La ruée vers l’ours

Toc, toc, toc… «Northern liiight!»… Toc, toc, toc… «Northern liiight!»… Encore assoupi il y a quelques minutes, le lodge, soudain, n’est plus qu’essaim bourdonnant. Il est 1 h 30 du matin.
Quelques heures plus tôt, après le dîner, Tara et Andy, en guides attentifs, nous avaient réunis pour évoquer le phénomène, et nous avertir: «Si l’on frappe à votre porte cette nuit, soyez prêts car l’intensité lumineuse des aurores polaires s’estompe rapidement.»

Alors, dans le couloir, c’est l’effervescence. Les hôtes se précipitent hors de leur chambre, certains ont enfilé pull et blouson par-dessus leur pyjama, d’autres se sont mis au lit tout habillés pour gagner quelques précieuses minutes de magie boréale. Dehors, les premiers arrivés chuchotent des interjections admiratives, comme si une voix plus forte risquait de troubler l’immense voile qui se déploie au-dessus de leur tête en un parfait drapé d’un vert luminescent. Le froid a beau mordre, personne ne s’en plaint.

Cette nuit, pour beaucoup, c’est un rêve qui se réalise. Un de plus, par 57° Nord… Cinq jours plus tôt. 50 kilomètres plus au sud. Arrivés dans la matinée de Winnipeg, capitale du Manitoba et notre porte d’entrée au Canada, nous attendons une accalmie météo qui rendra possible le transfert jusqu’au Seal River Heritage Lodge, notre destination finale, promesse de tête-à-tête avec le seigneur de l’Arctique.

Mais il faut s’y résoudre: ce soir, nous dormirons à Churchill. Soit. Profitons-en pour goûter à l’atmosphère particulière de la «capitale mondiale de l’ours polaire». Au début des années 80, le monde prend à peine la mesure des changements climatiques lorsqu’il découvre, dans un reportage du National Geographic, la particularité de ce microcosme aux allures de poste-frontière qu’un destin facétieux a justement posé à la limite septentrionale de l’aire de répartition des ours polaires dans l’Arctique. Une petite ville de rien, serrée sur une bande de terre entre la baie d’Hudson et la rivière Churchill, et qui chaque automne voit débarquer cet encombrant voisin, attiré par l’embouchure de la rivière dont les eaux douces favorisent la formation des glaces qui lui permettront de rejoindre la banquise, son royaume de chasse.

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