Le loup c’est aussi l’affaire des randonneurs en montagne

 

Hier matin nous avions évoqué la mobilisation des éleveuses et éleveurs de Boulc et Glandage, dans la Drôme, face au loup.  Au-delà de leurs problèmes agricoles, ils ont voulu «sortir du débat stérile pro et anti loup… En dehors des syndicats et des élus ».

Au cours d’une réunion lundi après-midi à Boulc ils ont pu évoquer les problèmes relationnels avec les touristes et randonneurs en montagne comme en témoigne le compte rendu que nous reproduisons dans son intégralité

Élevage et tourisme de montagne : une complémentarité

La passion des pratiquants de la montagne fait parfois oublier certaines réalités de terrain. Il nous faut ouvrir les yeux, regarder autour de nous et faire appel au passé, à l’histoire de nos montagnes, occupées par les hommes bien avant les récits des premiers ascensionnistes.

La montagne ce n’est pas seulement une affaire de randonneurs, skieurs, alpinistes ou grimpeurs. C’est aussi et surtout des gens qui vivent dans les vallées. Et parmi ceux-là, ce ne sont pas seulement des acteurs du tourisme, des commerçants, des guides ou des accompagnateurs en montagne mais ce sont aussi des éleveurs et bergers. Ceux qui restent encore malgré les aléas économiques, sociaux, politiques ou de la nature. Mais il nous faut aussi faire appel à l’histoire et nous rappeler de ceux qui ont fait les paysages et les sentiers que nous empruntons pour nos loisirs et notre plaisir.

Ces paysages comme ces sentiers de montagne sont le résultat de l’action conjuguée de l’homme et de l’animal dans le respect du milieu depuis des millénaires. Sans eux, l’espace serait fermé, les possibilités d’évolution seraient réduites, les paysages seraient moins ouverts et moins attractifs, les risques naturels seraient plus importants, notamment les avalanches. Ce sont les ancêtres de valléens qui permettent, aujourd’hui, d’offrir des produits commerciaux attractifs pour les touristes et font vivre une nouvelle filière qui complète l’élevage toujours indispensable pour entretenir un minimum ce milieu en évitant l’ensauvagement et l’abandon des espaces au détriment de la diversité floristique et animale. Tous les « Documents d’objectifs » de Natura 2000 (Directive européenne habitat) en font état.

Nous voyons que la protection de l’environnement dans un contexte économique et social sont liés en n’excluant aucune activité humaine. C’est la définition du développement durable.

Les changements de pratiques d’élevage peut être préjudiciable au tourisme de montagne

Moins que la présence du loup, c’est la gestion de cette présence qui met en cause l’existence même d’une activité ancestrale dite « raisonnée ». La pratique de l’élevage extensif permet une bonne gestion de l’espace bénéfique au milieu et au tourisme. L’abandon de cette pratique remet en cause les équilibres montagnards déjà délicats. Des éleveurs abandonnent ou réduisent leurs troupeaux.

Pire encore, le changement de mode d’exploitation imposant des chiens de protection, dont il est dit qu’ils sont inefficaces contre le loup, devient un véritable danger pour les randonneurs. Les éleveurs imaginent mal « une surenchère sécuritaire » avec des Patous. En effet, « des éleveurs sont condamnés pour les dégâts que cause les Patous, l’éleveur est responsable des morsures que son chien inflige aux randonneurs ». Plusieurs procédures engagées par des randonneurs ou leurs assureurs en attestent. Outre les condamnations au civil qui sont payées par les assurances, ce sont les condamnations pénales qui deviennent moralement insupportables pour des pratiques et comportements imposés aux éleveurs. Ils précisent : « Nous ne pouvons imaginer les conséquences graves qu’engendreraient la mise en place de meutes de chiens hyperagressifs. Nous pouvons importer des camions de bergers d’Anatolie ou autre molosse pour défendre nos troupeaux mais les risques pour les randonneurs ou autres seront en conséquence. Nous refusons cette surenchère sécuritaire qui ne fera que déplacer le problème et en causer d’ encore plus sérieux ».

Les bergers, voir les communes, devront ils interdire des secteurs d’alpages à la randonnée ou des secteurs de montagne seront-ils interdits d’élevage avec toutes les conséquences vues plus haut ?

Pour répondre à ce problème, les éleveurs n’envisagent pas « la mise en place d’une présence humaine jour et nuit avec le troupeau » dont ils estiment que ce « n’est plus de notre ressort ». Et de rappeler : « Nous travaillons sept jour sur sept , peut on nous demander de passer nos nuits avec le troupeau ? »

Les éleveurs : Des usagers de la montagne jamais entendus

Le compte rendu de cette réunion d’éleveurs de seulement trois communes de la Drôme reflète toute la problématique d’une profession sur tout le massif des Alpes. Nous pourrions même dire que les sujets soulevés ici se transposent parfaitement dans les Pyrénées avec l’ours et… le loup qui pointe, depuis quelques années déjà, sans que les pouvoirs publics n’acceptent d’en parler. Le catalogue assez précis des problèmes est stupéfiant et montre une totale absence de raisonnement et de réflexion des pouvoirs publics.

« Dans d’autres territoires(Mercantour, Queyras) moins boisés qu’ici, cela fait maintenant 18 ans que les loups sont présents. Les éleveurs subissent toujours les mêmes dégâts, ils abandonnent des quartiers de montagne trop difficiles à protéger » précisent-ils. 18 ans !….Et les mesures de protection imposées sont toujours inefficaces. Elles n’ont d’ailleurs jamais été discutées avec la profession. Des associations de protection de l’environnement se sont déclarées, depuis longtemps, autocompétentes dans ce domaine spécifique de l’élevage.

Le ramassage des cadavres dans des secteurs où, contrairement aux Pyrénées, les vautours font défaut, les indemnisations aussi aléatoires que partielles, un protocole de prélèvement qui relève d’un folklore administratif mettant sur le devant de la scène les incompétences avérées d’une chaîne de fonctionnaires dilués dans un magma d’irresponsabilité, une référence abusive à la Convention de Berne pour mieux protéger les « non-décisions » et des références mensongères à d’autres pays ne font qu’accentuer le malaise dans lequel les usagers, pour ne pas dire les consommateurs de loisirs de montagne risquent d’être pris au piège dans les années à venir s’il n’y a pas de réactions efficaces de la part de leurs représentants en coordination avec les autres usagers.

 

L’exemple de ce qui se passe sur le petit périmètre des deux communes de Boulc et Glandage est significatif de ce que nous rencontrons sur l’ensemble des Alpes et des Pyrénées. Les randonneurs en montagne sont certainement plus concernés que les alpinistes et grimpeurs. Encore que, ils n’en sont pas exclus. Déjà, dans le Vercors, cet été, des itinéraires ont été interdits à la randonnée pour des raisons de sécurité vis à vis des chiens de protection Patou. Si la situation continue à se dégrader, l’avenir nous dira si la montagne doit être interdite aux troupeaux ou aux randonneurs.

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