière en profitent pour passer aux commandes de la compétition après avoir titillé le bac final de cette belle voie très athlétique.

Chez les messieurs, dans du 8b+, Sean McColl, Romain Desgranges et Gautier Supper sont en haut dans un style propre et sans-fautes. Les voies proposées ce matin, très physiques et résistantes ont assuré à merveille la sélection, avec un côté très exigeant que ce soit en terme de difficulté mais aussi d’engagement…

Seules quelques frayeurs sont venues nous titiller de courts instants quand dans la demi masculine certains athlètes ont engagé la viande bien déraisonnablement au-dessus des dégaines avec des assureurs qui ne semblaient pas toujours conscients du danger, au vu du mou laissé sur les cordes. Pas de croix de mousquetonnages sur les dégaines en question et des juges impassibles ou perplexes. Des scènes un peu flippantes. Ainsi Thomas Joannes a frôlé la tête de Christopher le speaker et Laurent Thévenot, Ludo Lefèvre et Thomas Ballet ont eu les nerfs solides quand ils ont du passer de longues secondes complètement pétés pour arriver à passer sa corde dans une longe au niveau des chevilles avec probable risque de chute au sol à plus de 10 mètres de hauteur. On ne préfère même pas imaginer les conséquences si l’un d’eux avait failli…

Une fois remis de nos émotions, place aux finales l’après-midi avec d’abord les femmes. Une voie complexe attend les finalistes, avec des prises de risques dans des mouvements amples dans le bas avant un réta à placement très difficile à négocier dans le haut. Sabine Vandewoestyne, l’invitée surprise, calera assez vite, surement un peu tétanisée par l’enjeu (8ème). On a le plaisir d’assister au retour de Cindy Sararak, la grimpeuse pyrénéenne qui refait son come-back après de longues périodes de blessure. Visiblement à court physiquement, la tarbaise chutera dans un grand mouvement sur un trou plat éloigné (6ème), tout comme la jeune briançonnaise Salomé Romain, un peu court dans le mouvement (7ème).

La massicoise Cécile Avezou dans son style précis, puissant et rapide sera la première à monter jusqu’au réta problématique, avant de caler après un bon combat sur la prise-clé de la voie, une grosse prise munie d’une préhension en inversée plate en son fond, pas facile à négocier quand tu arrives du dessous. Cécile finit, 4ème, au pied du podium, toujours présente, régulière et capable de prestations de haute volée à plus de 40 ans. Sa longévité au top niveau impressionne et contribue à la magie de l’évènement.

La suivante à s’élancer n’est autre que la chalonnaise Charlotte Durif. Un peu malmenée le matin en demi-finale et hésitante dans le bas de la voie, la championne de France en titre retrouvera les sensations mètre par mètre pour arriver à ce crux/rétablissement dans de très bonnes dispositions. L’heure de la revanche à sonné puisqu’elle sera la seule à trouver l’intensité nécessaire et le bon placement avec une belle grenouille (photo ci-dessous) pour négocier à la perfection le crux, faisant parler l’expérience, la technique mais aussi la puissance avec un surprenant changement de rythme. Allant au bout de son effort (7 minutes 58 secondes au moment de sa chute), elle chutera complètement crâmée quelques mouvements plus tard.

Une magnifique prestation et un bel effort qui lui assure un nouveau titre bien mérité. Car derrière, personne ne fera mieux, Julia Serrière (5ème) et la jeune espoir venu d’Annecy Julia Chanourdie (3ème) explosant à l’entrée du crux comme Cécile, la première en se déréglant complètement en 3 mouvements avec des méthodes compliquées, la seconde ayant peine à résister au changement de rythme. Hélène Janicot résistera un soupçon de plus et abdiquera sur la prise clé, à pas grand-chose de s’extirper de ce crux complexe et dur à négocier, victime d’un manque de physique et d’un placement moins judicieux (2nde). C’est donc le 4ème titre national d’affilée pour Charlotte Durif.

Chez les hommes, après 3 réussites le matin et une compétition sélective pour les championnats d’Europe de Chamonix en juillet, les ouvreurs avaient décidé de bétonner. 8c/c+ ! Une voie moins complexe que celles des filles avec des méthodes peut-être plus basiques mais alors quelle intensité ! Le spectacle va en prendre un coup car nous perdons dès la colonnette de départ le jeune Ghislain Pipers (8ème), lui aussi espoir issu du club Roc Evasion comme comme Chanourdie, l’oloronais Manu Lopez (7ème) et le lyonnais Thomas Joannes, autre jeune compétiteur prometteur à la grimpe déjà très mature (6ème).

