Parapente en Himalaya : 8157 mètres au dessus du Broad Peak

Parapente, en vol vers les 8.000.

Antoine Girard, premier et seul homme à avoir survolé l’Himalaya à plus de 8000m en parapente, retrace son expédition dans un ouvrage “En vol vers les 8000”.

La première partie du livre traite de l’expédition sur l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande qui sert de préparation pour l’expédition dans l’Himalaya. Antoine Girard et Benoît Outters vont parcourir en vol bivouac l’ensemble de la chaîne des Alpes néozélandaises dans un sens puis dans l’autre, soit 1200km à une altitude moyenne de 2000m. Ils vont devoir composer avec une météo capricieuse et être obligés de traverser à pied des zones extrêmement sauvages. Le manque de nourriture et les efforts à effectuer vont les pousser dans leurs derniers retranchements.

Dans la seconde partie du livre, Antoine nous raconte son expédition en solitaire en vol bivouac dans l’Himalaya pakistanais. On embarque avec lui pour une visite panoramique des hauts sommets himalayens au milieu de paysages grandioses et démesurés. Blessé aux chevilles, présentant des gelures aux mains et affrontant des conditions météo violentes, il parviendra tout de même à parcourir 1260km et réaliser un vol historique au-dessus du Broad Peak, douzième plus haut sommet du monde, à 8047m d’altitude.

20 jours et 1260 kilomètres en solitaire

Le 23 juillet 2016, au cours d’une expédition de 20 jours et 1260 kilomètres en solitaire au coeur de l’Himalaya, Antoine Girard survole le sommet et atteint l’altitude record de 8157 m. Pour en arriver là, il aura dû affronter des conditions de vol extrêmes, lutter contre la faim et parfois rester en altitude pour éviter les zones contrôlées par les Talibans.

Extraits du livre

Bloqué sous l’orage :

« Le soir vers 20 heures, Dame nature s’énerve un peu plus : un vrai spectacle son et lumière. Puis soudainement tout s’électrifie dans la tente, dès que je touche quelque chose il y a des éclairs d’électricité statique bien visibles dans le noir. Je m’amuse à bouger mon duvet contre mes vêtements pour faire un maximum d’éclairs en même temps. Je joue aussi avec mes cheveux longs dressés sur la tête comme un punk. Mais l’amusement est de courte durée, le sol tremble en même temps qu’un claquement retentit dans mes oreilles. Un impact de foudre vient de s’abattre à quelques dizaines de mètres de la tente. Un second impact retentit tout aussi proche. La terreur m’envahit rapidement, je suis face au danger et mon cerveau turbine au maximum pour trouver une solution. Partir en courant ? Pour aller où ? Et faire quoi ? Rester là à attendre ? »

Le survol du sommet :

« Dans ma tête maintenant, c’est du coton. Le manque d’oxygène ralentit mon cerveau et je suis comme dans un rêve, à ne plus savoir où est la réalité tellement tout ça me paraît fou ! Je ne veux pas analyser la situation, j’essaie simplement de ne pas me relâcher et rester concentrer à 200 %. Je refuse même d’éprouver un quelconque sentiment – joie, satisfaction – ou même vraiment réaliser où je suis. Si j’en prends conscience maintenant, mes sentiments quels qu’ils soient, risquent de me faire perdre ma concentration. Je refuse de prendre le risque même pour une seconde. Je me contente juste de contempler le paysage et d’imprimer profondément cette vision dans ma tête. Et je me concentre sur ma trajectoire sans réfléchir à autre chose. »

« Je suis presque à 5000 m. L’altitude m’enivre. J’ai du mal à démêler le rêve de la réalité. Il n’y a que la douleur dans mes doigts et mes jambes pour me rappeler que cette journée est bien réelle, que tout ça n’est pas un de ces fantasmes qui sommeillent en moi. J’ai survolé le Broad Peak en parapente pour la centième fois, mais ce coup-ci, je n’ai pas besoin de me réveiller pour revenir à la réalité. »

L’expédition au Pakistan en quelques chiffres

  • 1260 km parcourus en vol bivouac et en solitaire avec un sac de 35 kg
  • Altitude maximum atteinte : 8157 m
  • Sommets et zones survolés : Broad Peak : 8051 m, Tours de Trango : 6286 m, glacier du Baltoro long de 60km, plateau du Déosai (zone de 50 km de large, haute de 4500m, peuplée d’animaux sauvages tel que le léopard ou les derniers ours du Pakistan et qui implique plusieurs jours de marche pour en sortir en cas d’atterrissage forcé)
  • Sommets survolés à mi-pente : Nanga Parbat (8126m), Rakaposhi (7778m)

Le principe du vol bivouac

Technique de vol qui consiste à voler chaque jour le plus loin possible en utilisant les courants d’air chaud ascendant, à atterrir en altitude en fin de journée à proximité d’un décollage pour y bivouaquer et redécoller le lendemain. Lorsque les conditions météorologiques le permettent, le pilote peut parcourir plus de 100km par jour.

Les compétences et la planification nécessaires pour effectuer de longs vol-bivouacs dans les hautes montagnes sont considérables en raison de la topographie et de la complexité des conditions aérologiques qui y règnent.

Anecdotes de l’expédition

Le vol à plus de 8000m a été réalisé sans apport d’oxygène. En effet, le système qui lui permet de mieux respirer au-dessus de 6000m est tombé en panne le jour de son vol à plus de 8000m.

Lors de ses vols à plus de 7000m, Antoine teste régulièrement ses capacités cérébrales en faisant des exercices de calcul mental.

Antoine a appris le parapente dans le but de redescendre du Broad Peak en volant du sommet. En tant qu’alpiniste, Antoine avait subi deux échecs dans l’ascension à pied du Broad Peak, c’est finalement par la voie aérienne qu’il parviendra à ses fins.

Biographie et palmarès d’Antoine Girard

Né le 18 novembre 1979 à Valence (Drôme), Antoine Girard est professeur d’informatique. Il pratique dès son enfance de nombreux sports de plein air. Il mène ensuite de front une carrière de grimpeur de haut niveau en participant à des compétitions mondiales, et d’alpiniste spécialiste des voies de grandes difficultés.

En 2008, il intègre le parapente dans sa pratique de l’himalayisme dans un mode élémentaire et classique : la redescente à l’aide d’un parapente ultra léger. Il se spécialise dans les compétitions de type « marche et vol ». Il obtient deux victoires à l’Air Tour en 2011 et 2014.

Sélectionné pour la “Red Bull X-Alps” qui est le championnat du monde des compétitions “marche et vol”, il obtient la 3e place en 2013 et la 4e en 2015. Son expédition au Pakistan lui a valu la nomination d’aventurier de l’année du National Geographic en 2017.

Expéditions récentes

  • Février / Mars 2018 : 3000km en vol bivouac dans la cordillère des Andes dont 800km jamais survolés par quiconque auparavant, altitude max : 5700m
  • Juillet / Août 2018 : 1500km en vol bivouac avec tentative d’ascension du Spantik (7025m) après une approche en parapente, altitude max : 7965m (second plus haut vol de l’histoire après son vol record sur le Broad Peak).
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