Refuge de Sarenne : entre développement durable et charlatanisme

Il y a quelques jours, nous vous évoquions le refuge de Sarenne et ses programmes de développement durable.

Si le refuge est effectivement très investit dans le développement durable, c’est visiblement d’une manière très peu scientifique, mélant concepts éprouvés à charlatanisme.

Nous faisions notamment état de notre scepticisme vis à vis d’une vidéo mise en ligne par le gardien et sensée présenter une source d’énergie inédite.

Il n’aura pas fallut longtemps pour que certains de nos lecteur réagissent à ce qu’il faut bien qualifier de charlatanisme.

L’un d’entre eux, scientifique, s’est chargé d’argumenter cette position :

‘Fabrice André prétend avoir fabriqué une machine dite sur-numéraire, c’est-à-dire produisant plus d’énergie qu’elle n’en consomme. Or ceci est strictement impossible d’après le premier principe de la thermodynamique, dit de conservation de l’énergie : aucun système ne peut produire spontanément de l’énergie. Le principe de conservation de l’énergie n’est qu’un « principe, » c’est-à-dire qu’il n’est pas démontré, mais néanmoins vérifié depuis des siècles ! À un moment, les physiciens ont même cru avoir trouvé une faille au-dit principe dans une réaction de physique des particules, pour finalement, mettre en évidence une nouvelle particule, le neutrino, qui existe bel et bien, et permet de garder ce principe intègre. Ce principe repose néanmoins sur un théorème (donc démontré) qui stipule que la conservation de l’énergie découle du fait que les lois de la physique restent ce qu’elles sont en fonction du temps (invariance dans le temps). Il repose donc sur des bases extrêmement solides à la fois expérimentales et observationnelles, mais aussi théoriques.

Pour ce qui est de la vidéo où l’on voit Fabrice André présenter un moteur de ce type (générateur Kapanadze) : son discours se veut savant pour enrober le chaland, mais n’a strictement aucun sens. Quelques exemples : « un générateur d’ondes scalaires qui permet d’extraire l’énergie de la Terre, du champ magnétique terrestre au niveau des particules et de s’inspirer de la rotation de la Terre. » Les ondes scalaires existent, le son en fait partie, mais les ondes électromagnétiques dont il est plus probablement question là sont des ondes vectorielles et non scalaires. Récupérer l’énergie du champ magnétique terrestre : on pourrait le faire par induction, mais celui-ci est si faible que le jeu n’en vaut certainement pas la chandelle ! Quant à récupérer l’énergie de rotation de la Terre, ce n’est pas possible car ce que l’on appelle son moment cinétique (son énergie de rotation) doit rester constant. Quant aux particules, ma foi, je suppose que c’est pour décorer la phrase qui était déjà pas mal fagotée sans ça !

« On va chercher des particules dans le sol que l’on amène sur une bobine primaire dite bobine de tesla. » Je ne sais pas ce que viennent faire d’hypothétiques particules puisées dans le sol à l’aide d’un fil électrique (des électrons, peut-être, sous l’effet d’une différence de potentiel ?), mais ce qui alimente une bobine Tesla, c’est un simple courant électrique. Au passage, stricto sensu, une bobine Tesla n’a pas de noyau métallique. Ensuite, les histoires de résonances, de bobines secondaires, d’induction magnétique, etc forment probablement un transformateur, dont le principe est bien connu, c’est ce qui permet d’alimenter par exemple, la recharge d’un téléphone en 12 V à partir de la tension du secteur, 220 V. Ou inversement. Mais l’énergie est toujours conservée, si la tension augmente, l’intensité du courant diminue et vice versa. De surcroît, dans n’importe quel circuit électrique, il y a des pertes par effet Joule (échauffement des conducteurs au passage du courant). Donc le rendement est toujours inférieur à un. Seul les dispositifs à supraconducteurs (donc à très basse température) peuvent avoir des rendements ‘électriques’ de un. Mais certainement pas au-dessus. Et cela sans compter l’énergie nécessaire pour les refroidir !

Allez, encore une, pour la route : « Tube de cuivre appauvri en oxygène, moins de 5 ppm en 02 » : un tube de cuivre, c’est un tube de cuivre, y’a pas d’oxygène dedans. Sinon, c’est un tube de cuivre oxydé !

Bref, tout ceci ne relève que de la mystification voire du charlatanisme. Il serait temps que les journalistes fassent un peu preuve de sérieux et laissent cet illuminé tranquille (et donc arrêtent de lui faire une pub malsaine). Faire une vidéo où l’on voit des lampes qui s’allument c’est à la portée de n’importe qui !

Guillaume Blanc, physicien, université Paris Diderot

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