Récit : “J’ai failli mourir sur l’Everest”

Mort sur l'Everest. Hannelore Schmatz.

Ancien soldat et instructeur en chef de la série de télé-réalité britannique SAS : Who Dares Wins depuis 2015, Ant Middleton est surnommé à juste titre l’homme le plus dur de la télévision britannique.

Ce père de cinq enfants âgé de 37 ans a l’habitude de risquer sa vie. Il a combattu les talibans en Afghanistan et est l’un des rares soldats à avoir servi dans le Régiment de Parachutistes, les Royal Marines et les Forces Spéciales.

Pourtant, il révèle à Press Association que son plus grand défi a été l’expédition de cinq semaines et demie en mai dernier pour conquérir l’Everest.

Dans un documentaire d’une heure diffusé sur Channel 4, on peut le voir à la merci des éléments et souffrant de gelures dans des conditions très dangereuses. Le film raconte son combat désespéré pour survivre lors de sa descente du sommet, qui a fait près de 300 morts depuis 1922.

Quel effet l’ascension de l’Everest a-t-elle eu sur vous ?

“J’ai failli mourir sur cette montagne. Je n’oublierai jamais cette expérience. J’ai eu cette énorme vague de panique en pensant : “Tu ne vas pas t’en sortir, mon pote – c’est l’heure d’y aller, c’est la fin”. Je n’ai jamais été aussi vulnérable et impuissante de toute ma vie et je me suis sentie presque comme un enfant tellement la situation était incontrôlable. Dans l’armée, j’avais mon arme, mon équipe et je savais que j’étais capable – mais ça c’était autre chose” dit-il.

“C’était un cocktail de désastres auxquels tu ne peux pas te préparer. Il y avait une file d’attente d’une dizaine d’autres grimpeurs devant moi, qui attendaient pour redescendre, dont certains étaient incompétents et n’étaient pas en état de relever le défi”.

“Ces gens mettent les autres en danger et m’ont presque coûté la vie. Quand une tempête imprévue avec des vents de plus de 100 km/h et un voile blanc total nous a frappés, les gens se faisaient éjecter de la montagne et on pouvait entendre les autres paniquer et crier : “Descends de la montagne, descends de la montagne, tu vas mourir !”. J’ai croisé à ce moment là un guide sherpa et j’ai réalisé qu’il avait abandonné. Il est mort plus tard.

“J’ai fini par manquer d’oxygène. J’étais dans une zone appelée la “zone de la mort” et elle s’appelle ainsi pour une bonne raison. Pendant un bref instant, j’ai envisagé de me jeter en bas de la montagne pour mourir d’un coup, plutôt que de périr lentement sans oxygène, mais je me suis ressaisi. L’équipe de télévision (qui le suivait) a supposé que j’étais mort à ce moment là, puisqu’ils n’arrivaient pas à me trouver.

“Je me suis dit : “Ant, reprends-toi et pratique ce que tu prêches. Tu es la seule personne qui puisse te sauver”. Soit tu te mets en mode combat, soit tu abandonnes. Heureusement, je suis passé en mode combat. Et heureusement, un guide sherpa a finalement trouvé un peu d’oxygène. Mais ce n’était qu’un moment horrible dans des heures d’enfer où j’ai dû me battre pour rester avec le groupe dans des conditions glacées. Ma vue a été temporairement affectée et je souffre encore d’engourdissement dans mes orteils. J’ai eu de la chance de survivre, mais je considère que c’est un privilège d’avoir vécu tout ça. C’est un rêve depuis que j’ai seize ans.”

Êtes-vous accro au danger ?

“Quand on est dans l’armée, on bascule au bord de cette ligne entre la vie et la mort. La raison pour laquelle vous vous sentez si vivant quand vous vous en sortez, c’est parce que vous savez que vous avez trompé la mort – et cela et la montée d’adrénaline crée une dépendance, cela ne fait aucun doute”.

“Mais en fait, ce qui me plaît, c’est d’en apprendre davantage sur moi-même lorsque je repousse mes limites et que je me mets au bord du gouffre. C’est cette question sans fin, “Qui suis-je ?” qui me motive et m’entraîne dans un voyage constant de découverte de moi-même qui m’apprend tant de choses. L’Everest me rendra-t-il plus prudent ? En réalité, probablement pas.”

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