Cinq préjugés des médias à propos de l’Everest

Mark Horrel est parti en expédition sur l’Everest, et il a voulu démentir certains préjugés très courus des médias concernant l’ascension du Toit du Monde.

1. Gravir l’Everest n’est pas ‘facile’
Il est commun d’entendre que le plus dur dans l’ascension de l’Everest c’est de réunir les fonds pour se ‘payer’ le sommet. Bien que l’on puisse payer des prestations très variables sur l’Everest, allant du simple permis jusqu’au sherpa personnalisé, il en reste pas moins qu’il faut mettre un pied devant l’autre.
On entend pourtant dire que c’est à la portée de n’importe quel imbécile venu et qu’il y a même des échelles.
La réponse de Mark : ‘ Mon assaut final aura duré 6 jours durant lesquels j’ai porté en moyenne 12Kg en très haute altitude. J’avais tellement peu d’appétit que je pouvais difficilement me forcer à avaler une demi-douzaine de bouchées sans dégueuler. Plus d’une fois je suis arrivé malade à ma tente. Le jour du sommet, il m’a fallu 18 heures, durant lesquelles je n’ai pas bu plus d’un litre et n’ai rien mangé. Ma bouche était tellement sèche au retour que je pensais que j’allais recracher un bout de gorge. J’étais épuisé mentalement car l’arête Nord demande une concentration permanente à chaque pas. Nous avons eu beau temps donc les gelures n’ont pas été un problème, mais la plupart des alpinistes doivent également lutter contre le froid intense‘.
‘Quiconque dit que l’Everest est facile n’a aucune idée de ce dont il parle’

2. Gravir l’Everest n’est pas un moyen onéreux de se suicider.
Les agences commerciales opérant sur l’Everest sont devenus tellement structurées et organisées que l’ascension est relativement peu risquée pour des personnes ayant suffisamment d’expérience. Des cordes fixes sont posées sur tout l’itinéraire avant le début de la saison. Il est possible de s’y longer avec la double sécurité qu’offrent le Jumar et le mousqueton. Le risque de gelure est maintenant bien gérable grâce aux équipements modernes. (Combinaisons en duvet, chaussures de haute altitude, chaufferettes pour les pieds et les mains et également oxygène, qui favorise la circulation. En passant du temps en altitude, on apprend peu à peu comment réagit notre corps au manque d’oxygène, et l’on sait combien de temps il nous faut pour s’acclimater. Les meilleures agences disposent de médicaments pour la haute altitude et de personnel qualifié pour les administrer. Mais le plus important est sans doute que vous n’êtes pas seul sur la montagne. ‘J’avais un sherpa personnel le jour du sommet, Chongba, qui a gravit le sommet 13 fois. Il ne m’a pas quitté d’une semelle durant les 18 heures de l’ascension. Nous avions tous les deux des radios que nous aurions pu utiliser en cas de séparation.’
Il existe toujours des petites compagnies à faible budget sur l’Everest. Il est beaucoup plus risqué de partir avec elles, mais rares sont les alpinistes qui le font et de toute façon les autres agences aideront en cas d’urgence.

3. Je n’ai pas gravi l’Everest pour faire la croix ni pour gagner le droit de me vanter.
J’ai horreur de l’expression ‘faire la croix’ qui laisse de côté la part d’expérience qu’apporte une telle ascension. C’était mon 9ème voyage au Népal et mon troisième au Tibet. C’est plus qu’il n’en faut pour se vanter. J’aime passer mes vacances en haute altitude comme d’autres aiment lézarder sur la plage ou faire la fête à Ibiza. C’est ce que j’aime faire. Et pour ce qui est de se vanter, quand j’ai quitté mon job pour rejoindre l’expédition, la plupart de mes collègues n’étaient pas au courant que je partais pour l’Everest. Je ne leur aie pas dit

