Convention de Berne : Protection du loup ou de chiens bâtards

Tous les massifs de montagne, du plus haut au plus bas, sont impactés par la présence du « loup ». Mais est-ce vraiment un loup ?

Les Pyrénées, comme tous les massifs, et même la plaine, sont touchées par la présence du loup, notamment dans l’Aude, les Pyrénées-Orientales et l’Ariège. Rien ne permet, officiellement, de contenir une avancée de ce prédateur vers les autres départements d’autant que, selon certains observateurs, quelques individus ont pu être vus ailleurs dans les Pyrénées, que ce soit en Soule, Ossau, Pays Toy et vallée d’Aure. C’est la raison pour laquelle l’ADDIP, coordination pyrénéenne, réagit, dans un communiqué, à l’adoption de la recommandation n° 173 de la Convention de Berne tendant à protéger des Chiens-loups au même titre que de vrais loups.

Toutes les réactions à cette recommandation

Une affaire tenue « discrète »

C’est par un pur hasard que le réseau des éleveurs des Alpes découvre vers le 15 novembre, un projet datant du 16 octobre, d’une recommandation portant « sur les croisements entre les loups sauvages (Canis lupus) et les chiens domestiques (Canis lupus familiaris) » Ce projet devait être examiné par le comité permanent de la Convention de Berne entre le 2 et le 5 décembre.

Contacté, le secrétariat du comité permanent s’étonne que la presse et les éleveurs soient au courant. Cette affaire devait « rester discrète ». C’est mal connaître les moyens de communication actuels. Mais cette affaire ne manque pas d’intérêt à deux titres :

1/ Nous avons la confirmation (nous sommes en fait convaincu de longue date) que des décisions environnementales au niveau international peuvent être prises discrètement sans aucune consultation des intéressés

2/ Nous avons la preuve qu’il y a des loups hybrides à grande échelle, en provenance d’Italie.

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Des loups hybrides connus et reconnus mais… discrets

Comme les discussions de la Convention de Berne, l’existence de loups hybrides, en fait, des chiens-loups / bâtards n’est pas nouvelle. Elle est de notoriété publique en Italie au point que les Italiens ont obtenu un financement européen LIFE en vue de lutter contre cette hybridation. Reste à savoir si, ce que nous appelons des loups, en France, sont de vrais loups ou de simples bâtards venus d’Italie ?

En Finlande, le procès d’une quinzaine de chasseurs vient d’aboutir à une contre-expertise tendant à montrer qu’il s’agit bien de loups hybrides donc, à priori, non protégés. La grosse difficulté est des distinguer visuellement. Selon un spécialiste de l’ONCFS que nous avons interrogé, « il faut une analyse génétique ». Imaginez le chasseur ou le berger confronté à un loup… Faut-il déplacer le préfet, les services vétérinaires, les laboratoires et dire au loup d’attendre gentiment que tout cela se passe pour savoir s’il est bien loup ou hybride ? A priori, on tire et on discute après. D’où urgence pour les protecteurs du loup…. Ceux qui y croient encore.

En protégeant le bâtard on protège le loup ?

La recommandation 173 de la convention de Berne qui élargit la protection du loup aux chiens-loups ou loups-chiens reste floue sur son application. A l’ONCFS, on n’hésite pas à nous dire « on ne sait pas comment on pourra appliquer cette recommandation ». Reste à la transcrire en droit français. Dans le contexte économique et social actuel, me Ministère de l’Ecologie osera-t-il faire le pas ? Ce serait alors une véritable « provocation » comme le disait, devant les maires des Alpes de Haute-Provence, le député-maire (PS) de Forcalquier, Christophe Castaner, Président du Groupe National Loup, à propos de l’adoption de cette recommandation. La Ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, disait, récemment dans le Vercors, avoir fait le choix de la défense du berger plutôt que celle du loup. Des positionnements qui demandent à être concrétisé sur le terrain.

La recommandation devra aussi être reprise par la Commission européenne pour être intégrée dans la Directive habitats qui fait référence à la Convention de Berne, l’Union Européenne étant elle-même signataire de la Convention.

Voilà un imbroglio juridique qui ne manquera pas de créer d’autres conflits. En attenant la colère s’étend aux associations de défense des chiens domestiques (en Italie par exemple), aux communes impactées soucieuses de conserver l’élevage à l’herbe qui entretient leur territoire, aux professionnels du pastoralisme et du tourisme, qui s’opposent à la protection des chiens errants. Car il ne fait aucun doute que cette modification de la Convention de Berne étend la protection du loup au chien errant. Et là, ce ne sont plus seulement les territoires impactés par le loup qui sont concernés mais tout le territoire national.


Vrai loup ou hybride ?

L’ADDIP va plus loin

L’ADDIP avait déjà montré les mensonges et manipulations sur l’introduction de l’ours dans les Pyrénées en parlant de scandale d’Etat dans une lettre ouverte à François Hollande. Pour le loup, nous ne sommes pas loin d’une situation similaire, sachant que les protagonistes des années 1990 sont pratiquement les mêmes à tous les niveaux y compris ministériels. Ce qui laisse à penser que les vraies motivations dites « écologistes » sont d’une toute autre nature.

