Extrait : La grâce de l’escalade, par Alexis Loireau

Voici un extrait de l’ouvrage d’Alexis Loireau qui vient de paraître, ‘La grâce de l’escalade’, un ouvrage philosophique sur la grimpe.

Les yeux fermés, mes doigts se promènent sur les bombements les plus attirants. Ils cherchent, courent, caressent, le désir monte et ils s’arrêtent. Immobiles, ils jouissent du contact avec la roche. Il m’a fallu de nombreuses années pour comprendre que le grimpeur peut développer une culture du rocher qui ressemble à celle du géologue – à la différence près que ce n’est pas la composition de la roche qui l’intéresse, mais son grain et les types de reliefs qui y sont sculptés. La roche est la matière naturelle qui présente la plus grande variété de textures : la sensation au toucher est différente à chaque fois. Son grain est comme le pore de la peau ; c’est lui qui rend le rocher adhérent, presque vivant, au contraire de la plupart des matières lisses et artificielles, verre ou métal.

L’adepte le caresse parfois avec le même plaisir que s’il s’agissait de l’être aimé, ses doigts l’effleurent et, quand le désir devient irrésistible, il commence enfin à grimper. À chaque mouvement de main, il a
le privilège de découvrir un relief unique. Réglette, baquet, graton, cupule, mono-doigt, bi-doigt, pincette, arrondi, inversée, aplat, goutte d’eau ; les mots utilisés pour désigner les types de prises ne donnent qu’une faible idée de l’immense diversité de l’anatomie de la roche : ses formes sont aussi variées que les nuages. En les explorant, le grimpeur ressent probablement la même jubilation qu’un aveugle qui visiterait avec
les mains la production infinie d’un sculpteur.’

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