Seb Berthe emballe Beyond (9a+) au Pic Saint Loup en France

Le Belge Sébastien Berthe a gravi son troisième 9a+, Beyond au Pic Saint Loup en France.

Le grimpeur belge Sébastien Berthe a bouclé son année 2023 avec une répétition de Beyond, le 9a+ dans le secteur de La Baume des Escargots du Pic Saint Loup en France. Boulonné par Fedric Ferraro et grimpé en 2019 par Sébastien Bouin et Lucien Martinez à 9a, après la rupture d’une prise, le deuxième point est devenu beaucoup plus difficile – du bloc 7B à 7C+ – ce qui a poussé la note globale jusqu’à 9a+.

Berthe a investi environ 13 séances pour réaliser la troisième ascension de cette version après Bouin et Tanguy Merard, et après son point rouge il a expliqué « Au-delà est probablement l’un des meilleurs de cette épreuve en France et même en Europe : Surplomb énorme, gros genoux tombants , dynos, genouillères, tufas incroyables… »

Il s’agit du troisième 9a+ de Berthe après La Rambla à Siurana en Espagne en janvier 2023, et Super-Crackinette à Saint-Léger-du-Ventoux en Franc en novembre 2020. A noter que Beyond termine sur un bon repos mais enchaîne effectivement avec le deuxième pitch, baptisé Beyond Integral et libéré par Seb Bouin en 2020 à 9b/+. « Peut-être un futur projet ?! » a conclu le trentenaire. Le processus est expliqué en détail ci-dessous.

AU-DELÀ de Seb Berthe
Pour l’hiver et le printemps 2023-2024, un de mes objectifs majeurs, comme depuis quelques années maintenant, est de gravir une ascension sportive de 9b. Un de mes amis et très bon grimpeur français, Lucien Martinez, m’a parlé du Pic St. Loup comme d’un endroit potentiel où je pourrais trouver l’itinéraire de mes rêves. La Baume des Escargot, sur la face nord du Pic Saint-Loup, près de Montpellier, recèle en effet de nombreux itinéraires particulièrement beaux et exigeants ! Parmi eux : deux itinéraires potentiels 9b, Liste de contrôle d’accès et Beyond Intégral! Autre avantage essentiel de cette falaise : elle est orientée vers le nord et est particulièrement exposée au vent. Pas idéal pour bronzer, certes, mais parfait pour ma peau douce et moite (je transpire beaucoup du bout des doigts et j’ai ce qu’on appelle « la peau douce »). J’ai remarqué récemment que j’avais beaucoup de problèmes de peau lors du choix de projets orientés sud. Les conditions au Pic Saint-Loup, malgré un froid extrême, me conviennent donc parfaitement !

Facilement convaincu, en novembre dernier je décide d’y passer deux semaines et de jeter mon dévolu sur Au-delà et son premier lancer, 9a+, un but intermédiaire parfait dans le processus 9b. Grimper sur cet itinéraire est magnifique, physique, complexe et exigeant ! Je tombe vite sous le charme de la beauté du parcours et décide de m’y investir pleinement avant de m’engager sur sa version longue 9b ! Malgré son aspect initialement très physique, je me rends compte qu’il s’agit avant tout d’un fantastique défi technique. Cela nécessite une parfaite maîtrise des techniques de knee jams et de dropknee, et les nombreuses possibilités de prises de pied demandent beaucoup de raffinement bêta. Pour surmonter les nœuds, il faut également beaucoup de force des doigts en position de sertissage complet, ce que j’apprécie particulièrement !

Quel bonheur de se replonger dans ce travail, chercher des détails, se sentir motivé lors de la randonnée d’approche, s’endormir en réfléchissant aux mouvements… Après quelques séances, j’ai l’impression d’avoir fait des progrès significatifs : je peux aborder de longues sections du parcours. Et le dernier jour de ces deux semaines de travail sur le parcours (environ 7 séances), au cours d’une tentative très intense, j’arrive à franchir le premier nœud depuis le sol. Complètement gonflé, je finis par chuter dans le deuxième crux… Pas assez d’endurance cette fois, il faudra que je revienne en meilleure forme !

