L’Everest de la discorde

L’histoire avait déjà mal commencé dès le début en 1953.

Après leur victoire sur le toit du monde, Hillary et Tensing se retrouvent pris aux piège des enjeux nationaux. Poussé par son gouvernement Tensing annoncera avoir été le premier des deux à fouler le sommet.
L’année passée, 3 alpinistes de haut niveau occidental ont généré un conflit avec le peuple sherpa. En cause principalement, une méconnaissance profonde de la culture sherpa qui a engendré malentendus et provocations. Nous étions largement revenus sur cet accident via notre correspondant au Népal

Voici une contribution de Valentin Cadiot qui vient de rédiger un remarquable mémoire de fin d’études à l’Inalco sur La place de l’interculturel dans la formation de guides de haute-montagne tibétains.

Cette année c’est la chute d’un sérac (et non une avalanche comme énoncé précédemment) qui aura entraîné la mort de 16 sherpas et fait rejaillir les problématiques entre le monde occidental et les sherpas.

C’est dans la célèbre Ice-fall, une zone de rupture du glacier, que l’accident s’est produit. Il s’agît d’un véritable dédale de séracs prêts à s’effondrer à tout moment sur celui qui passe en contrebas. L’itinéraire change en permanence du fait de l’avancée du glacier qui modifie constamment les lieux, aussi bien de jour que de nuit. Des blocs de glace s’effondrent, des crevasses s’ouvrent ou se ferment d’un jour sur l’autre, obligeant les sherpas a travailler en permanence pour maintenir un itinéraire franchissable, tout ceci sous la menace permanente des chutes de glace. Il était évident qu’un jour ou l’autre un tel drame allait survenir, mais il n’existe pas vraiment de moyen de solutionner le problème.

Russell Brice, propriétaire de l’agence d’expéditions Himex, estime que ‘nulle part ailleurs dans le monde on ne passerait par une cascade de glace comme celle-là’. ‘On ne le fait que parce que c’est l’Everest’.

Choqués par la perte de 16 des leurs, les sherpas ont décidé de stopper le travail sur le flanc de l’Everest. Panique au gouvernement du Népal, qui profite largement du flux financier généré par ces expédition. Manne non négligeable pour l’un des pays les plus pauvre du monde.

Le principal problème comme le dit Christian Tromsdorff c’est que « S’il n’y a plus de sherpas il n’y a plus d’expédition »

Vu la corruption locale, ces permis permettent d’engraisser de nombreux fonctionnaires qui en cas d’annulation de la saison a l’Everest perdent leur juteux pots de vins.
Collaborateur de National Geographic et trois fois summiter, l’Américain Conrad Anker croit même que des quelques 3 millions $ amassés en permis par année, «moins de 1% doit retourner à la montagne».

Voir l’article : Les sherpas vont-ils reprendre le travail : les pressions du gouvernement

L’industrie de l’escalade rapporte chaque année plus de 3 millions de dollars au Népal, le tourisme un total de 356 millions, près de 2% du PIB national.

L’économie de l’Everest en soi n’est pas très importante (…) mais (la catastrophe et ses conséquences) ont nui à l’image du Népal‘, affirme un ancien chef de l’agence du tourisme népalais, Prachanda Man Shrestha.

Un choc culturel énorme

Ce qui choque le plus c’est le gouffre qui sépare les préoccupations des sherpas de celles des alpinistes.
Alors que les sherpas sont en deuils, certains alpinistes occidentaux osent raconter leur « calvaire » :

Paul « The Bachelor » raconte son calvaire au pied de l’Everest

Et d’autres osent se plaindre de la décision des sherpas ou s’apitoyer sur leur sort car ils ne peuvent pas réaliser leur rêve.

Pour Alex Staniforth, un adolescent britannique, la pilule est aussi dure à avaler.

Je n’aurais jamais imaginé ça. Je ne sais pas si je serai capable de retrouver l’élan, d’effacer les mauvais souvenirs, pour me motiver et préparer une nouvelle tentative’, écrit-il sur son blog.

Tous ces sacrifices inutiles, la souffrance et le temps passé, des heures d’entraînement draconien, 15 mois d’acharnement pour trouver les fonds, surmonter les doutes et les obstacles — c’est extrêmement douloureux‘.