4. Les tragédies ne sont pas le fait qu’il y a trop de monde qui tente l’Everest de nos jours.
Ceux qui se posent des questions sur le pourquoi et le comment des morts sur l’Everest devraient lire le résumé de la saison que publie Alan Arnette. Une analyse intéressante de la part d’un himalayiste qui a gravit 4 fois l’Everest et connaît bien les acteurs et les lieux. Cette année, l’Everest était particulièrement sec, ce qui a entraîné des chutes de pierres inhabituelles en cette saison sur le Lhotse (dont la voie normale de l’Everest parcours le flanc). Certains des morts de cette année n’étaient pas des grimpeurs sans expérience mais des sherpas très expérimentés faisant des portages. Par ailleurs les fenêtres météo pour le sommet ont été très courtes du fait des nombreuses chutes de neige.
Tout cela concerne le versant Sud de l’Everest, c’est à dire la voie normale. Mais l’Everest a également un versant Nord qui cette année a été beaucoup plus tranquille car en meilleure condition. On y retrouve à peine un quart des alpinistes qui tentent le versant Sud (Népal) et les morts du versant Nord ne peuvent pas être attribués à la sur fréquentation.
Enfin si l’on regarde les chiffres, environ 550 personnes ont réussi l’Everest cette année, dont 250 sur le même créneau de 48h les 25/26 mai sans que cela n’entraîne un seul décès.
Cela démontre qu’il est possible de gérer la foule des grands jours sans déplorer d’accidents. Les 4 morts du 19 mai peuvent être en partie attribués à la sur fréquentation, mais ce n’était pas les jours les plus chargés et il y a certainement d’autres causes.

5. Dépasser un grimpeur qui se bat n’est pas un manque total d’humanité
Il s’agît sans doute du mythe le plus émouvant poussé par les grimpeurs sans expérience et le plus blessant et nuisible. On lit régulièrement des histoires de grimpeurs abandonnés en pleine agonie, de corps enjambés pour parvenir au sommet au détriment de toute humanité.
Voilà une analogie donnée par le leader d’une expédition ‘Si vous rentrez chez vous après avoir bu un coup et que vous voyez un soudard sur le bord de la route se battant pour marcher droit. Vous arrêtez vous et l’accompagnez-vous chez lui? Supposons que vous le fassiez et qu’il refuse votre aide, que faites-vous? Pensez-vous que c’est de votre ressort de rester à ses côtés jusqu’à ce qu’il arrive à bon port sain et sauf ou bien passez-vous votre chemin? Rappelez-vous que votre femme vous attend et que vous ne serez pas dans votre lit jusqu’à ce qu’il soit e sécurité.’

Beaucoup des morts sur l’Everest sont dus au fait que les alpinistes ne se rendent pas compte qu’il est temps de faire demi-tour, et cela même lorsque des personnes expérimentées leur ont signifié. ‘Quand je suis parvenu au sommet à 10h du matin, je savais très bien jusqu’où je devais aller. Je devais encore redescendre toute la montagne, le Third Step, le Second Step, le First Step et de nombreux autres passages qui allaient demander mon attention. Et j’étais déjà épuisé. Mon seul objectif à la descente était mon devoir vis à vis de ma famille, de descendre sain et sauf. Je le devais aussi à Chongba et au reste de l’équipe car si je m’étais trouvé en difficulté ils se seraient mis en danger pour moi. Je suis finalement arrivé à 17h30 et ce fût épique. L’idée que j’aurais pu m’arrêter et escorter ou porter une personne en difficulté serait risible si elle n’était pas aussi poignante. Il faut garder à l’esprit que toutes les personnes qui descendent de l’Everest sont épuisées et se battent elles-mêmes pour survivre, et la plupart d’entre elles parviennent en bas sans aide extérieure. Penser que si vous dépassez une personne en difficulté vous devriez vous arrêter pour l’aider car sinon elle va mourir est erroné. Les membres des expéditions bien organisées seront aidés par l’infrastructure de leur agence et si nécessaire, d’autres agences viendront en aide à la victime.
Nous avons tous de la compassion de l’humanité. Nous respectons les montagnes et les autres alpinistes, mais nous ne sommes tous des héros et bien peu d’entre nous souhaitent devenir des martyrs. A moins d’avoir été dans une telle situation et donc de savoir comment vous réagiriez, gardez-vous de juger les autres.’

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