C’est un mois plus tard, au cœur de l’hiver, que j’ai enfin la chance de prendre ma revanche. Je n’ai que quelques jours avant Noël pour fêter et remplir mes devoirs sociaux et familiaux. Il va falloir que je sois fort et efficace pour le terminer en si peu de temps. Pourtant, ma première tentative sur le parcours est très prometteuse : je me sens bien plus forte que lors de ma dernière visite ! Je franchis les nœuds avec une facilité déconcertante ! C’est tellement agréable de sentir progresser dans un parcours. La sensation de progrès est presque aussi exaltante que celle de terminer un projet. C’est l’une des choses que j’aime dans l’escalade ; on ne sait ni pourquoi ni comment, mais du coup on peut exécuter des mouvements avec une certaine facilité alors qu’on pouvait à peine tenir les positions au début du processus. Lors de ma deuxième séance de ce deuxième séjour, j’atteins le sommet, tombant sur le dernier coup du crux dans un effort étonnant. Ah, ça fait du bien ! J’ai cet itinéraire ; tout ce que j’ai à faire, c’est de continuer à essayer et de rester concentré, et un de ces jours, je rattraperai cette prise ! Lors des trois séances suivantes, je continue de tomber dans cette formidable section. Je me sens de mieux en mieux, mais à chaque fois une petite erreur me laisse pendre, pénitent, dans le harnais.

Dernier jour. Demain, je dois partir ! Je sais que j’en suis capable, mais les séances précédentes m’ont épuisé. Ma peau me fait mal, l’arrière de mes cuisses est irrité par les genouillères, je sens mes muscles endoloris des jours précédents. Cela va être une bataille. Je fais ma première tentative et échoue à nouveau dans cette section difficile.

Pour mon deuxième essai, je n’ose plus vraiment y croire… Je pense qu’il faudra peut-être que je revienne en janvier prochain. Mais autant essayer une dernière fois. Je suis rapide en début de parcours, je suis précis et je grimpe vite ! Je surmonte le premier moment de douleur. En arrivant au reste, je sens mon pouce glisser sur ce tuf gauche. Un rapide coup d’œil confirme ce que je craignais : j’ai une belle coupure sur la peau et du sang coule le long de mon avant-bras. Condamner. J’essaie de sécher le sang avec de la craie du mieux que je peux ; ça ne marche pas entièrement. Eh bien, c’est bon, je vais devoir m’en occuper. Je reprends la montée depuis cette position de repos précaire sur une genouillère avec la ferme intention de la régler. Je ne pense plus. Je suis dans l’instant. Je laisse mon corps faire le reste. Maintenant, j’en suis à ce deuxième point crucial : je sertis avec impatience ce petit sous-cœur, je place mon genou tombant et je lui donne tout ce que j’ai !

Dans une grande lutte, j’arrive enfin à attraper ce tuf glissant qui marque la fin de la partie difficile du parcours. Après cela, il est essentiel de rester concentré… Plus de place à l’échec désormais ! Normalement, c’est beaucoup plus facile ; il y a à peu près l’équivalent de 7c pour monter jusqu’à l’ancre, une montée façon rodéo à cheval sur un gros tuf ! Mais avec le stress et la fatigue de la séance, je sens la pompe monter dans mes avant-bras. Mais ce n’est pas le moment de lâcher prise ! Je tire sur mes talons, utilise mes genoux, relâche mes bras autant que possible. Encore quelques mètres ! Ça y est, je viens d’exécuter le dernier coup dur… Je peux profiter des derniers mouvements et clipser l’ancre, avec un cri de joie, réalisant mon troisième 9a+ ! Environ 13 séances ont été nécessaires pour terminer ce parcours !

A suivre, pour la sortie par Liste de contrôle d’accès et c’est 9b… Revenons en janvier !

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