La coordination pyrénéenne a toujours posé cette question de fonds : « Que veut-on faire de nos territoires ? ». Dans le même esprit, elle écrit : « sous couvert de « nature », de « sauvage » ….. //… il s’agit d’une volonté de désappropriation de milieux humanisés depuis des millénaires, pour les transformer insidieusement en sanctuaires dits « naturels » où l’homme serait très marginal, voire totalement exclu ». Et c’est bien ce qu’il se passe dans certains secteurs des Alpes comme le Mercantour où tout est fait pour vider les éleveurs du cœur de Parc comme le réclament les écologistes. Une de leurs associations est d’ailleurs carrément passée à l’acte dans le Vercors en achetant des terrains pour y restaurer la vie sauvage à l’instar du « rewilding » promu en Europe par World Wide Fund for Nature (WWF), ARK Nature, Wild Wonders of Europe et l’UICN derrière le LCIE.

L’ours, comme le loup, ne sont que des alibis à l’ensauvagement des territoires avec une vision financière de moins en moins dissimulée. « Promouvoir les espaces vierges français et européens » est bien l’objectif visé sans les populations autochtones et sans pastoralisme. Les territoires seraient voués à l’éco-tourisme de passage où se vendrait la vie sauvage en prenant appui sur des « aires protégées » de type Réserves, PNR et Parcs Nationaux….. Ces mêmes parcs nationaux que l’UICN a récemment réunis à Sydney pour la distribution des prix. C’est là qu’apparait « L’extraordinaire arnaque de la protection du loup » déjà dénoncée par Françoise Degert (1).

Tout était prévu

La problématique des loups hybrides étaient connue depuis longtemps . On ne compte même plus le nombre de rapports italiens en faisant état. En France, c’est Laurent Garde, du CERPAM, qui soulève le problème dans un rapport de 1996 soit 4 ans après l’arrivée médiatique du loup dans le Mercantour. En 1999, un rapport interministériel français n’y fait même pas allusion. Le plan d’action pour la conservation du loup en Europe y consacre deux pages Par contre, les divers plans nationaux n’y font jamais allusion.

Sur un autre plan l’ADDIP fait remarquer dans son communiqué que : « Dès septembre 1997, cette volonté [Ndr : d’ensauvagement] était clairement formulée dans Livestock subsidy systems in Europe and reform proposals to benefit large carnivore conservation (Systèmes européens de subventions à l’élevage, et propositions de réformes favorables à la conservation des grands carnivores) dont l’un des rédacteurs est comme par hasard … Luigi Boitani, le grand spécialiste des prédateurs au niveau de l’Union uropéenne ». Un « spécialiste » que nous retrouvons à la tête du LCIE et dans tous les rapports européens et italiens concernant le loup. Et l’ADDIP de rapporter page 103 du rapport cité : « C’est la totalité du paysage qui doit être incluse dans les plans de gestion. » Et page 97, les activités touristiques et récréatives sont clairement visées : « elles peuvent conduire à des effets négatifs sur les populations de grands carnivores. » Nous avons, à peu près, la même phrase dans la Directive Habitats…. Celle qui sert aux écologistes à attaquer la chasse mais qui pourrait tout autant se retourner contre les randonneurs. D’où la nécessité d’encadrer ces activités selon des règles dictées par l’UICN déjà appliquées par des Parcs Nationaux français. De véritables atteintes à la libre circulation des personnes sous couvert de protection de la nature ou de questions sécuritaires.

La nature n’a pas besoin du loup pour être protégée

Si aujourd’hui il y a autant de réserves et Parcs naturels sur nos territoires, ce n’est pas grâce aux protecteurs de la nature autoproclamés. Avant eux, il y avait des femmes et des hommes qui vivaient au rythme du temps et des bêtes. Ce sont ces gens-là qui ont fait, non seulement les chemins, les granges, les villages, etc… Mais aussi la diversité et la beauté des paysages qui ont permis de créer une biodiversité riche au point de voir tout le monde venir s’y intéresser. La qualité du milieu va plus loin que le visible.

L’ADDIP fait remarquer que : « Sans ces grands prédateurs opportunistes, nos massifs sont reconnus comme lieux de production à la fois d’aliments de grande qualité (viande et produits laitiers) et d’une biodiversité spécifique née de « la coévolution du travail de la nature et de l’homme. » (Grenelle de l’environnement, Rapport Groupe 2, Préserver la biodiversité et les ressources naturelles, page 29). « Les paysages qui abritent la plus forte biodiversité sont composés d’habitats semi-naturels. 84 % des surfaces classées « haute valeur naturelle » correspondent à des zones d’élevage en plein air (Alpes, Pyrénées…) » (site CNRS et Université d’Ivry, Science et décision 2010) ».

Et se pose toujours la question : « Que veut-on faire de nos territoires ? » Et peut-être aussi : »Qui doit décider de notre avenir et notre mode de vie ? » Pour qu’il y ait autant de monde à vouloir décider à la place des habitants des territoires concernés, il y a peut-être aussi un gros business bien juteux, à travers des banques sans scrupules, qui s’intéressent à ces espaces considérés, depuis un écran d’ordinateur, soit disant « sauvages et abandonnés »

Louis Dollo

(1) Françoise Degert, journaliste, avait déjà écrit en 1991, « Les élus sous la griffe de l’ours »

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