Entretien-portrait : Guillaume De Maeyer, gagnant du jeu concours-vidéo du festival Explos 2011


Guillaume De Maeyer a remporté le concours vidéo amateur qui se tenait en amont du festival du film de montagne et d’aventure Explos qui se tiendra cette fin de semaine à Ax-Les Thermes. Suite à son beau montage ‘La légende de Cabris‘ présentant ce spot de bloc des Alpes-Maritimes de façon humoristique, nous sommes allés faire sa connaissance… Les photos qui illustrent sont issues de sa collection personnelle.

– Kairn : Bravo, et tout d’abord commençons par les présentations.

– Guillaume : Je m’appelle Guillaume De Maeyer, je viens de fêter mes 30 ans. Je suis régisseur cinéma depuis 3 ans, après presque 10 ans dans le milieu du tourisme. Depuis que je touche une caméra je la garde à la main (on parle de ça déjà fin des années 80) et ça fait un paquet d’années que j’essaie de faire des vidéos meilleures que les précédentes. Depuis peu j’envisage de mettre ces années d’amateurisme à mon service pour exercer une activité pro dans la vidéo (en parallèle de mon activité de régie), et c’est exactement ça qui m’a mené à ce festival Explos.

– Kairn : Comment as-tu eu l’idée du scénario ? Qu’est-ce qui t’as guidé à la base ?

– Guillaume : J’ai aucune idée de ce qui m’a fait venir ce scénario (question suivante? 🙂 Sérieusement, j’ai toujours des idées qui me viennent en permanence, certaines valables, d’autres plus ‘deybill’ (d’où le surnom ‘billdey’ désormais collectif plus que personnel) et je ne me souviens pas du tout de quand ou pourquoi cette idée de scénario est venue… Mais je sais qu’en janvier on cherchait à faire une belle vidéo à Cabris (site qu’on a déjà filmé mais sans trop de réussite) et puis on a entendu parler de ce festival et on a sauté sur l’occasion.

– Kairn : En combien d’heures as-tu monté ta vidéo, avec quel logiciel ? Combien d’heures de tournage ? Raconte le côté technique.

– Guillaume : Le montage a été réalisé sur la suite Adobe en un tout petit peu moins de 2 semaines (chercher à connaître le chiffre en heure serait inutile sauf pour se faire mousser avec pleins de zéros, mais c’est pas un salaire!!)
On a terminé le tournage le 2 mai et je savais que la date limite du 15 mai allait arriver vite… La première semaine j’avais d’autres trucs prévus donc certains jours j’ai moins bossé et ensuite il y a eu près de 12 jours assis dans un fauteuil en buvant une vilaine marque de soda caféiné plein de sucre. Après on me demande pas pourquoi je filme plus que je ne grimpe!
Concernant le tournage on est partis le 30 mars Nico et moi avec le 5D et un trépied pour faire déjà du ‘volume’ des images simples, stables, qui me serviraient à remplir les éventuels blancs. L’idée de ce film était aussi de faire de belles images avec la machinerie que mon père et moi avons fabriquée (dolly et grue) et pas encore bien essayée ‘in situ’. Nous sommes donc revenus le premier week end où nous étions disponibles tous les trois Nath, Nico et moi c’était les 10 et 11 avril. Mauvais réglages de la grue, oublis à la chaîne et entorse de Nico : un fiasco! je n’ai, je crois, rien gardé des quelques images tournées ce dimanche soir…
Et enfin le 1er et 2 mai on est dispos, a priori il fait beau, nos figurants (la famille Fies) sont disponibles et je commençais à croire qu’on ne serait pas prets pour le 15 mai… J’ai organisé un pseudo plan de travail la veille pour qu’on arrive à tourner l’écrasante somme de 18 séquences soit quasiment tout le film et puis… Nico est une bête qui enchaîne près de 15 fois chaque bloc, Nath est une sorte d’ange gardien qu’on n’entend pas qu’on ne voit pas, mais qui pense à tout ce qu’on oublie et moi je suis à côté de mes pompes, je m’énerve quand ça commence à déraper, je suis flingué après avoir grimpé trois blocs avec un trépied dans le dos et j’ai mal dormi dans la bagnole à cause des fourmis qui sont rentrées avec notre matos.
En y réfléchissant bien, je me demande si j’étais là dans le but de mener ce tournage à bon terme ou juste de le rendre impossible…

– Kairn : Qu’est ce qu’il te semble essentiel de mettre en oeuvre pour réussir une belle vidéo d’escalade ?

 – Guillaume : Pour moi, tout peut entrer dans le cadre d’une vidéo de grimpe, il n’y a pas d’interdits sauf les barrières qu’on veut se fixer soi-même. Je rêve de voir de la créativité partout, et donc aussi de voir le public grimpeur accepter de nouveaux standards, pas forcément de rester habitué aux mêmes choses et ne pas s’intéresser à ce qui sort de l’ordinaire.
Donc je ne connais pas de choses ‘essentielles’ à mettre en œuvre pour réussir une vidéo de grimpe, mais je n’ai pas non plus la prétention de faire partie de ceux qui vont révolutionner le genre. Par conséquent je sais que pour accrocher le public grimpeur ou non grimpeur, il me faudra le faire rire, lui montrer de beaux paysages et essayer de trouver du spectaculaire…

– Kairn : Tes films référence, tes réalisateurs préférés concernant l’escalade et en dehors.
 
– Guillaume : Mes références ciné c’est souvent du thriller, en tous cas presque à chaque fois un scénario qui nous tient bien. Les films de Michael Mann, David Fincher, Chris Nolan (toujours aussi une certaine recherche de l’image qui me tient à cœur) par exemple. Le grand Spielberg aussi bien entendu! L’exemple type des films que je ne supporte pas c’est la saga réalisée par Roland Emmerich. Je dis saga parce qu’on a l’impression que c’est des suites à chaque fois tellement les scénars sont les mêmes et puis ses effets spéciaux… c’est un débat en soi !
En France j’ai adoré des films noirs comme ‘Ne le dis à personne’, ‘Un prophète’ et le diptyque Jacques Mesrine. C’est pas joyeux tout ça, mais ce sont des films auxquels je ne trouve quasiment aucun défaut…
En films de grimpe j’aimais beaucoup ce que faisait Patrick Berhault même s’il était moins médiatique que d’autres grimpeurs/alpinistes. Sa recherche de créativité avec des films trop bizarres comme ‘grimpeur étoile’ de Laurent Chevalier ou ‘Metamorfosi’ dont je ne me souviens plus le réalisateur est quelque chose que j’apprécie beaucoup et que je regarde toujours. Les films de Jansen auxquels je fais des allusions dans ‘la légende de Cabris’ sont mythiques dans le milieu et, comme beaucoup, je m’amuse de ça mais en même temps je les respecte énormément car ils ont ouvert la voie à beaucoup de monde. Je regrette juste que le grand public ne connaisse que les grands soloïstes, persuadés, peut être, que ce qui nous attire dans la grimpe c’est le danger. A chaque fois j’aime bien répondre que je cherchais une activité moins dangereuse que la moto 🙂
Actuellement les prods Sender/Big Up réalisent du lourd, les images sont belles, les films ‘léchés’ et les grimpeurs sont des monstres ou des pionniers (voire les deux!) mais en même temps que je les admire et que j’adore regarder leurs films, je me dis qu’il faudrait sortir un cinéma français d’escalade pour contrer cet hollywood venu de Boulder, CO. A ce petit jeu le team Les Collets ou surtout Baraka Flims me semblent bien positionnés…  A suivre !


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