Thomas Ballet résistera tel un guerrier à l’intensité inouïe du début de voie avant de continuer à se battre mouvement après mouvement pour caler au milieu d’une grande traversée. Il finira 5ème de la compétition mais 4ème français donc qualifié aux championnats d’Europe. Objectif rempli, le lyonnais est heureux après être revenu dare-dare de blessure. Gautier Supper subira à peine moins le début de voie mais chutera en fin de traversée suite à un placement de pied hasardeux. Le chambérien hésite, enlève un crochetage crucial et finit de face dans un blocage physique trop compliqué (4ème et 3ème français).

Passé un peu plus tôt, le briançonnais Manu Romain a lui parfaitement gérer techniquement et physiquement le bas de la voie. Il échoue après un run très maitrisé et fluide sur un puissant mouvement pour quitter un module en inversée, là aussi dans une méthode très dure toute en biceps de face, peu optimisée. Le run est quand même très bon et Manu finira 3ème de la compétition et 2nd des championnats de France.

Puis, l’heure de la leçon d’escalade était venue. Le canadien Sean McColl, résidant en France et licencié chez les toulousains d’A Solo s’élance sur le mur. Il se sent bien chez nous et cela se voit dans sa grimpe. Même si il confiait la veille qu’il est à fond dans le circuit international de bloc et non-préparé pour l’épreuve, le gazier est en forme (victoire à Log Dragomer il y a deux semaines, et finaliste le week-end dernier à Innsbruck). Et cela se vérifie dès les premiers mètres. Rapide, précis, fluide, sa grimpe féline méduse. La voie, où tous les autres étaient arrêtés, en force, lui semble si facile… Il avale les mouvements, prend les décisions en un éclair, progresse avec une facilité déconcertante. Un peu entamé à 5 mouvements de la fin, Sean chutera suite à un zip de talon. Presque trop facile, le virtuose est au sol. Un run extra-terrestre, tellement proche de la perfection ! Fin du rêve et retour sur terre dans l’assistance.

Comment l’expliquer ? Style de voie qui lui correspond à merveille ? Pas seulement. En avance sur la préparation par rapport aux français en raison du bloc ? Surement un petit peu. Là où les autres étaient à 95 voire 120 % dans les mouvements, lui semblait à 70. Le niveau de force et de forme du canadien est sans nul doute supérieur actuellement. Absence de pression ? Surement à prendre en compte. Mais Sean est aussi un acharné de l’entraînement qui sait manifestement se préparer pour les échéances. Il nous a émerveillé ce soir. Et la prochaine coupe du Monde chez lui à Toronto s’annonce bien le week-end prochain !

La performance de Sean nous fera presque oublier le run très appliqué de Romain Desgranges, qui se sort très bien des premières difficultés de la voie fatales à tous ses concurrents, avant de temporiser et d’accuser un petit peu le coup à l’endroit où Manu Romain a explosé.

Après avoir gratté au finish quelques mouvements sur son acolyte d’équipe de France, Romain finira par chuter, plus de 10 prises sous Sean. Il est donc second de la compétition mais champion de France. Dans un run abouti, le chamoniard conserve son titre, sa seconde couronne consécutive. On sent que sa victoire en coupe d’Europe le week-end précédent l’a mis en confiance et que la dynamique se met en place. Là-aussi à Chamonix en juillet, il sera surement intenable !

Pour finir, retenons que ces championnats de France 2013 à Niort ont été très plaisants, avec un côté sportif très réussi et une ambiance très détendue. Bravo aux organisateurs, aux bénévoles, aux ouvreurs, juges, aux officiels de la fédération, aux animateurs notamment l’irremplaçable verve du chevronné Christopher le speaker et aux compétiteurs. Pour conclure ce résumé, je voulais juste préciser un petit constat partagé ce soir après les finales. D’une manière générale, pas mal de compétiteurs montraient à la fin de leur prestation hier et aujourd’hui de bien tristes visages, alors que leur essai était plutôt réussi, et qu’ils étaient finalistes ou podiumables… Excès de pression ? Peur de mal faire ? Envie de gagner ? Excès de sérieux ? Coach trop exigeants ? N’oubliez pas que l’escalade de compétition n’est pas encore olympique, que les primes sont assez maigres, les contrats sponsoring précaires, et que tout cela ne reste encore à l’heure actuelle qu’un grand jeu limite confidentiel (surtout quand on voit le peu de public dans les gradins lors des finales, sans parler des non-initiés). Alors réjouissez-vous et soyez fier d’avoir représenté votre club et la France qui grimpe !

Les résultats complets de la compétition

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