On se demande quel qualificatif utiliser alors pour les veuves et orphelins des sherpas de l’Everest !!

Si les sherpas ont décidé de ne pas gravir l’Everest, ce n’est pas de gaîté de cœur. Ces ascensions sont aussi leur gagne-pain. A la douleur, les survivants ajoutent ainsi un manque à gagner important, mais ils montrent aussi que l’argent ne justifie pas toutes les prises de risques.
‘Nous sommes tous venus ici pour grimper et gagner notre vie. Y renoncer est un choix dramatique’, résume à l’AFP Lam Babu Sherpa.

Lors d’une cérémonie à la mémoire des sherpas tenue à Katmandou, Sarkini Sherpa, dont le mari est un miraculé de la catastrophe, évoque l’avenir avec angoisse.

La montagne est notre gagne-pain, nous ne connaissons qu’elle. Nous espérions gagner assez cette saison pour envoyer nos enfants à l’école à Katmandou (…). Mais maintenant je suis très inquiète, je ne sais pas comment nous allons payer nos factures‘.

A l’en croire, les sherpas devront tenir un an. ‘C’est une tragédie terrible, mais les hommes repartiront en montagne. Il n’y a pas d’alternative‘.

Les sherpas de l’Everest gagnent entre 3.000 et 6.000 dollars, fruit de deux ou trois mois d’ascensions aussi périlleuses qu’éreintantes.

En comparaison, un guide occidentaux peut faire entre 50 0000$ et 100 000$.

Mais il faut préciser qu’un Sherpa à l’Everest gagne environ cinq fois le salaire moyen au Népal, ce qui fait que toutes proportions gardées, il se retrouve chez lui avec un pouvoir d’achat comparable à un collègue occidental.

Leur communauté compte quelque 600 individus. Habitués au manque d’oxygène, ils sont cuisiniers, guides, porteurs ou éclaireurs d’élite qui fixent pitons et broches à glace avant le passage de leurs clients fortunés.

Tenzing Chottar Sherpa, 27 ans, participait à sa première ascension. Il est mort dans l’avalanche.

Il avait promis de revenir dès la fin de la saison. Sa veuve, Ang Dali Sherpa, 28 ans, avait décidé de lui annoncer à ce moment-là sa troisième grossesse.
Il m’a demandé de prendre soin des enfants et d’être patient avec notre fille, qui est très malicieuse‘, raconte-t-elle à propos de leur dernière conversation téléphonique.

La saison devait leur permettre d’envoyer leurs enfants dans une école privée. Il ne lui reste plus rien.

Je rêvais d’un meilleur avenir pour nos enfants, je ne voulais pas qu’ils deviennent guide. Mais maintenant, qui peut dire ce qui arrivera?’.

Le gouvernement a promis de verser 400 dollars aux familles des victimes pour couvrir les funérailles. Un montant dérisoire qui s’ajoute aux maigres 10.000 dollars de l’assurance-vie.

Que les alpinistes se rassurent, les autorités de Katmandou ont accordé une validité exceptionnelle de cinq ans aux permis délivrés aux alpinistes, pour une moyenne de 11.000 dollars. Ils n’auront donc pas « tout perdu ! »

On pourra donc avoir une pensée pour ce Belge qui doit renoncer à l’Everest après avoir parcouru 13.000 kilomètres à vélo

La grève des sherpas l’empêche de réaliser son objectif.

Et pour Joby Ogwyn qui devait sauter en Wingsuit du toit du Monde: Discovery Channel annule à cause de l’avalanche

« Après la tragédie survenue au Mont Everest, et pour le respect des familles des victimes, Discovery Channel n’ira pas plus loin dans le projet Everest Jump Live. Nos pensées et nos prières sont destinées à toute la communauté Sherpa »

Mais pour faire un geste pour les sherpa, vous pouvez aussi envoyer votre aide à

Sherpas – Action avalanche 2014

Case postale 1241

2301 La Chaux-de-Fonds

Compte 14-18279-3

IBAN CH92 0900 0000 1401 8279 3.

L’argent collecté ici sera redistribué au Népal via l’administrateur de l’Hôpital de Nicole Niquille à Lukla.

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