Montagne, loup, pastoralisme, tourisme, randonnée…., les débats et la motion du col du Glandon doivent interpeler les usagers de loisir.

Six maires de communes de Savoie et d’Isère situées de part et d’autre du col de Glandon ont « décidé de mobiliser les élus de la montagne et de l’ensemble des zones d’élevage françaises concernées par la recrudescence du nombre d’attaques de loups sur nos alpages et nos territoires ».

le col du Glandon

Pour les élus des communes organisatrices, « il était impossible d’imaginer une fête avec des éleveurs et des bergers en grande souffrance. Les attaques s’enchaîne, le stress permanent prend le dessus, et les éleveurs sont là, spectateur d’un massacre écrit d’avance et quotidien ».

C’est dans cet esprit et face à ce constat qu’ils ont imaginé « de programmer en urgence… Les Etats Généraux du Pastoralisme et du Loup de l’Arc Alpin le 18 août 2014 au col du Glandon comme nous en étions fait l’écho.

Dans leur invitation, il est précisé : « Cette tribune est destinée aux éleveurs, bergers, élus de la montagne, organisations professionnelles agricoles, et à l’ensemble des acteurs de la montagne et de nos territoires ruraux (acteurs du tourisme, acteurs du maintien d’une vie sociale) pour effectuer un état des lieux, faire le point sur le Plan Loup, faire le point sur les mesures de protection et discuter de ce que se vit au quotidien dans nos montagnes et nos zones d’élevage. Discuter de ce qui se passe aux portes de nos grandes métropoles ».

Cette initiative limitée à six communes ne doit pas nous faire occulter, qu’il s’agisse d’ours ou de loups, que les mêmes causes produisent les mêmes effets sur l’ensemble des massifs de montagnes mais aussi, depuis quelques années, sur les zones de plaine jusqu’à proximité de grandes villes. La réflexion du col du Glandon dans les Alpes doit être aussi celle des Pyrénées, des Vosges, du Jura, du Massif Central mais aussi de la Meuse, de la Champagne, de la Marne, de la Moselle, etc….

Les usagers de loisir de la montagne concernés

Longtemps, et encore aujourd’hui, les randonneurs, vététistes, parapentistes, grimpeurs, etc… ont estimé que ce n’était pas leur problème mais uniquement celui des éleveurs et bergers avec leurs bêtes qu’ils n’avaient qu’à garder. Le loup « a sa place dans la nature », il est « revenu naturellement » (ce qui est de plus en plus contesté), il ne faisait aucune victime, mieux encore, on nous explique qu’il est gentil et sans risque même si là où ils sont plus nombreux qu’en France il en est tout autrement.

Toutefois, de plus en plus de témoignages nous parviennent aussi bien de France, notamment des Alpes, que d’autres pays où la situation n’est pas aussi sereine que ce qu’on veut bien nous faire croire. Problèmes avec les chiens de protection imposés dans les protocoles de protection des troupeaux, surprises de randonneurs, lors de bivouac, inquiétude justifiée de randonneurs à ski solitaires, attaques, parfois fatales, sur des humains dans d’autres pays, etc… Même s’il n’est encore jamais rien arrivé de grave sur des randonneurs en France, les témoignages de bergers qui en voient tous les jours peuvent nous interpeler.

Un problème à régler dans le cadre des CDESI

Pour la première fois à l’occasion de ces Etats Généraux du col du Glandon, une association d’éleveurs, la Fédération des Acteurs Ruraux, présente, dans une lettre adressée aux maires, organisateurs des Etats Généraux, des exigences compte tenu des nombreux conflits d’usage dont les éleveurs et bergers sont victimes :

– Dégager de toutes responsabilités les éleveurs et bergers quant aux attaques des chiens de protection sur les autres usagers des espaces.

– Envisager éventuellement la fermeture de certains chemins.

– Exiger la réunion des Commissions Départementales des Espaces, Sentiers et Itinéraires (CDSEI) par les Président de Conseils Généraux et revoir éventuellement les PDIPR (Plans départementaux de randonnée).

– Exiger des auteurs et éditeurs de topo-guides, des offices de tourisme et autres acteurs du tourisme d’assurer une information sur l’approche des troupeaux et des chiens de protection comme c’est le cas dans les Pyrénées.

– Exiger des fédérations sportives délégataires (FFME, FFRP, FFVL, FFC, etc…) et affinitaires (FFCAM) des modules de formations à l’approche des chiens de protection dans le cadre des diplômes fédéraux, ainsi qu’aux services de l’Etat dans le cadre des diplômes d’Etat (Guide de Haute Montagne, Accompagnateurs en Moyenne Montagne, parapente, canyon, escalade….).

