Sortie du nouveau topo “Oisans nouveau, Oisans sauvage”

Rencontre avec Jean-Michel Cambon à l'occasion de la sortie de son nouveau topo d'escalade

11 onze après la dernière édition, une mise à jour essentielle.

En 1988, un instituteur de montagne partait, perforateur en bandoulière, planter quelques spits dans la (haute) montagne. En Oisans, naissaient les premiers itinéraires d’escalade entièrement équipées et donc accessibles aux grimpeurs modestes. Ce qui semble naturel aux grimpeurs et aux alpinistes d’aujourd’hui constituait une révolution à l’époque. 30 ans plus tard, la polémique n’est pas tout à fait éteinte. Jean-Michel Cambon a dû batailler ferme  toutes ses années pour réaliser son remarquable travail d’ouverture. Quelque peu lassé de devoir défendre ses ouvertures face à des comités non représentatifs des pratiquants (dernière excuse en date pour refuser une ouverture : La Meije doit être réservée à une élite c’est pourquoi on refuse l’ouverture d’une voie facile), il passe la main aujourd’hui en signant son dernier topo.

“toute son histoire est écrite dans le topo”

JMC à la grande époque

Lorsque j’ai pris contact avec Jean-Michel, il se demandait ce qu’une interview pouvait apporter de plus dans la mesure où toute son histoire est écrite dans le topo. Il faut bien reconnaître que “Oisans nouveau, Oisans sauvage” n’est pas qu’un simple topo. Alors que la mode est aux topos précis, mis en page au cordeau, purement descriptifs, pratiques à emmener en falaise, Jean-Michel a fait le choix d’une mise en page artisanale, de réserver des pages entières à l’histoire (des hommes et des montagnes) et, luxe suprême, de donner son avis sur chacune des voies. Alors oui, le topo ne semble pas toujours lisible, mais ne vaut-il pas mieux un ouvrage plus personnel qu’une liste purement descriptive de voies ? Ce cru 2018 du tome “Ouest” de “Oisans nouveau, Oisans sauvage” (la dernière édition du tome “Est” est sortie en 2016), est moins fournie en nouveauté que les éditions précédentes mais la montagne bouge (et les équipeurs aussi). Il convenait de mettre à jour les voies rééquipées ou plus dignes d’intérêt. On notera quand même un bon nombre de voies très intéressantes et abordables du côté de la Mure.

Chaque mm² de papier est exploité : JMC adepte du développement durable !

“La majorité des grimpeurs sont des grimpeurs de 5+/6a. Ses voies sont donc adaptées au plus grand nombre.”

Toutes abordables les nouveautés ? Oui, curieusement presque toutes les voies nouvelles sont ouvertes pour des grimpeurs de 5+/6a. Jean-Michel reconnaît qu’avec le temps ses goûts et son niveau évoluent. Jeunes, ils voulaient des voies longues et dures. Aujourd’hui, il peut passer une très bonne journée dans une voie facile de 5 longueurs. Ca tombe bien car la majorité des grimpeurs sont des grimpeurs de 5+/6a. Ses voies sont donc adaptées au plus grand nombre. Et ce d’autant plus qu’en 30 ans les standards de l’équipement ont considérablement réduits les risques objectifs et subjectifs. Autrement dit, on ne se fait pas peur dans une voie Cambon. Pour autant, Jean-Michel estime qu’il faut respecter chaque style d’ouverture. Il trouve tout à fait bien que des ouvreurs comme Bruno Béatrix continuent d’ouvrir des voies engagées (mais pas dangereuses). Mais reste-il de la place pour ouvrir ? Assurément d’après le plus grand défricheur de voies de l’Oisans. Les grimpeurs de 8 trouveront sans doute des lignes. Il rappelle malicieusement qu’à chaque époque, on a dit que tout avait été exploré, à tort. Petit tuyau pour les amateurs de voies dures : il devrait y avoir de la place pour ouvrir à la tête d’aval de Montbrison.

“Jean-Michel sait que ses voies sont parcourues et s’inquiètent de savoir comment elles vieillissent”

Suite à cette nième version d’un topo de l’Oisans recouvrant encore des nouveautés, on est en droit de s’inquiéter de la pérennité de ces nombreuses voies. Là où beaucoup d’ouvreurs se contentent de laisser leur trace en découvrant une ligne, Jean-Michel sait que ses voies sont parcourues et s’inquiètent de savoir comment elles vieillissent. Le dernier topo trace une liste des maintenances réalisées. Mais “retourner 15/20/30 ans après vers une voie que l’on a créée, ce n’est pas tout à fait du ‘travail’. C’est un retour ‘vers chez soi’…” aime-t-il à dire. Il n’en reste pas moins que la maintenance est un travail sans fin car l’équipement vieillit et la montagne bouge (retrait glaciaire, éboulements). Par exemple, actuellement, l’accès à la Meije est très problématique. Puis se pose le problème du financement. Ce n’est pas la FFME, obnubilée par le devenir olympique de l’escalade en salle, qui va pourvoir budgétairement à l’entretien des voies de montagne (heureusement que les comités départementaux eux sont très actifs). Dans ce domaines, les initiatives locales sont plus efficaces que les instances nationales.

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