DRAME DE CEILLAC : L’AFFAIRE CLASSÉE SANS SUITE PAR LE PROCUREUR

Le 24 janvier 2015, six randonneurs à ski trouvaient la mort dans une avalanche survenue sur la commune de CEILLAC (Hautes Alpes) dans le massif du QUEYRAS. Une enquête préliminaire avait été immédiatement ouverte par le parquet de GAP confiée au PGHM (Peloton de la Gendarmerie de Haute Montagne) de BRIANCON.
Le 26 avril 2015, le procureur de la République près le TGI de GAP a pris la décision de classer sans suite cette procédure judiciaire.
L’enquête du PGHM a conclu que l’accident était directement lié :
– au choix de l’itinéraire de descente
– à la sous estimation du risque d’avalanche annoncée
– probablement à l’absence de distance entre les skieurs entrainant une forte surcharge du manteaux neigeux, cause de l’accident.
En effet, les investigations ont permis de mettre en évidence les faits suivants :
Le 24 janvier 2015, monsieur VINCENT Alain encadrant au Club Alpin Français (CAF) de GUILLESTRE organisait une sortie à ski de randonnée sur la commune de CEILLAC . Elle était inscrite au planning des sorties du CAF de GUILLESTRE (05). La veille, il avait pris soins de reconnaître une partie de l’itinéraire (le sentier des cascades jusqu’au Lac Miroir).
Les cinq autres participants à cette sortie étaient tous des habitants des Hautes-Alpes et membres du Club Alpin Français. Le groupe quittait GUILLESTRE vers 08h30, pour se rendre en véhicules à CEILLAC. Vers 09h15, les six randonneurs quittaient le parking de la station et empruntaient le sentier des cascades pour se rendre au Lac Miroir (2214 m). De là, le groupe montait en direction du Pas du Curé (2783 m) avant de bifurquer vers un col non nommé sur les cartes IGN, donnant accès à la Combe du BACHAS (2654 m). De ce col, les randonneurs commençaient la descente dans la Combe du BACHAS où, peu après leur départ, ils déclenchaient une avalanche qui les emportaient tous les six.
Le vallon du BACHAS est orienté au Nord pour la pente principale et Nord-Nord/Ouest pour les contres pentes. Son inclinaison est d’environ 27° pour la partie médiane du vallon et de 35° pour la partie amont.
L’avalanche était partie à une altitude d’environ 2900 mètres pour finir sa course vers une altitude de 2360 mètres. La largeur maximale de celle-ci était de 450 mètres. La longueur d’environ 850 mètres pour un dénivelé de 540 mètres. La hauteur de la cassure de neige variait de 20 à 30 cm sur la partie droite de l’avalanche dans le sens orographique. Elle était estimée à 80 cm sur la partie centrale. Elle variait de 20 à 30 cm sur la partie gauche. Cette cassure de neige était caractéristique du phénomène appelé « plaque à vent».
Les conditions météorologiques et nivologiques étaient les suivantes. La journée du 24 janvier 2015 était ensoleillée. Le bulletin d’estimation du risque d’avalanche pour le massif du QUEYRAS mentionnait un risque de 3/5 (risque marqué) au dessus de 2000 mètres et de 2/5 (risque limité) en dessous de 2000 mètres notamment pour les pentes orientées à l’Ouest, au Nord et à l’Est. Les départs spontanés d’avalanche étaient peu probables. La probabilité de déclencher par le passage d’un skieur une plaque dure était très présente dans la plupart des versants froids au dessus de 2000 mètres d’altitude.
Selon les enquêteurs du PGHM, les récentes chutes de neige masquaient souvent des strates présentes au milieu du manteau et composées de grains sans cohésion. La probabilité de déclencher une plaque dure, ou friable d’aspect poudreux, était très présente dans la plupart des versants froids. La zone de déclenchement de l’avalanche était donc directement concernée par ce risque marqué.
Les six skieurs sont décédés dans l’avalanche. Deux personnes étaient retrouvées dans la partie amont de l’avalanche en rive droite ; Les quatre autres personnes dans la partie basse de l’avalanche.
En l’absence de témoignage direct de l’accident, les enquêteurs ont formulé l’hypothèse suivante fondée notamment sur les relevés GPS de l’une des victimes et sur le lieu de découverte des corps : au moment où l’avalanche s’est produite le groupe de skieurs était probablement scindé en deux. Un groupe de quatre skieurs skiait devant, deux autres en retrait. Lorsque les quatre leaders se sont trouvés au milieu de la combe du BACHAS et à l’endroit le plus raide, ils auraient déclenché l’avalanche par surcharge du manteau neigeux et se faisaient ensevelir puis traîner sur plusieurs centaines de mètres jusqu’au bas de la combe du BACHAS. Les deux autres skieurs se trouvant en retrait se seraient fait prendre par l’avalanche et traîner sur quelques dizaines de mètres puis ensevelir dans une compression.
L’hypothèse d’enquête selon laquelle, le groupe serait descendu un par un est apparu peu probable aux enquêteurs du PGHM au regard de la position finale des corps et de la surcharge nécessaire au déclenchement de la plaque (couche dure est épaisse et dense et nécessite une forte surcharge pour être déclenchée).
En ce sens, les enquêteurs du PGHM estiment donc que les conclusions de « l’enquête interne » diligentée par le CAF de GUILLESTRE et rendue publique le 10 mars 2015 sont pour la plupart erronées.
Par ailleurs, les responsables du CAF de Guillestre n’avaient pas été informés précisément de l’itinéraire de la sortie, du nombre de participants ni de l’identité de ces derniers, ce qui est contraire à la note d’organisation des sorties en ski de randonnée éditée par cette association.
Aucun proche des victimes n’a déposé plainte à ce jour.
C’est au regard de l’ensemble de ces éléments que le procureur de la République près le TGI de GAP a décidé de classer sans suite cette enquête judiciaire, l’organisateur et meneur de cette sortie étant décédé, et aucune faute pénale n’étant susceptible d’être retenue à l’encontre du CAF de GUILLESTRE ou de ses dirigeants.

Source:dici.fr
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