Un fait relativement nouveau qui ne devrait pas laisser indifférent. Des éléments repris de manière simplifiée en termes de constat dans la motion votée à l’unanimité des présents :

• Les moyens de protection sont de moins en moins efficaces face à des loups qui s’adaptent et ne craignent plus l’homme,

• Les chiens de protection, imposés en raison de la présence des loups, deviennent une contrainte majeure pour la fréquentation de la montagne et l’économie touristique, avec de forts conflits d’usage avec les autres activités.

Dans son interview à Radio France Bleu, Alain Giniès, maire d’Allemont en Isère, évoque les conséquences du loup sur le tourisme. A la même radio, Françoise Darve-Blanc, une éleveuse / bergère sur les alpages du Glandon évoque la problématique des tirs de défense tout en précisant :‘J’ai décidé de passer le permis de chasse pour pouvoir me défendre’.

A l’état de prendre ses responsabilités

S’il appartient légalement aux Présidents de Conseils Généraux de prévenir les conflits dans un cadre consultatif prévu par la loi sur le sport dans le cadre des Commissions Départementales des Espaces, Sites et Itinéraires (CDESI) et des Plan départementaux des Itinéraires de Promenade et de Randonnée (PDIPR), il appartient à l’Etat de : « Assurer la pérennité des exploitations agricoles et le maintien du pastoralisme, en particulier en protégeant les troupeaux des attaques du loup et de l’ours dans les territoires exposés à ce risque ». (Article L 113-1 du Code Rural).

Le même article du Code Rural consacre le pastoralisme par rapport au tourisme et autres activités ludiques en précisant dans son préambule :

« Par leur contribution à la production, à l’emploi, à l’entretien des sols, à la protection des paysages, à la gestion et au développement de la biodiversité, l’agriculture, le pastoralisme et la forêt de montagne sont reconnus d’intérêt général comme activités de base de la vie montagnarde et comme gestionnaires centraux de l’espace montagnard ».

Une complémentarité évidente

Nous voyons clairement que pastoralisme, tourisme et autres activités ludiques en montagne sont complémentaires. Le randonneur a besoin de sentiers entretenus et de paysages diversifiés et ouverts à admirer. Ce besoin du randonneur ne peut être assuré que par un pastoralisme vivant. Opposer les deux activités serait une erreur d’autant que de nombreux agriculteurs de montagne sont également des acteurs du tourisme par la location de gîtes et la vente directe de produits de qualité de leurs fabrications.

Mais, dans cette affaire, les exigences imposées par la présence du loup (dans une moindre mesure pour l’ours) telles que chiens de protection, clôtures et risques permanent de tirs de protection comme en période de chasse, créent des tensions entre les usagers d’un même territoire au statut différent. Les pastoraux sont soit sur des terrains privés ou paient des espaces de pacage pour bénéficier de l’extension indispensable de leur exploitation agricole. De son côté, le randonneur est un usager à titre gratuit toléré sur un espace sur lequel il ne dispose d’aucun droit ni titre. Contrairement à certaines idées reçues et parfois largement diffusées, la montagne n’appartient pas à tout le monde. Les problèmes soulevés par la présence des grands carnivores, ours, loups et lynx, ne doivent pas être assumés uniquement par les éleveurs et bergers mais par tous les usagers des espaces. Les randonneurs sont-ils prêts à assumer le leur ?

Il est à regretter que ces aspects ne fassent l’objet d’aucune information ni formation de la part des fédérations sportives délégataires et affinitaires pas plus que de la part des services de l’Etat dans la formation des Brevets d’Etat concernés par les pratiques outdoor. Quant à la notion d’espace de liberté, elle doit être revisitée car elle n’est pas exempte de contraintes pour tous.

Louis Dollo

Voir également :

Au col du Glandon entre Savoie et Isére les éleveurs et les élus veulent soutenir le pastoralisme face au loup

Montagne, randonnée, vtt… Des chiens de protection contre le loup dans les alpages en Suisse… mais aussi en France

Tourisme en montagne, randonnées, bergers et chiens de protection

Appel aux lecteurs

Vous avez eu une expérience heureuse ou malheureuse, témoin d’une rencontre avec ours, loups, chiens de protection, bergers, etc… en France où l’étranger, votre témoignage nous intéresse. Sauf accord express, aucun nom ne sera publié mais nous ne retiendrons aucun témoignage anonyme et sans moyen de contact téléphonique de la personne. Nous contacter : https://www.kairn.com/fr/contact.html

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